IL ASSISTE DEUX CONDAMNÉS A MORT
« tromper, les décrets de la Providence ; si nous ne « sommes pas coupables du crime qu'on nous impute, (( nous avons commis d'autres péchés; et pour les expier, « nous acceptons la mort avec résignation. Notre salut « seul nous occupe, il est entre vos mains, venez à notre « secours. » Et comme c'est la coutume aux États-Unis de conduire le condamné au temple pour qu'il y entende un discours funèbre immédiatement avant l'exécution, ils adressèrent, quelques jours après, une seconde lettre à M. de Cheverus pour le prier de se charger de ce discours. « Ce sera mie tâche pénible pour vous, lui « disaient-ils, après la fatigue d'un long voyage, et sur- « tout après les impressions douloureuses que vous fera le « spectacle de deux jeunes gens qui quittent la vie à la « fleur de leur âge ; mais vous ne nous refuserez pas « cette grâce, et vous ne nous réduirez point à entendre, « avant de mourir, une voix qui ne serait pas catho- « lique. » Quelque pénible que fût ce double ministère pour le cœur sensible de M. de Cheverus, il ne balança point à l'accepter, et il se rendit avec empressement aux désirs de ces infortunés. A peine arrivé à Northampton, il alla se renfermer en prison avec eux, passa plusieurs jours dans leur cachot, compatissant à leur position, leur faisant envisager la mort, d'après les vues de l'Evangile, comme l'entrée dans une vie meilleure et la porte du vrai bonheur. Ces instructions et les sacrements qu'il leur administra les étabhrent dans des dispositions si saintes, que le dernier moment perdit à leurs yeux tout ce qu il a de terrible pour la nature abandonnée à elle-même, et ils le virent approcher non seulement sans trouble, mais avec calme, sérénité et une joie toute céleste. M. de Cheverus seul, abattu par la douleur, avait le cœur serré par la compassion ; et ceux qu'il était venu
consoler se firent eux-mômes ses consolateur?. « 0 mon « père ! lui disaient-ils, que nous vous plaignons ! Modé- « rez donc votre douleur, vous en serez malade. » Cependant le jour fatal arriva. Ce jour apparaissant à ces hommes pleins de foi comme Faurore d'un jour de fête, ils voulurent que leur extérieur fût propre et décent pour le moment de l'exécution, et demandèrent un rasoir, afin de se faire la barbe ; on le leur refusa d'abord, mais, sur la parole de M. de Gheverus, qui se fit garant qu'ils n'attenteraient pas à leur vie, on acquiesça à leur demande. Au moment fixé, M. de Gheverus se rendit au temple avec eux et tout le cortège funèbre; là, les ministres protestants voulurent faire le discours d'usage; mais M. de Gheverus s'y opposa avec force et énergie : « La volonté des mourants est « sacrée, leur dit-il; c'est moi seul qu'ils demandent, <( c'est moi seul qui leur parlerai. » 11 monte aussitôt en chaire, et, jetant ses regards sur la foule immense qui l'entoure, apercevant une multitude de femmes accourues de toutes parts pour assister à l'exécution, il se sent animé d'une sainte colère contre la curiosité qui attire à cette lugubre scène tant de spectateurs : « Les « orateurs, s'écrie-t-il d'une voix forte et sévère, sont « ordinairement flattés d'avoir un auditoire nombreux «( et moi j'ai honte de celui que j'ai sous les yeux... Il est « donc des hommes pour qui la mort de leurs semblables « est un spectacle de plaisir, un objet de curiosité!... « Mais vous surtout, femmes, que venez-vous faire ici? " Est-ce pour essuyer les sueurs froides de la mort « qui découlent du visage de ces infortunés? Est-ce « pour éprouver les émotions douloureuses que celte (( scène doit inspirer h touti; dnie sensible? Non, sans << doute ; c'est donc pour voir leurs angoisses, et les voir
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« d'un œil sec, avide et ejnpressé. Ah ! j'ai honte pour « vous; vos yeux sont pleins d'homicide... Vous vous (( vantez d'être sensibles, et vous dites que c'est la prête mière vertu de la femme ; mais si le supplice dautrui « est pour vous un plaisir, et la mort d'un homme un « amusement de curiosité qui vous attire, je ne dois « donc plus croire à votre vertu; vous oubhez donc votre « sexe, vous en faites le déshonneur et l'opprobre... » L'exécution suivit de près ce discours, mais pas une femme n'osa y paraître ; toutes se retirèrent du temple, honteuses d'elles-mêmes, rougissant de la curiosité barbare qui les y avait amenées.
Les protestants de ces contrées, frappés du discours de M. de Gheverus, voulurent l'entendre de nouveau, et il se rendit à leurs vœux; il prêcha plusieurs fois en public, il les entretint en particulier, et il profita de toutes ces circonstances pour détruire leurs préventions contre la rehgion cathohque, et leur montrer combien cette religion était raisonnable dans ses dogmes, sainte, pure, aimable dans sa morale. Plusieurs d'entre eux, frappés du spectacle si touchant que leur avaient olfert les deux Irlandais récemment exécutés, et ne pouvant croire que des hommes coupables eussent, en présence de la mort, une assurance si modeste et si tranquille, prièrent M. de Gheverus de leur dire, d'après la connaissance plus parfaite qu'il en avait par la confession, si ces deux jeûnes gens étaient véritablement innocents. M. de Gheverus leur promit de donner, dans son prochain discours, la seule réponse qu'il pût faire à cette question ; et, en effet, heureux de faire entendre et de venger la vérité catholique devant la multitude d'auditeurs que la curiosité lui avait amenés, il développa avec force et clarté l'enseignement de lÉglise sur la contes-
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sion, son institution divine, ses précieux avantages, et l'inviolabilité du secret imposé au confesseur, qui ne peut pas le rompre, même pour sauver un royaume tout entier. Les protestants furent si charmés des discours de M. de Gheverus et de l'amabilité de ses conversations particulières, qu'ils voulurent le retenir au milieu d'eux, et ce ne fut qu'avec peine qu'il les quitta.
A peine était-il de retour à Boston, qu'il fut appelé dans une contrée voisine, pour travailler à la conversion d'une âme d'élite sur laquelle le ciel avait de grands desseins. M"* Selon, dame illustre, élevée dans le protestantisme, distinguée par sa naissance et par sa fortune, mais plus encore par la trempe énergique de son âme et la droiture de ses vues, était alors à Philadelphie, cherchant la vérité avec un désir sincère de la connaître, et ne trouvant point dans sa religion le repos de la conviction et la paix du coeur, D'après la grande renommée de M. de Gheverus, elle avait conçu le désir d'avoir des entretiens avec lui ; mais, comme elle ne pouvait faire le voyage de Boston, on le pria de venir lui-même audevant de cette âme qui cherchait avec tant de droiture l'entrée du bercail. S'il n'eût écouté que l'inspiration de son zèle, il serait parti à l'instant même ; mais sa délicatesse rarr(''ta : il lui sembla que ce serait manquer au clergé de Pliiladelphie, et mettre ostensiblement la faux dans la moisson d'autrui, que d'aller se présenter pour donner des leçons de catholicisme <'ii cette ville. 11 fit donc dire à iM™"= Seton qu'il ne pouvait aller conférer avec elle, mais que, si elle voulait tiaitri- la cliose par lettres, il s'estimerait heureux de lui donner toutes les explications qu'elle pourrait désirer. M'"" Selon accepta cette j proposition avec bonheur, et exposa ses doutes et ses ^ dillicultés dans plusieurs lettres fort bien faites, ou l\m ,