IL ENTRK A LOUIS-LE-GRAND
qui y (Mail attachée, et qui consistait à réciter tous les jours le petit office de la sainte Vierge. Cette récitation, au contraire, faisait la consolation de sa piété, et il la regardait comme une préparation au grand ministère de la prière publique qui devait un jour lui être confié.
Il termina sa quatrième au mois d'août 1781, et remporta plusieurs prix suivant son usage. Après quelques semaines de repos et de délassement, M. de Gheverus songea à le conduire à Paris pour lui faire continuer ses études au collège de Louis-le-Grand, qui devait être un théâtre plus digne de lui et de ses talents. Il passa par le Mans, où il le présenta encore une fois à l'évêque; et celui-ci le vit avec un nouveau plaisir, conçut pour lui, en le connaissant davantage, un intérêt encore plus tendre, et pour l'Église, des espérances plus glorieuses; il lui confirma la promesse d'une bourse, qu'il lui avait faite plusieurs mois auparavant, et daigna y ajouter celle d'aller le voir au collège, toutes les fois que ses affaires l'appelleraient à Paris. M. de Gheverus se retira heureux d'un accueil si gracieux et si flatteur fait à son fils, et partit pour la capitale. Une de ses premières démarches en cette ville fut d'aller remercier l'avocat Gerbier, qui avait procuré à l'abbé de Gheverus le prieuré de Torbechet. Gelui-ci voulut le présenter à il/o?isieur^ comme son aumônier extraordinaire, titre attaché au prieuré. Cette dignité d'aumônier dans la personne - d'un enfant de treize ans, qui, à en juger par sa petite taiUe, ne paraissait pas seulement en avoir dix, amusa beaucoup le prince ; mais le regard vif et spirituel de cet enfant, sa candeur et son amabilité, le charmèrent encore plus, et il le renvoya avec tous les témoignages du plus tendre intérêt.
L'abbé de Gheverus entra ensuite au collège Louis-le-
Grand ; et, dès le début, il fut soumis à l'épreuve la plus difficile que puisse rencontrer un jeune homme qui sort pour la première fois de la maison paternelle. Ce collège, autrefois l'école de tant de vertus comme le rendez-vous de tant de talents, n'était plus ce qu'il avait été. Les administrateurs de cette maison, imbus de toutes les idées nouvelles qui devaient, peu d'années après, amonceler sur la France tant de crimes, de malheurs et de ruines, voulurent faire participer les jeunes gens à cette liberté large de penser, de dire et de faire, qu'on prônait partout ; et, en conséquence, ils supprimèrent la règle du silence, retranchèrent plusieurs exercices de piété, comme inutiles pour élever des hommes du monde, bons tout au plus pour former des moines : ces innovations ne tardèrent pas à produire leur fruit, et les réformateurs purent jouir du résultat de leurs œuvres. Sans silence, les jeunes gens furent bientôt dissipés et inappliqués ; de la dissipation ils passèrent à des désordres plus graves, et, les exercices de piété ne se trouvant ])lus là aux divers moments du jour pour rappeler au devoir le cœur qui s'égarait, le collège cessa d'être cette maison d'ordre qui avait fourni tant de bons citoyens à l'Etat, tant de bons chrétiens à l'Eglise.
Dans une position si délicate, le jeune abbé de Gheverus sut se roidir contre l'exemple, se montrer tel qu'il avait toujours été jusqu'alors, tel qu'il fut toujours tlepuis, c'est-à-dire pieux, modeste, régulier, appliqué à l'étude et à tous ses devoirs. Il communiait tous les liuit jours, faisait toutes ses prières avec piété, et observait rlans les exercices religieux une tenue modeste sans contrainte, recueillie sans affectation, qui contrastait avecla légèreté et la dissipation di^s autres; mais il acconqiagnait cette conduite de tant de grâce et d'aménité pour