SECOURS AUX RÉFUGIÉS
vonir au secours des Français malheureux , que les désastres de nos colonies faisaient errer de pays en pays, cherchant un asile avec les moyens de vivre, et qui affluaient de toutes parts à Boston et aux environs. Dès avant son arrivée en Amérique, plusieurs s'étaient déjà réfugiés dans cette ville ou ses alentours, et depuis, plusieurs avaient continué d'y venir, attirés peut-être par la réputation de sa charité. M. de Gheverus, voyant en eux dos hommes dans le besoin, des chrétiens et des Français malheureux, les accueillit avec tout l'empressement que ces titres à sa charité pouvaient lui inspirer. Il les secourut, d'abord de tout ce qu'il avait, car il commençait toujours par se dépouiller lui-même ; puis, de toutes les aumônes qu'il put recueillir : car lui, qui ne demanda jamais rien pour ses propres besoins, ne craignait pas de demander pour ceux des autres ; et, en distribuant ses largesses, sa délicatesse sut encore doubler le bienfait par la manière de le répandre. Comme ces réfugiés étaient presque tous des hommes d'une condition honorable, pour qui demander eût été une humiliation, pour qui même recevoir était une peine, M. de Gheverus mit tant de tact et de discrétion dans la manière de donner, que l'amour-propre, loin d'avoir à souffrir, pouvait jouir au contraire des égards et des témoignages d'honneur qu'il leur prodiguait. Il s'étudiait à adoucir, autant qu'il était en lui, leur triste position, à leur faire oublier, s'il eût été possible, qu'ils étaient malheureux ; et souvent il les visitait pour leur prouver son estime et son intérêt, mais surtout pour s'assurer si rien ne leur manquait. Ces visites rendues au malheur n'étaient pas sans consolation : outre la jouissance que goûte un bon cœur à soulager l'infortune, il avait le bonheur d'y rencontrer quelquefois de hautes vertus. Entrant un jour dans une
maison qui avait échappé jusqu'alors à sa vigilante charité, il trouva la fannille dans une extrême disette de toutes choses : affligé de ce spectacle, il s'accuse de leurs souffrances ; il demande pardon : « Vous avez dû pas- « ser, leur dit-il, des jours bien tristes ? — Non, monsei- « gneur, répond le père de famille, vieillard vénérable, « digne du temps des patriarches par sa foi et sa piété ; « il est vrai, nous étions dans l'indigence, mais nous « n'étions ni tristes ni malheureux ; nous avions mis « notre confiance dans le Dieu qui n'abandonne jamais « ceux qui espèrent en lui ; et nous savions que sa provi- « dence viendrait à notre aide. » Des paroles si pleines de foi, dites avec la paix et le calme de la vertu, touchèrent si vivement l'âme de M. de Gheverus, que dans la suite de sa vie il ne rappelait jamais ce trait sans attendrissement, disant que c'était l'image du juste la plus parfaite qu'il eût vue sur la terre. Mais si, parmi ces victimes du malheur, il rencontrait des âmes d'une haute yertu, il y trouvait aussi des chrétiens infidèles, oublieux de leur salut; insouciants de leurs destinées éternelles : alors à l'aumône temporelle il joignait l'aumône spirituelle, tâchant de rappeler ces cœurs égarés à la pratique de leurs devoirs religieux. Pour y réussir, il commençait par rendre en sa personne la vertu parfaitement aimable, gagnait le cœur à force de bontés, ménageait l'à-propos pour le temps et la manière ; de sorte que ce qu'il leur disait sr-niblait un avis d'ami, plutôt que la leçon gênante et importune d'un maître ou d'un censeur ; et les insinuations de son zèle étaient si douces, si tendres, si aimables, qu'il n'y avait |)res(jue pas moyen d'y résister. H se trouva [i.irmi ces réfugiés un botnme (l'un caractère si viob^it, d'unii hunifur si colèri; et si terrible, que tout le monde en redoutait les accès ; et