HOMMAGE QUE LUI REND UN MINISTRE
partager son dernier regard. Plus de quarante voitures l'attendaient à la porte pour lui faire cortège', et raccompagnèrent plusieurs lieues sur la route de New-York, oîi il devait s'embarquer. Il fallut enfin se séparer ; on se jeta à son cou, on fondit en larmes, de part et d'autre on sanglotait, et il serait difficile de dire de quel côté furent les plus grandes douleurs.
Ainsi s'opéra cette séparation si déchirante des deux côtés ; mais les cœurs ne se séparèrent point : M. de Cheverus laissa à Boston son nom toujours vivant, sa réputation toujours glorieuse pour l'Église, et le lecteur verra avec plaisir comment en parlait, plusieurs années après, un ministre protestant, le docteur Channing* : « La « métropole de la Nouvelle-Angleterre, dit ce ministre, « n"a-t-elle pas vu l'exemple sublime des vertus chré- « tiennes dans un évêque catholique ? Qui de nos doc- « leurs religieux oserait se comparer au dévoué Gheve- « rus ? Cet homme bon par essence, que ses vertus et ses « talents ont élevé à de hautes dignités dans l'Eglise et « dans l'État, vécut au milieu de nous, consacrant les « jours, les nuits et son cœur tout entier au service d'une « congrégation pauvre et grossière. Nous le vimes éviter « la société des grands et des riches pour se rendre l'ami « de l'ignorant et du faible, abandonner les cercles les
' Le Magasin mensuel de Boston, p. 16, décrit de la manière la plus touchaute la scène du départ. Quant aux voilures ijui accompagnèrent M. de Cheverus, il y a encore à Boston, dit M. Stewart dans son Appendice, plusieurs personnes honorables qui faisaient partie du cortège, et elles attestent qu'il y avait au moins quarante voitures.
• Dans le Christian Examiner, ouvrage périodique publié à Boston. L'extrait que nous en citons se trouve dans une Revue de la vie de Fénelon, par le docteur Chauning.
« plus brillants, qu'il aurait ornés par son esprit, pour (( les plus humbles chaumières, supporter avec la ten- « dresse d'un ))ère les fardeaux et les chagrins de ceux (( qui étaient confiés à ses soins apostoliques, prendre « autant leurs intérêts temporels que spirituels, et ne « jamais donner le moindre indice qu'il sentît son esprit, <( dégradé par ces humbles fonctions. On voyait cet « homme généreux braver, pour exercer sa bienfaisance, « le soleil le plus brûlant et les tempêtes les plus vio- « lentes , comme si son ardente charité l'eût défendu « contre la rigueur des éléments. 11 nous a quittés, mais « il ne sera jamais oublié : il jouit parmi nous de ce qui « est plus précieux que la renommée ; son nom est chéri « partout où celui des grands est inconnu, il est pro- « nonce avec des bénédictions et des larmes de recon- « naissance dans les asiles (hi malheur. »
De ces magnifiques éloges, si honorables à la mémoire de M. de Cheverus, le ministre prolestant tire des conséquences qu'il nous importe de remarquer : <( t]h ! com- « ment d'après cela, continue-t-il, pourrions-nous fermer « nos cœurs à l'évidence du pouvoir qu'a la religion « catholique de former des hommes vertueux et éminents « en mérite... 11 est temps que plus grande justice soit « rendue à cette société ancienne et si largement éten- « due. L'Église catholique a produit les plus grands « hommes qui aient jamais existé, et c'est une garantir « sullisante qu'elle renferme tous les éléments d'une « félicité éternelle, »
Telle est la mémoire glorieuse à la religion et à l'Kglise que laissa à Boston M. de Cheverus, et qui nous explique l assez soit les regrets qu'y occasionna sa retraite, soit . les honneurs dont on voulut accompagner son départ. Il