‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 31 sur 115 · IL CONSACRE LA CATHÉDRALE DE NEW-YORK · texte numérisé non relu

IL CONSACRE LA CATHÉDRALE DE NEW-YORK

déjà plusieurs, qui avaient eu des querelles avec lui, étaient devenus ses victimes : c'était du reste un homme à sentiments élevés, une àme forte dont les passions ne demandaient qu'une main amie pour les diriger et pour les contenir. M. de Ghcverus, dont le coup d'œil juste savait connaître les hommes, eut bientôt discerné ce mélange de bien et de mal, et la trempe d'âme de cet homme si terrible. Il s'attacha donc par des procédés honnêtes à gagner son affection ; celui-ci, par sentiment d'honneur et de délicatesse, se pique de retour, et bientôt une étroite liaison se forme entre eux ; ce sont deux amis. L'évêque de Boston, maître de son cœur, le dirige, le gouverne, le modère, et bientôt on voit paraître un nouvel homme, un homme doux, un chrétien fervent. En devenant l'ami de M. de Gheverus, il sembla avoir pris une autre àme, un autre caractère, une autre vie : aussi, depuis ce moment, ne l'appela-t-il plus que du nom de père, et jamais fils n'eut pour Fauteur de ses jours plus de tendresse et de dévouement.

Quelque immenses que fussent les occupations de M. de Gheverus dans son diocèse, il savait encore se prêter à tous les besoins des diocèses étrangers, New-York, - quoique érigé en évêché, n'avait pas encore d'évêque, par suite de la mort du titulaire, enlevé à la vie avant d'avoir pu prendre possession de son siège, et c'était l'évêque de Boston qui le remplaçait. Toutes les fois que les jésuites qui dirigeaient cette église croyaient utile au bien de la religion de l'y appeler, il s'y rendait aussitôt, sans que ni la distance des lieux , ni aucune autre considération pût jamais l'arrêter. Entre les diverses cérémonies qu'il y vint remphr, une des plus solennelles fut la consécration de la cathédrale, grande et belle église, de style guthiyue, longue de cent vingt pii-ds sur

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une largeur de qualrc-vingls. Le jour de l'Ascension, il la consacra sous l'invocation de saint Patrice, en présence de tous les principaux habitants de la ville et d'une multitude immense : l'église était remplie autant qu'elle pouvait l'être, et plusieurs ne purent entrer. C'était un vrai jour de triomphe pour la religion au miheu de cette grande cité protestante, et M. de Cheverusle célébra, dit le journal de Nev^'^-York, avec son éloquence spiHtuelle accoutumée et un à-propos merveilleux, dans le sermon qu'il prononça après l'évangile , sur ces paroles du psaume : « Seigneur, j'ai aimé la beauté de votre maison ; » Domine, dilexi decorem domus tuae.

Le zèle de l'évêque de Boston ne se bornait pas aux diverses contrées des États-Unis, il embrassait toute la terre, il compatissait aux maux de toute l'Église : nous en trouvons un témoignage touchant dans une lettre qu'il adressa, peu d'années après son sacre, aux archevêques et évêques d'Irlande. Ces vénérables prélats, effrayés des persécutions que souffrait alors l'Église, surtout dans la personne de son chef, l'illustre Pie VII, enlevé de Rome, dépouillé de ses États, détenu prisonnier à Fontainebleau, avaient écrit à un grand nombre d'évêques catholiques pour s'entendre avec eux sur la marche à tenir dans des temps si critiques. M. de Ghevcrus, ayant reçu cette lettre, leur fit, sans doute de concert avec les autres évoques des États-Unis, une réponse où respire le zèle le plus touchant {)our l'Église et pour son chef auguste : « Nous tenons au souverain pontife, leur dit-il, « comuu; les membres tiennent à la tête ; et, si tous les « membres, selon la doctrine de saint Paul, compatissent « à toutes les douleurs du moindre d'entre eux, combien « plus les soullrauces ilu chef même qui les gouverne « doivent-elles produire dans tous les membres une sen-

SON DÉVOUEMENT AU SAINT-SIÈGE. i09

« sation douloureuse ? Nous pleurons avec vous, véné- <( râbles frères, et nous nous indignons dans le Sei- « gneur ; avec vous nous déclarons exécrable l'attentat « qui chasse un vieillard de la maison de ses pères, per- « sécute et afflige un évéquc sans reproche, dépouille de « son patrimoine l'Eglise mère et maîtresse, abreuve « d'outrages un pontife qui n'a fait que du bien. Nous « déclarons en même temps devant Dieu que nous rece- « vrons avec un humble respect les avis de notre très « saint Père, quoique détenu en captivité, et que ses « désirs comme ses ordres nous trouveront toujours « dociles. Toutefois nous ne nous regarderons comme w liés par les lettres qu'on nous donnera comme venant « de lui qu'autant qu'il nous sera bien constaté qu'il les « a faites en pleine et parfaite liberté ; et, s'il vient à <i mourir, ce dont Dieu nous préserve au milieu de si <( grands périls de l'Église, nous ne reconnaîtrons point « celui que la violence et la terreur auraient mis à sa « place sur la chaire de saint Pierre ; nous ne nous sou- « nu'ttrons qu'à celui que la plus grande partie des « évêques de l'univers et presque tout le peuple catho- « lique aura reconnu pour incontestable successeur de « saint Pierre *. »

1 Summo Poutifici velut membra capili adhaercmus et subjicimur : cùiii auteni , ut ex Paulo liabenius, si patitnr unum lueinbruui, conipatiiintur omnia membra, quautô magis capilis ipsius acerbos dolores amarissimum sui sensum iu omnibus membris excitare oportet ! Vobiscum, venerabiles fralros, lugemus et apud Domiuum iudignamur; vobiscum inl'aiidum ilhul pronuutiamus, quod souex domo patrià cxlui'botur, episcopus insons alfligatur, Ecclesia magislra patrinionio exuatiir, et benè méritas poulifex contnmcliis exagitetur... Intérim coram Domino prolilemur nos sanclissimi Palris, ctsi in captivitate detenti, monita bumiliter audituros, ejn^quo votis et mandalis piompté oi)temperaturos ; uumquam tanien lilteris tauquam ab eo cmanantibus constrictos

ilO VIE DU CARDINAL DE CHEVERUS.-

La dernière partie de cette lettre , en nous révélant le dévouement éclairé et prudent de Févêque de Boston pour le Saint-Siège, nous apprend en même temps tout ce que la colère de Napoléon faisait craindre alors au monde catholique. Heureusement la Providence , qui calme d'un mot les tempêtes et marque aux flots déchaînés le grain de sable où doit venir expirer leur fureur, sut aussi arrêter à temps les desseins de l'empereur et rassurer le monde qui tremblait. Bientôt l'Europe entière s'ébranla pour renverser le colosse qui menaçait de la fouler sous ses pieds ; toutes les armées du Nord fondirent sur la France : Napoléon tomba, et le chef de l'Eghse, depuis si longtemps captif, retournant dans la ville éternelle, put y continuer son pacifique et salutaire empire sur toute la face du globe. Les habitants de Boston virent dans cet événement un fait heureux pour la paix du monde ; ils le saluèrent avec enthousiasme, el une fôte publique fut indiquée pour le célébrer. M. de Gtievorus, tout entier aux intérêts de la religion et di; l'humanité, y vit la lin des douleurs de l'Eglise et de son chef, depuis si longtemps opprimés ; la cessation du Iléau de la guerre, qui, depuis tant d'années, moissonnait les générations ; et cette double consid(''ration l'em- (jortunt dans son esprit et son cœur sur tout autre point de vue, il lit dans son église une fête solennelle d'actions

nos esse censebiraus, nisi prius sublata fuerit onini? vel mininia suspicionis unibra quod plenà ptjrfeclA(jue libertate non sit gavisus. Si aulein e vivis excédât ((luod iu tantis Ecclesiœ perieulis Deus avertat), et per viiu terroremque in Pétri catliedraiii usceudere (jiiisi)iaiii alleutaverit, ila aiiiiiio coniparali suimis, et jiopulo sollicitudiiii no.stro coiuniisso persuadera conabiiiiur, iieininem pro vero et iudubilato S. Pétri successore agnoscendiim, uisi qnem longe major pars episcoporum tolius orbis et fere uiunis populus catliolicus pro tali aguovcriul.

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