‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 36 sur 115 · MORT DE M. MATIGNON · texte numérisé non relu

MORT DE M. MATIGNON

présider lui-même aux pompes funèbres et rendre les derniers devoir? à son digne ami ; mais il voulut le faire avec une solennité inouïe dans une ville protestante. Le corps fut porté processionnellement dans la ville au milieu des chants de la douleur ; et lui-même suivait le convoi, la mitre en tête, entouré de tous les catholiques en pleurs. Les habitants de Boston respectèrent la cérémonie funèbre, quelque inusitée qu'elle fût dans leurs murs; ils honorèrent par leur silence et leur bonne tenue la douleur de M. de Cheverus et la mémoire de son ami ; le plus grand ordre régna dans toute la procession, et on eût dit que ce jour-là tout Boston était catholique. Le lendemain, tous les joiu'naux de la ville, loin de trouver à redire à cette cérémonie, adressèrent des remerciements à Tévêque d'avoir si bien auguré du* bon esprit des habitants de Boston, et su apprécier tous les sentiments de la vénération qu'ils portaient eux-mêmes à son digne ami *. Il est difficile de dire combien M. de Cheverus fut sensible à une conduite si honorable ; ce trait lui demeura gravé dans le cœur comme un des témoignages d'intérêt les plus touchants qu'il ait reçus des habitants de Boston.

Toutefois, depuis ce jour lugubre, il sembla ne plus

• Voici en particulier l'article de la Gazette du Commerce de Boston, 24 septembre 1818 : « Les restes du vénérable docteur .Matignon ont été inhumés lundi dernier avec les cérémonies solennelles et splendides de l'Église romaine. La procession qui précédait et suivait le corps de ce savant, pieux et vrai disciple de notre Dieu et Sauveur, était extraordinaircment longue, et excitait l'intérêt public à un (dus haut degré que tout ce que nous avons pu voir en semblables occasions. Peut-être peu de personnes sont descendues dans la tombe plus aimées pour leur piété, leur force chrétienne et leur résignation, ou plus honorées pour leur zèle et leur active charité. »

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connaître le bonheur; le souvenir de M. Matignon se présentait partout à lui, et renouvelait chaque jour ses angoisses; il se trouvait seul et délaissé au milieu de tant de personnes qui le chérissaient; et sous le poids fl'une si grande douleur, il lui fallait faire face à d'immenses travaux. La mort de M. Matignon avait doublé ses occupations, déjà si nombreuses, en faisant retomber sur lui tout le fardeau du ministère que portait ce digne prêtre. A ce surcroît de fatigue se joignait un asthme, dont depuis longtemps il bravait l'incommodité, mais qui fil alors des progrès alarmants. Cependant, il ne voulut rien relâcher de tout le travail qui se présentait; il vaquait à tout, et se multipliait pour suffire à tous les besoins. 11 donna l'ordination du sacerdoce à deux de ses ('•lèves pour le remplacer à Boston pendant ses courses apostoliques ; et, comme dans les jours de sa meilleure santé, il alla visiter les sauvages de Penobscot et de Passamaquody, et leur bâtit même une église sur les rives de leur fleuve. Pendant les rigueurs de l'hiver et les chaleurs de J'été, on le voyait, comme autrefois, voler partout où il y avait du bien à faire, des malheureux à consoler, des malades à visiter. Tant de travaux eurent bientôt altéré notablement sa santé, et porté l'asthme qui le fatiguait au point le plus inquiétant. Les médecins lui ili'-clnrèrcnt (|ue le seul moyen de sauver sa vie était de passer sous un ciel plus ddiix, qii'aiiIrcMKMil l'àpreté du rliitwit (le bcistou le conduirait avant peu fl'annécs au l(Mulif'iui. Malgré cet avis des médecins, malgri'î le désir n;ilin('l di; revoir sa patrii; et sa r.iinillr, uialgré lout ce (jue la mort de M. Mafi;:rK»n répandait de tristesse sur le séjour de liost(»n. M. de (]lieverus ne voidut point (pulter son poste. i.;i loi l'y ;iv.iit place'-, la loi l'y retenait, et il était décidé a uioiirii' an milieu de la iKJUVelIc patrie

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