MORT DE SA SŒUR
qui lui rappelaient de si précieux souvenirs , furent cruellement compensées par la nouvelle qui vint alors affliger son cœur. Une sœur, qu'il affectionnait d'une manière toute spéciale ', qu'il se réjouissait de revoir et d'embrasser, fut enlevée de ce monde ; Dieu l'appela à lui pleine de mérites et de bonnes œuvres. M. de Gheverus ressentit vivement ce coup ; toutefois il le supporta avec résignation et courage, et partit peu après pour Mayenne, sa ville natale, où l'appelaient tant de vœux. Il ne voulut y arriver qu'à huit heures du soir, comptant par là se dérober à l'honneur d'une réception ; mais, dès ses premiers pas dans la ville, la grande nouvelle s'est bientôt répandue partout, le son des cloches l'annonce à tous les habitante, une illumination spontanée resplendit sur son passage, et un peuple nombreux, se pressant autour de lui, l'accompagne, des flambeaux à la main, en poussant des cris de joie jusqu'à la maison de son frère. Le lendemain, le clergé, voulant se dédommager de la privation de la veille, se rendit processionnellement à sa demeure, le conduisit sous le dais à l'église, revêtu de ses habits pontificaux, et le complimenta devant la porte principale, lui appliquant les paroles du peuple juif à Judith : Vous êtes la gloire de notre pays : Tu honorificentia populi nosti'i. Un Te Deum solennel fut chanté en action de grâces de son heureux retour, et après la cérémonie, toutes les autorités vinrent lui rendre leurs hommages. Divers discours lui furent adressés, et il fit à chacun les réponses les plus gracieuses et les plus spirituelles.
Deux jours après, il monta en chaire dans l'éghse de
* Madame George dont nous avons parlé au commencement de cette histoire.
Notre-Dame. Le curé de celte paroisse était mort le vendredi précédent : c'était M. Sougé, son ami d'enfance, son compagnon d'exil au départ de Mayenne et pendnat quelque temps en Angleterre ; il voulut honorer sa mémoire et prononcer son oraison funèbre. Il avait à louer un prêtre en qui on ne savait qu'estimer le plus, ou la vertu ou le talent ; il le fit avec tout l'intérêt qu'inspirait son sujet, et avec toute la sensibilité du cœur le plus aimant, uqi s'attendait à embrasser un ami et qui ne trouve plus que ses froides dépouilles. Ce premier discours de l'évêque de Boston fit concevoir le désir d'en entendre d'autres, et, comme il lui en coûtait tant de refuser, il se rendit à toutes les demandes : elles furent aussi multipliées qu'il était possible, c'est-à-dire qu'on le fit prêcher tous les dimanches et toutes les fêtes, et même matin et soir, pendant plusieurs jours, pour les exercices d'une retraite. On ne pouvait se rassasier de l'entendre ; toute la ville accourait à ses prédications, et chacune de ses paroles était recueillie avec entliousiasme : ceux-là même qui affectaient auparavant le mépris de la parole divine montraient un égal empressement pour assister à ses instructions, et en sortaient toujours plus ravis du prédicateur, plus rapprochés de la religion et moins prévenus contre elle.
A ce travail de la prédication, M. de Chevcrus, toujours homme apostolique, à Mayenne commi' à Boston, joignit liicti d'autres travaux. 11 rétablit la paix et l'union dans |)hisifMirs familles, fit cesser les divisions, opéra des réconciUalious. 11 était partout où il y avait quelque bien à faire, quelque malheur à soulager, quoique consolation à jiortcr ; les nsligieuses de la Visitation, les malades rie l'hôpital, les détenus (ht la prison, tous le virent, l'entendirent, l'admirèrent et eurent part à ses bontés.