‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 3 sur 115 · SON ENFANCE · texte numérisé non relu

SON ENFANCE

souvenir d'une si bonne mère en particulier demeura cher au cœur de ses dignes enfants comme celui de la vertu même : jusque dans ses dernières années, le cardinal n'en parlait qu'avec vénération et attendrissement; et, lorsque du haut de la chaire, il expliquait les devoirs des mères envers les enfants, c'était l'exemple et la conduite de sa mère qu'il aimait à citer. Lorsque, prêchant le panégyrique de saint Louis, il racontait cette éducation si parfaite que la reine Blanche avait donnée au saint rui, ces paroles si chrétiennes qu'elle lui disait souvent : Mon fils, Dieu m'est témoin combien je vous aime ; cependant j'aimerais mieux vous voir mort que de vous voir commettre un seul péché mortel, il bénissait le ciel de lui avoir donné une mère semblable ; son cœur de fils s'épanouissait encore de tendresse et de reconnaissance, et épanchait sur tout son auditoire un langage si suave de piété filiale, que l'on se disait involontairement : Heureuse mère, dont le nom est si délicieusement béni par un tel fils ! Mais aussi on pouvait bien dire : Heureux fils, dont les premiers pas dans la vie furent dirigés par une telle mère !

Docile à ses leçons, le jeune Cheverus montra, dès le plus bas âge, cette douceur de mœurs et cette aménité de caractère qui le distinguèrent dans la suite. Dès lors on remarqua en lui cet éloignement de toute frivolité, cet amour de l'étude, cette application à ses devoirs, cette pénétration et ces heureuses quahtés qui semblaient présager ce que plus tard il devait être dans l'Éghse. Sa vertueuse mère, sachant que l'innocence d'un enfant est comme une tendre fleur qui, transplantée trop tôt dans une terre étrangère, se fane et périt, voulut le tenir sous ses yeux pendant ses premières études ; et en conséquence il fut décidé que, demeurant dans la mai-

son paternelle, il irait tous les jours, au collège de la ville, apprendre les premiers éléments des sciences. Le jeune étudiant se livra au travail avec ardeur; et cette application, jointe à la finesse naturelle de son esprit, lui valut dès le commencement les plus brillants succès. Supérieur à tous ses camarades, il ne rencontra qu'un rival, le jeune de Ghapedelaine, qui souvent lui disputa la première place et fut encore plus souvent vaincu, parce qu'aussi spirituel que lui il était moins appliqué. Cette supériorité ne l'enorgueillit point : modeste et sans hauteur, il était l'ami de tous ; excellent camarade, il s'amusait également avec tous et à tout ce qu'on voulait ; en le voyant courir et folâtrer dans le moment du jeu, on " l'eût pris pour le plus léger d'entre eux, comme, en le voyant étudier, on l'eût reconnu pour le plus réfléchi ; c'est qu'en effet il savait bien faire toutes choses, bien s'amuser quand c'en était le temps ; bien s'appliquer quand il le fallait.

Dès l'âge de onze ans, il fui jugé digne d'être admis ù la première communion : ses vertueux parents le préparaient depuis longtemps à cette grande action, la lui faisant envisager comme le comble du bonheur, le but de, tous ses efforts, le motif le plus puissant de bien faire toutes choses ; et le pieux jeune homme entrait de toute son âme dans ces saintes pensées. Aussi la réception du sacrement fit-elle sur son cœur tendre et sensible l'impression la plus profonde. Touché de l'amour de sou Dieu, il renonça à toute les espérance? du monde; tous ses goûts se portèrent vers \uie vie de charité et de prière, tout son attrait fut pour l'état ecclésiastique. 11 s'en ouvrit à sa mère, pour qui il n'avait rien tie caché; et celle ncaivelle Anne, heureuse de pouvoir consacrer à Dii'U lui aulrf.' Samuel, ne songea qu'à cultiver des dispo-

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