CONVERSION DE MADAME SETON
« part d'héritage avec lui au jour du jugement. Les ser- « mons de Bourdaloue ont aussi grandement contribué à « me convaincre et à m'éclairer. Depuis plusieurs mois, « un d'entre eux fait partie de mes dévotions journa- « lières. »
M. de Cheverus fit à cette ouverture de cœur si parfaite une réponse admirable, telle qu'il savait en faire en pareille circonstance, et envoya à la nouvelle convertie un livre de prières, comme un léger gage de sa vénération et de son amitié, ajoutant ces bonnes paroles : « Toutes « les fois que vous penserez que je puis vous être de « quelque utilité, je vous conjure, ma chère dame, de « vous adresser à moi sans craindre de le faire trop sou- « vent. Je répondrai toujours à vos estimables lettres « avec ponctualité, et du mieux qu'il me sera possible. » M™'^ Seton accepta cette offre obligeante; et dès lors commença entre elle et M. de Cheverus un commerce épistolaire qui ne finit qu'à la mort de cette vénérable dame. M"" Seton ne voulait pas seulement, en changeant de religion, professer la foi catholique ; elle voulait encore embrasser tout ce que cette foi conseille de plus parfait et de plus sublime ; elle voulait se dévouer sans réserve ; elle se sentait la force de tout quitter, de tout sacrifier, et même de s'engager par la profession solennelle des vœux à tout ce que son guide lui dirait être plus agréable à Dieu, plus utile au salut. Elle s'en ouvrit en plusieurs lettres à M. de Cheverus, lui exposant tous ses projets, et réclamant ses conseils. M. de Cheverus reçut ces communications avec bonheur, donna à la fervente néophyte tous les avis qu'elle sollicitait, et ajouta que, puisque Dieu lui inspirait le courage d'embrasser ce ([ue la religion a de plus parfait, il lui conseillait de se faire sœur de la charité pour instruire les ignorants,
assister les pauvres et servir les malades ; qu'à la vérité cet ordre si sublime n'existait point en Amérique, mais qu'il était digne d'elle d'en donner le premier exemple aux États-Unis et d'en remplir les fonctions.
M°^ Seton reçut cette décision comme venant du ciel même ; et aussitôt, ayant mis ordre à ses affaires temporelles, elle abandonna le monde et la position brillante qu'elle y occupait, et se retira à Emmitsburg, dans le Maryland. Là sous la conduite des prêtres de la Société de Saint-Sulpice, qui y tenaient un collège, elle créa une école pour les pauvres, un pensionnat pour les jeunes personnes de familles aisées, s'adjoignit d'autres femmes pieuses, et devint ainsi la fondatrice de la première communauté de femmes aux Etats-Unis. Dans sa nouvelle position, elle ne cessa pas d'entretenir des rapports de lettres avec M. de Chevcrus; c'était son ange et son guide, et elle avait pour lui une vénération qui ne se peut dire. Il est facile d'en juger par l'impression qu'elle éprouva la première fois qu'elle le vit ; c'était plusieurs années après sa conversion. M. de Cheverus, étant venu à Emmitsburg, se rendit au nouvel établissement qui lui devait sa fondation, et demanda la supérieure ; M™" Seton se présente : « Je suis l'abbé de Cheverus, » lui dit-il. A ce mot, frappée comme à la vue d'un ange, elle tombe à genoux, saisit ses mains, les arrose de ses larmes, et fb^meure ainsi pendant plus de cinq minute? sans pouvoir articuler une parole, tant était vif le sentiment de respect dont elle était saisie.
Pendant que M. de Cheverus poursuivait ainsi toutes Ips bonnes œuvres qui s'offraient à son zèle, la Providence lui préparait à son insu l'honneur de l'épiscopat, et voici à quelle occasion. M. Carroll, évéque de Baltimore, sans cesse occupé des moyens de hâter les pro-