SA VIE SIMPLE ET APOSTOLIQUE
« vaut mieux que tout soit en rapport. » Cependant, quoique tout fût pauvre chez lui, tout y était propre ; quoique tout fût simple, tout y était décent. Sa table, toujours frugale, était plus ou moins pauvre en proportion de ses ressources, qui n'étaient autres que les aumônes des fidèles ; néanmoins il y recevait toujours quiconque s'y présentait ; et le plaisir de jouir de sa société, ou quelquefois le désir de s'assurer s'il avait le nécessaire, y attirait très souvent des convives. Chaque dimanche et jour de fête, il recevait chez lui les catholiques trop éloignés de l'église pour s'en retourner à leur maison prendre leur repas ; et, quelque nombreux qu'ils fussent, il leur donnait à tous à dîner avec un air de cordialité qui les réjouissait : c'était le bon père de famille rayonnant de joie au milieu de ses enfants rassemblés. Pour faire face à tant de dépenses, l'évéque de Boston se privait, je ne dis pas des choses d'aisance et d'agrément, il n'eut jamais l'idée de s'en procurer de semblables, mais même des choses qui sembleraient les plus nécessaires à la vie : il économisait en tout, excepté dans ses aumônes, et ne faisait aucune dépense dont il pût se dispenser. Lui-même fendait le bois à brûler ; son vêtement était toujours des plus simples, mais cependant en rapport avec sa dignité ; les catholiques exigeaient de lui ce dernier point, parce que, disaient-ils, notre honneur demande que vous ne donniez pas à penser aux sectes diverses que nous laissons notre évêque manquer du nécessaire ; et ils voulaient, en conséquence, qu'il ne consultât point cet amour de la simplicité et de la pauvreté qui était dans son cœur, mais que, par égard pour eux, par honneur pour la religion catholique, il eût toujours la mise et le vêtement convenables à sa position sociale.
86 VIE DU CARDINAL DR CllEVERUS.
La vie de M. de Gheverus n'était pas moins une vie de missionnaire au dehors qu'au dedans : tout évêque qu'il étcfeit, il continuait comme auparavant les plus humbles fonctions, confessait, catéchisait, visitait les pauvres et les malades, allait à toutes les heures du jour et de la nuit, en toutes saisons, porter à plusieurs lieues de distance les aumônes de sa charité ou les consolations de son ministère ; ses chères tribus de Penobscot et de Passamaquody le virent évêque tel qu'ils l'avaient vu simple prêtre, et il ne regarda son épiscopat que comme une obligation à un dévouement plus absolu. Jamais à Boston on ne le voyait dans les cercles et les parties de plaisir ; il était tout entier et toujours à ses devoirs, partageant son temps entre la prière, l'étude, son ministère et les œuvres de charité, même quelquefois les plus pénibles ; il se regardait comme le père de toutes ses ouailles, et rien ne coûtait à sa tendresse dès qu'il s'agissait de leur être utile. Un jour, un pauvre marin, avant de partir pour un voyage de long cours, lui recommanda son épouse qu'il laissait seule et sans appui. Il en prit soin comme de sa propre sœur, et, cette pauvre femme étant tombée malade, il se fit son infirmier et lui rendit jusqu'aux services les plus luuuilianls. Au bout de plusieurs mois, le marin, étant revenu, trouva, en rentrant chez lui, l'évcque de Uoston (pii montait, chargé de bois, à la chambre de la malade pour hii faire du feu et préparer les remèdes que ri'clamait sa position. Frappé d'admiration à la vue de tant de charité, le marin toml»; aux pieds de l'évéque, les arrose de ses larmes et ne sait comment dire sa reconiuiissance. M. de Gheverus le relève, r«mbrasse, calme son émotion et le rassure sur la maladie de son épouse.
Vers le môme temps, il y avait, en dehors de la ville