‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 24 sur 115 · CONVERSION DE MADAME SETON · texte numérisé non relu

CONVERSION DE MADAME SETON

reconnaissait toute la grâce de son esprit et toute la droiture de son âme. M. de Cheverus répondait, sans tarder, et faisait à chaque difficulté une réponse si claire, si précise et si solide, qu'il était impossible de n'en être pas frappé; mais en même temps, convaincu que la foi est une grâce, qu'il n'est point au pouvoir de l'homme de se la donner ni de la donner à autrui, il priait avec ferveur et offrait le saint sacrifice pour le succès d'une affaire aussi grave. M""^ Seton, à la lecture de ces lettres, crut voir un rayon de lumière descendre du ciel pour dissiper ses ténèbres ; tous ses doutes s'évanouirent. La religion catholique lui apparut, sous la plume de M. de Cheverus, si vraie et si belle, qu'elle ne put lui refuser son assentiment, et elle se fit catholique avec le transport d'une âme sincèrement avide de la vérité, et heureux de l'embrasser dès qu'elle lui apparaît. Écoutons-la annoncer elle-même cette bonne nouvelle à M. de Cheverus : « Mon cœur, lui écrit-elle *, vous offre le tribut de « sa vive reconnaissance pour le tendre et charitable « intérêt que vous avez pris à ses peines, alors qu'il était M accablé de doutes et de craintes ; et il se hâte, après « l'accomplissement de son bonheur, de vous informer « que, par l'infinie miséricorde de Dieu et avec l'aide de « vos bons conseils, j'ai immolé toutes mes hésitations et « toutes mes répugnances en union avec le saint sacri- « fice de l'autel, le 4 mars, et que le lendemain j'ai été « admise dans la véritable Église de Jésus-Christ. Ma « reconnaissance et mon contentement ressemblent à la « joie du pauvre marin naufragé rendu à ses foyers. Je « vous aurais fait part immédiatement d'une nouvelle

* Vie de Madame Seton, par l'abbé Rabad, chez Lccoffre, à Paris, p. 171.

« aussi agréable, si je ne m'étais trouvée fort occupée, « comme de raison, à recueillir toutes les puissances de « mon âme pour recevoir le gage de l'éternelle félicité. « C'était l'heureux jour de l'Annonciation. Il me sembla « alors que j'étais initiée à une nouvelle vie, et à cette « paix qui surpasse toute intelligence. Je dis maintenant <( avec David : Vous avez délivré mon âme de la mort, « séché les larmes de mes yeux, préservé mes pieds de la « chute. Certainement j'ai le plus vif désir de marcher en « sa présence dans la terre des vivants, estimant mon « privilège si grand, et ce qu'il a fait pour moi si fort « au-dessus de mes espérances, que j'ai peine à mesurer « toute l'étendue de mon bonheur... Oh! priez pour moi, « afin que je sois fidèle et que je persévère jusqu'à la fin. « J'aurais bien pour cela des avis à vous demander, car <i quoiqu'il y ait beaucoup de bons livres, des conseils « émanés d'une source révérée font beaucoup plus d'im- « pression. Vous me désignez plusieurs chapitres de saint « Jean; je me suis fait, d'après votre direction, une « règle de les lire constamment. Le livre de l'Imitation « de Jésus-Christ, dont vous me parlez, a fait ma conso- « lation dans les luttes les plus pénibles de la vie ; et « une de mes premières convictions sur la vérité a pour « principe le témoignage que rend un écrivain protes- « tant à l'auteur de ce livre, savoir qu il se distingue par « 5^5 études et sa science des saintes Écritures, et par sa « ferveur dans le service de Dieu. Je me souviens que « tombant à genoux et inondée de larmes, je demandai « au Seigneur si celui qui connaissait si bien ses Écri- << tures et qui l'aimait si ardemment aurait pu se trom- « per sur la vraie foi. D»' même, en lisant la vie de saint « François de Sales, je me scinlai^^ inclinée à l'imiter et « ne pouvais m'empécher de solliciter pour mon âme une

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