IL ASPIRE A .ÊTRE MISSIONNAIRE
tables pour sa piélé que peu dignes d'un ministre de Jésus-Christ, qui, comme son maître, doit mener une vie pauvre et crucifiée. « J'étais trop bien pour un prêtre, « a-t-il dit depuis à ses amis ; je n'avais que des jouis- « sances ; » puis il lui sembla que ses services seraient mieux placés ailleurs qu'en Angleterre, où les prêtres se gênaient par le nombre ; que tant d'autres contrées de la terre étaient abandonnées, tant dépeuples délaissés, tant de nations encore assises à l'ombre de la mort : ces nations ne lui reprocheraient-elles pas un jour d'être resté là oii il y avait surabondance de prêtres, au lieu de porter son ministère là où il y avait absence totale ? Il fit ses représentations à l'évêque de Londres, qui voulait le fixer auprès de lui : « Oui, lui répondit l'évêque, il y a « ici surabondance de prêtres, mais il y a pénurie de « prêtres comme vous, et j'en ai besoin : demeurez avec « moi. » Cette décision ne tranquiUisa pas M. de Cheverus, et son zèle soupirait après de plus grands travaux. Une occasion de se dévouer ne tarda point à se présenter : un collège était près de s'ouvrir à Cayenne, le local était arrêté, tous les préparatifs faits, il n'y manquait qu'un chef; mais il le fallait sage, ferme, zélé, habile dans la littérature : on crut trouver toutes ces quahtés réunies dans M. de Cheverus, et on lui proposa d'aller se mettre à la tête de cet établissement, lui faisant entrevoir tous les grands biens qui pourraient en résulter pour la religion. Il y pensa quelque temps devant Dieu, et il crut ne devoir pas accepter : son zèle sentait le besoin d'un champ plus vaste que l'étroite enceinte d'un collège ; et d'ailleurs, s'il aimait la littérature, c'était comme délassement des travaux du ministère ou des études sérieuses, et non comme occupation principale de sa vie. La Providence le permit sans doute ainsi, pour le
soustraire à la persécution qui éclata peu après contre les prêtres de Cayenne, et qui l'aurait presque infailliblement moissonné au milieu de sa course. Cette même Providence le protégea non moins visiblement dans une autre circonstance , et l'arracha à une mort certaine , malgré tous ses efforts pour courir au-devant du péril.
M. de Hercé, évéque de Dol, l'avait nommé son grand vicaire pour se l'associer comme un aide puissant, lorsque brilleraient les jours heureux où il pourrait revoir la France. M. de Cheverus n'avait vu d'abord dans cette nomination qu'un témoignage d'attachement de la part d'un évoque qu'il vénérait et estimait ; mais peu après, les émigrés ayant formé le malheureux projet de l'expédition de Quiberon, et l'évéque de Dol, pressé par le désir de rentrer dans son diocèse, ayant consenti à les accompagner pour assister de son ministère ceux qui en réclameraient les secours, M. de Cheverus pensa que son titre de vicaire général lui imposait alors de grands devoirs. Il vint trouver M. de Hercé et lui demanda la permission de l'accompagner : « Non, répondit le digne « évéque, je suis vieux et je puis risquer le peu de jours « qui ■ me restent à passer sur cette terre ; mais vous, « vous êtes jeune, et je me croirais coupable envers « l'Eglise si je l'exposais à être privée des longs et utiles « services que vous pouvez lui rendre. » M. de Cheverus, que le danger personnel n'intimida jamais, insiste, presse, conjure : « Vous êtes un père pour moi, lui dit- « il ; le devoir d'un enfant est d'accompagner son père )> au jour du péril : je dois et je veux vous suivre. » il fallut que l'évéque prit le ton sévère pour arrêter ce courage intrépide. « Si vous venez, dit l'évéque, vous cesse- " rez par le fait d'être mon grand vicaire, je vous retire « votre titre : demeurez, je le veux, et, si l'entreprise