‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 2 sur 115 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

DEPUIS LA NAISSAN'CE DU CARDINAL EN 1168 JUSQU'A SA SORTIE Oé. FRANCE EN 1792.

Jean -Loui?- Anne -Madeleine LefeMTe de Ghe\^rus naquit à Mayenne, ville autrefois capitale du Bas-Maine, 'le 28 janvier 1768, d'une famille ancienne dans la magistrature, honorée de l'estime et de la confiance générales. Cette famille comptait alors trois frères ; et, à eux trois, ils réunissaient tous les pouvoirs dans la ville de Mayenne : l'un, Louis-René de Cheverus, avait le pouvoir dans l'ordre spirituel, comme curé de la paroisse principale; l'autre, M. de Ghamporain, le pouvoir civil, comme maire ; le troisième, Jean-Vincent-Marie Lefebvre de Cheverus, père du cardinal, le pouvoir judiciaire, sous le titre de juge général civil de la ville et duché-

pairie de Mayenne. La mère du cardinal, Anne Lemarchand des Noyers, était une de ces femmes rares qui entendent parfaitement Téducation de l'enfance : elle ne croyait pas qu'il fallût y employer de système; la mcîilleure éducation, à son avis, était la plus simple et la plus chrétienne. Attentive à inspirer à ses enfants, par ses exemples plus encore que par ses paroles, la crainte de Dieu, l'habitude de la prière, les égards pour le prochain, la charité pour les pauvres, la compassion pour ceux qui souffrent, l'amour de tout ce qui est bon, honnête et vertueux, elle savait également se faire obéir et se faire aimer : elle ne connaissait point ces réprimandes sévères qui aigrissent le caractère au lieu de le corriger, encore moins ces châtiments corporels qui font obéir à l'œil, mais qui ne changent pas le cœur. Chose bien digne d'une mère chrétienne, elle avait appris à ses enfants à redouter, comme le plus grand des châtiments, l'exclusion de la prière commune, qui, suivant les mœurs "patriarcales, se faisait chaque soir en famille : le coupable était condamné à prier seul, comme indigne d'unir sa prière à celle de la famille ; et cette crainte les tenait tous dans le devoir. M. de Gheverus père joignait aussi ses soins à ceux de sa vertueuse épouse; et, comme elle, il contribuait en exemples et en paroles à la bonne éducation de ses enfants. Tant de soins ne furent point stériles : sans parler des grandes et éminontes vertus qui en fun.'Ut le fruit •, la reconnaissance et l'aflection des enfants en furent dès ici-bas pour les parents une douce récompense. Le

1 Deux aœurs du cardiual, madame George et madame le Jarriel, mortes avant lui, out laissé uue mémoire qui sera longtemps précieuse devant les hommes, et le sera toujours devant Uiou par l'émiuente sainteté de leur vie.

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