‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 40 sur 115 · REGRETS QUE CAUSE SON DÉPART · texte numérisé non relu

REGRETS QUE CAUSE SON DÉPART

« Ce n'est donc pas assez qu'il nous ait quitté, celui qui « nous réunit en troupeau, et qui, près de vous, marchait, « sa main dans la vôtre, tout occupé de notre bien, ce « pasteur si aimable pour nous, cet ami et coadjuteur si « précieux pour vous, ce vertueux Matignon que nous « pleurerons toujours ?... Au milieu de nos alarmes et de « nos gémissements , nous voulons faire entendre au « moins une faible expression de notre amour pour vous « l't de notre reconnaissance pour vos bontés. Vous avez <( nourri le nécessiteux et vêtu l'indigent, ramené les « brebis égarées et rappelé à la vertu celui que le vice « entraînait ; vous avez partagé la joie de vos frères '( heureux , et adouci les douleurs de ceux qui souf- <( fraient... Vous êtes descendu pour ainsi dire de Tautel « de Dieu aux détails de la vie commune, pour nous diri- « ger même dans nos affaires temporelles ; et, quoique « habile dans les affaires du monde, vous n'avez point « usé de cette habileté pour vous amasser des richesses « périssables, mais jjoiir agrandir l'intelligence, l'hou- « nête aisance et la considération du peuple dont vous <» étiez chargé... Puisse le doux climat de Montauban « rétablir et fortifier votre santé, vous donner la vie et le (' bonheur ! et quand vous reposerez avec vos pères et « que vous serez compté parmi les grands et les bons « des temps passés, puissent nos descendants apprendre « ici que vous donnâtes votre dernière bénédiction au « premier objet de votre amour comme au second, et « que Boston et Montauban se confondirent dans vos « prières sur vos lèvres mourantes. »

M. de Cheverus fut vivement ému à la lecture de cette adresse, et fit à l'instant la réponse la plus affectueuse : «Vos tendres adieux vicnnrnl de m'ètre présentés,

« disait-il dans sa lettre ; je les ai mouillés de mes « larmes. Vous savez tous combien j'ai de chagrin de '( vous quitter, puisque vous avez vu avec combien de « joie je refusai, au mois de mai dernier, la charge qu'il « faut aujourd'hui que j'accepte... Mes bien-aimés « enfants, je vous presse tous contre mon cœur paternel ; « vous y vivrez jusqu'à mon dernier soupir. Pardonnez « les fautes que j'aurais faites dans mon ministère, et « priez le pasteur suprême de les effacer. »

Mais une lettre ne suffisait pas à M, de Gheverus pour épancher un cœur aussi plein que le sien des plus tendres sentiments pour son cher troupeau. Le dimanche d'avant son départ, il monta en chaire, et là, devant un auditoire aussi nombreux que le pouvait comporter son église, il prononça ses derniers adieux, donna ses derniers avis à son troupeau, et remercia même les protestants, dont un grand nombre étaient présents, de l'afl'ection et des bontés qu'ils lui avaient témoignées pendant son séjour à Boston. Rien de plus touchant que ce discours ; le cœur le plus aimant en avait dicté toutes les paroles, et la voix de l'orateur, altérée par le sentiment qu'il éprouvait, lui donnait encore un intérêt nouveau ; d'un autre coté, l'émotion de tous les auditeurs, les larmes et les sanglots d'un grand nombre annonçaient que les liaisons les plus saintes et les plus tendres étaient sur le point de se rompre. Ce moment, en effet, ne tarda pas, et ce fut alors que M. de Gheverus nîçut un nouveau témoignage de l'attachement qu'on lui portait. Quoiqu'il partît de grand malin, protestants et cathohques s'étaient réunis chez lui, fondant en larmes à la pensée qu'ils ne le reverraient plus, mêlant leurs gémissements à leurs derniers adieux, cherchant à loucher au moins ses habits et à

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