IL ENTRE DANS LES ORDRES. O
sitions si saintes. L'année suivante, il fut tonsuré à Mayenne même, dans l'église du Calvaire, par M. de Hercé, évéque de Dol, avec son ami d'enfance et son rival d'études, le jeune de Cliapcdelaine, qui promettait d'être un jour l'honneur et la gloire du sacerdoce, et que la mort ravit quelques années après à l'Eglise, lorsqu'il aclievait ses études ecclésiastiques au séminaire de Saint- Sulpice, à Paris.
Le nouveau clerc honora l'habit qu'il venait de revêtir; et, cinquante ans après, on se rappelait encore avec quelle exactitude il assistait en surplis aux offices de l'Église, avec quelle piété il s'}' tenait, avec quelle grâce et quelle ponctualité il s'acquittait de toutes les cérémonies qu'on lui confiait. Cette piété, loin de nuire à l'étude, ne fit qu'en accélérer les succès en donnant à l'âme plus d'ardeur pour bien faire, à l'esprit plus de fixité pour saisir et pour apprendre. M. de Gonssans, évêque du Mans, étant venu à Mayenne vers cette époque, M. de Cheverus père lui présenta le jeune abbé nouvellement initié dans son clergé; l'évêque l'examina avec un vif intérêt, et fut si enchanté de tout ce qu'il découvrit en lui d'ouverture d'esprit poiu* les sciences, de piété, de candeur, d'amabihté, qu'il ofiFrit au père une des bourses du collège Louis-le-Grand, à Paris, dont le diocèse du Mans avait la libre disposition. M. de Cheverus, qui désirait initier son fils à des études plus fortes que celles du collège de Mayenne, et plus en rapport avec ses talents distingués, accepta avec reconnaissance l'offre qui lui était faite pour la prochaine rentrée des classes.
Peu après, vint à Mayenne le fameux avocat Gerbier, membre du conseil de Monsieur, depuis Louis XVIII ; et, frappé de tout ce qu'offrait d'intéressant le jeune abbé de Cheverus, autant que jaloux de faire plaisir à une
famille si honorable et si digne des faveurs de ses princes, il promit à M. de Ghm'erus de solliciter pour son fils un des bénéfices qui étaient à la nomination de Monsieur : il tint en effet parole, et le jeune abbé de Cheverup fut nommé par Monsieur prieur de ïorbechet avec le titre de son aumônier extraordinaire. Ce prieuré, situé à quelques lieues de Mayenne, était peu considérable, et valait au plus huit cents livres de rente ; encore donna-t-il lieu à un procès dont les débats se prolongèrent pendant plusieurs années. L'abbé de Cheverus, dès lors comme toujours, ami de la paix et opposé à tout esprit de contention, souffrit longtemps de ce différend; il eût voulu tout terminer à l'amiable, mais son avocat, se tenant assuré du succès, s'opposait avec chaleur à tout arrangement, et triomphait d'avance de l'honneur de la victoire. Le jeune prieur, fatigué des délais, lui enleva ce plaisir en précipitant tout à coup la conclusion de l'affaire par le sacrifice volontaire de ses droits, au moment même où la chose paraissait toucher à son terme. Interrogé ensuite pourquoi il n'avait pas laissé poursuivre un procès qu'il était sûr de gagner, il fit cette belle réponse, bien digne de son bon cœur : « C'est qu'en « le gagnant j'aurais ruiné ma partie adverse. » Cette réponse fut loin de satisfaire son avocat, qui entra dans une grande colère à la nouvelle de l'arrangement conclu, pI en conçut un si vif déplaisir, que, quarante ans après, il en fit encore des reproches à son client de retour en France avec le caractère épiscopal, et fort peu disposé à s'en repfnlir.
Quelque modique que fût le prieuré de Torbechot, il suffit à la modération des désirs de l'abbé de Cheverus, comme à son entrelien pendant tout le temps de ses études. Il n'en fut pas moins fidèle à remplir l'obligation