M. CARROLL LE RETIENT A BOSTON
1° Comme curé de Mayenne, dont le titre ne m'a point été retiré, ne suis-je pas obligé à retournera mon poste ? 2° La charité ne me fait-elle pas un devoir d'aller au secours de tant d'églises veuves, de tant de paroisses dont les prêtres ont péri, et d'aider selon mes forces à relever l'Église de France du milieu de tant de ruines ? 3° En supposant que je ne sois obligé ni à titre de justice ni à titre de charité à retourner en France, ne puis-je pas au moins céder aux instances d'un père et d'une famille chérie? M. Carroll, prélat d'un esprit supérieur comme d'une vertu digne des premiers siècles de l'Église, fit à chacune de ces trois questions la réponse la plus remarquable : « J'admets comme incontestable, lui dit-il, que, « par la loi ordinaire de TÉglise, vous appartenez à votre « diocèse natal et dépendez de son évêque, tellement que « vous ne pouvez, sans y être autorisé, vous attacher cà « un autre diocèse, conformément aux canons, si sévères « en ce point qu'ils frappent de censures les prélats <( mêmes qui emploieraient des prêtres sortis sans auto- « risation de leur diocèse. Mais cette loi ordinaire de « l'Église suppose évidemment que le prêtre peut avoir « un emploi dans son diocèse et y exercer son ministère. « Si donc il survient des événements tels qu'il ne puisse a plus y être employé par son évêque, pas même y « demeurer, y espérer sûreté et protection, et que, con- « traint de pourvoir à sa propre existence, il se charge « ailleurs du soin des âmes, il cesse dès lors d'être obligé « en justice au service de son premier diocèse. Or que « telle soit la position des prêtres français persécutés, et « qu'ils aient été libres par conséquent de contracter avec « des diocèses étrangers des engagements qui rompent « les premiers liens par lesquels ils tenaient à leur dio- « cèse natal, à leur ancienne paroisse, c'est ce qu'il est
« facile de démontrer jusqu'à l'évidence. Ainsi : 1" qui « niera que des prêtres persécutés, expulsés de bénéfices « à charge d'âmes, aient pu accepter en pays étranger « des chaires ou prébendes lucratives, sous la condition « de ne pas les quitter avant un nombre d'années déter- « miné, quoiqu'il fût possible qu'avant l'expiration du (( temps convenu la paix fût rendue à leur pays ? « 2° Quand les prêtres français, victimes de la persécu- « tion, errant par le monde dans la détresse, ont accepté <( les emplois que leur ont offerts les prélats catholiques « et obtenu la confiance et la vénération des peuples, les « fidèles n'ont-ils pas acquis à leurs services le même <( droit qu'avaient leurs premiers paroissiens , et que « ceux-ci ont perdu par le fait qu'ils ne pouvaient plus « les environner d'une protection suffisante ? 3° Qui dira « que des prêtres persécutés, après avoir traversé, des « mers dangereuses et franchi de vastes distances pour « trouver un lieu où ils pussent utiliser un ministère « qu'ils ne pouvaient plus exercer dans leur pays, 9oni « obligés, les circonstances devenant meilleures, à mesu- « rer de nouveau les mêmes mers, courir les mêmes « dangers, et abandonner ceux qui les ont reçus « dans leur détresse et profitent de leurs instructions ? « Voilà quelques-unes des nombreuses raisons qui « me persuadent que vous êtes entièrement dégagé « de tout lien avec votre ancien diocèse , et que la loi '< de votre conservation, qui vous a obligé à chercher « ailleurs la protection que vous ne trouviez pas dans « votre patrie, vous a affranchi pour toujours. J(i pour- « rais ajouter encore que le Pape, dans la bulle du « Concordat, a supprimé expressément et éteint tous les « diocèses et toutes les circonscriptions qui existaient en « France; que cette extinction iin[)li(pic essentiellement