SES BONS OFFICES ENVERS TOUS
recours à ses conseils et les prendre pour guides. Enfin, un écrivain protestant nous apprend qu'il recevait « au « moins autant de confidences hors du confessionnal que « dedans, parce que tout le monde savait que son cœur « était un sûr et consolant dépositaire de toutes les « peines comme de tous les secrets, et que sa sagesse « indiquait toujours la route de la prudence et le chemin « du devoir ^ »
Ce n'était pas seulement à ces consultations que se bornait la confiance qu'on avait en M. de Cheverus : un grand nombre lui abandonnaient tous leurs intérêts temporels, qu'ils ne pouvaient ou ne savaient pas gérer par eux-mêmes, pour qu'il en fût l'agent charitable ; c'étaient des veuves, des orphelins, des domestiques, des infirmes, des personnes tout à fait étrangères aux afi'aires, et qui n'avaient ni parent ni ami qui voulût prendre en main leurs intérêts. Ils lui remettaient leur argent ; et, comme un bon père de famille, heureux de faire plaisir à ses enfants bien-aimés, il le plaçait sur l'État en son propre nom , le gérait avec une intelligence parfaite ; et , à chaque échéance, il venait retirer la rente et allait la porter avec autant d'exactitude que de bonheur. D'autres fois c'étaient des personnes qui craignaient qu'après leur mort il n'y eût des discussions entre leurs héritiers, ou que leurs intentions ne fussent pas fidèlement remplies : elles constituaient M. de Cheverus leur légataire universel, et, dès lors, elles n'avaient plus d'inquiétude, sûres que chaque chose aurait la destination la plus juste et la plus sage tout à la fois. Quand les personne pouvaient gérer elles-mêmes leurs affaires, M. de Cheverus ne s'en chargeait pas ; mais il les dirigeait par de sages conseils,
1 Boston Monthbj Magazme, juia 1825, p. 11.
leur enseignait ce qu'il fallait éviter et ce qu'il fallait faire; et, par de tels avis bien plus précieux qu'une aumône, il les aidait à sortir de la détresse, et à arriver à cette honnête aisance que désirait le sage.
Et qu'on ne croie pas que toutes ces affaires aient jamais distrait M. de Ghcverus de ses autres devoirs ; ces occupations charitables faisaient sa récréation après ses repas, et tout le reste du temps était réservé à l'étude ou à son ministère. Tous les jours il donnait un temps réglé aux sciences ecclésiastiques, mais en même temps il ne négligeait pas les études étrangères : observateur attentif et pénétrant de la société, il avait remarqué la haute estime qu'on avait pour les sciences humaines et pour ceux qui les possédaient, le peu de cas qu'on faisait de ceux qui les ignoraient, la tendance générale des esprits vers les connaissances littéraires, même parmi les femmes, qui lisaient et jugeaient les ouvrages d'esprit ; et de là il avait conclu que, pour détruire le reproche d'ignorance qu'on faisait peser sur le clergé catholique, pour concilier à sa parole l'estime et la considération dont le prédicateur a besoin d'être entouré, il lui fallait ne le céder à personne en cette partie ; qu'un prêtre aurait beau posséder parfaitement la science de son état, le monde, qui compte cette science pour rien, ne lui attribuerait pas moins la réputation d'ignorant, et, par conséquent, serait peu disposé à l'écouter et à le croire. Il s'appliqua donc aux études qui étaient le plus en honneur à Boston ; il apprit si iiarfaitement l'anglais, dit un journal de cette ville, « qu'il était devenu le maître des difficultés de la « langue ; c'était lui qui en connaissait le mieux les <( arrangements, les ronstructions, les étymologies. » Il en lut k»us les antfurs marquants, soit en prose, soit en vers, et en retint f»nr conir les plus beaux morceaux, les