‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 29 sur 115 · CONVERSIONS REMARQUABLES · texte numérisé non relu

CONVERSIONS REMARQUABLES

Église en provoquant la défection de quelques catholiques, parce qu'autant il nous est démontré que le protestant ne se fait catholique que pour devenir meilleur, autant ils avaient observé que le catholique ne se fait point protestant pour être plus vertueux, et qu'il devient même, en général, la honte de la secte qui le reçoit : « C'est, disait un vieux ministre en présence de M. de « Gheverus, c'est le pape qui sarcle son jardin et nous « jette ses mauvaises herbes. » Ainsi l'évéque de Boston vit sans grande contradiction son troupeau se conserver intact, et s'accroître chaque jour de plus en plus.

Entre toutes les conversions qui consolèrent son zèle, il y en eut deux surtout qui donnèrent plus de joie à son cœur : ce fut celle des deux ministres protestants , MM. Barber père et fils : le père, ministre en fonction ; le fils, ministre sans exercice, se bornant à être principal de collège. Leur retour ne fut pas seulement un passage à la religion catholique, ce fut une profession solennelle de tout ce qu'elle conseille de plus parfait : le père, ayant reçu les ordres mineurs et la permission de prêcher, ne voulut point avancer plus loin dans l'état ecclésiastique dont il s'estimait indigne, et s'établit à Glaremont, où il resta jusqu'à sa mort. Le fils, plus fervent encore, désirait tout abandonner pour suivre Jésus-Christ dans les voies de la perfection religieuse ; mais il était enchaîné au monde par les liens de son mariage. Il adressa ses vœux au ciel, il pria avec ferveur ; Dieu l'exauça et toucha le cœur de sa femme qui conçut de son côté un dessein semblable : ils s'en ouvrirent l'un à l'autre, et, la femme étant entrée dans un monastère de la Visitation, le fervent converti, libre alors de ses engagements, bénissant Dieu qui avait brisé ses chaînes, entra dans la compagnie de Jésus, où il devint un prêtre édifiant et

zélé, et fut longtemps professeur au collège de Georgetown. L'évêque de Boston fut curieux d'apprendre d'hommes aussi dignes de foi, si, pendant les longues années qu'ils avaient vécu dans la religion protestante, ils n'avaient pas eu quelques doutes sur sa fausseté, s'ils seraient morts tranquilles dans cette religion ; et il en reçut cette réponse bien digne de remarque, que, jusqu'au jour où il les avait éclairés et instruits, leur bonne foi avait toujours été si parfaite, qu'ils ne songeaient pas même à douter, et que par lui seul la vérité leur avait apparu pour la première fois. Cet exemple et plusieurs autres consolèrent l'âme de M. de Cheverus, en lui donnant lieu de penser que plusieurs protestants pouvaient être dans cette bonne foi ou ignorance invincible qui excuse l'erreur devant Dieu '. 11 en conclut aussi qu'il fallait être très indulgent pour ceux qui se trompent, et très réservé à les condaniniT : « Dieu seul, disait-il, voit « le fond des cœurs ; lui seul est juge de la bonne foi, et « nous devons lui laisser ce secret. »

Aux sollicitudes que se donnait l'évêque de Boston pour l'accroissement et la sanctification de son troupeau, se joignaient les sollicitudes de la charité pour

' Cette bonne foi on ignorance invincible n'excuse devant Dieu que l'homme qui, plaçant dans son estime la religion au-dessus de tout, désire sinrt'Tcment connaître la vérité, est disposé à tout lui sacrilier dès qu'elle lui sera connue, demanda; à Dieu celte connaissance par des prières ferventes, et fait de son côté ce qui dépend de lui pour bien s'instruire de la religion. M. Frayssinous, dans celle de ces conférences qui a pour titre Maximen fie rÉyliie sur le salut dos Itouitnes, enseigne avec tous les théologiens catholiques que le schisnialique ou l'iiéréliquc qui est dans ces dispositions, et (pii a d'ailleurs la foi des mystères de la Trinité, de rincarnalion et de la Hédenqition, [lonrra être sauvé, comme aiqiarleiiaiit non pas au corps, mais à l'âme de celte Église hors de larpielle il u'y u point de salut.

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