‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 45 sur 115 · SON SÉJOUR A MAYENNE · texte numérisé non relu

SON SÉJOUR A MAYENNE

Informé un jour qu'un prêtre, intidèle à ses engagements jusqu'à allier une vie toute laïque avec la sainteté de son caractère, recevrait volontiers sa visite, il se rendit aussitôt à sa demeure, l'entretint sur son état, et au bout de quelques conférences, il eut le bonheur de le voir ouvrir les yeux à la lumière, se réconcilier à Dieu et à l'Eglise. Cette conversion ne fut que le prélude d'une autre plus douce encore à son coeur. Il y avait à Mayenne un célèbre médecin, homme honorable selon le monde, instruit même de sa religion et y croyant, mais malheureusement fort peu soucieux d'en remplir les devoirs. Il tomba dangereusement malade ; personne n'osait lui proposer de faire venir un prêtre : on fit part de cet embarras à i'évêque, ajoutant qu'on était persuadé que s'il daignait aller le voir, quoiqu'il lui fût inconnu, cette visite le flatterait et serait un moyen de le disposer à recevoir les derniers sacrements et à faire une mort chrétienne. M. de Cheverus se rend aussitôt chez le malade, lui parle avec cette affection, cette bonté touchante à laquelle personne ne pouvait résister : le malade, attendri et reconnaissant , supplie I'évêque de vouloir bien lui - même entendre sa confession, et reçoit les derniers sacrements avec tous les sentiments de la piété la plus vraie. Heureuse influence de la religion pour consoler et soutenir l'âme qui est à la veille de tout quitter ! Le malade, qui auparavant paraissait triste et inquiet, se montra dès lors calme et tranquille : depuis ce moment jusqu'à sa mort, appréciant le bonheur de sa réconciliation avec Dieu, il ne cessa de bénir le ciel qui lui avait envoyé son ange pour lui ouvrir les portes du paradis. M. de Cheverus, de son côté, touché jusqu'aux larmes d'un retour si sincère, s'attacha à lui comme à un ami conquis au bord de la tombe ; et cet événement, comme il l'a souvent dit

depuis, fut le plus doux souvenir qu'il remporta de son séjour à Mayenne.

Pendant que l'évêque de Boston, au sein de sa famille, se livrait ainsi aux œuvres d'un zèle tout apostolique, il reçut une lettre du grand aumônier qui le rappelait promptement à Paris. Les évoques d'Amérique, effrayés de la perte immense qu'allait faire la religion aux Etats- Unis, si M. de Gheverus se fixait en France, et sentant vivement le besoin qu'elle avait d'un prélat aussi influent par l'empire de ses vertus comme par ses talents, avaient écrit à Rome pour supplier le saint-siège de ne pas permettre un si grand malheur. En conséquence, le souverain pontife avait fait demander au roi de France une autre nomination pour Montauban, et écrit à M. de Gheverus lui-même pour l'engager à retourner à Boston : « Quand je pense, lui disait-il, de quel avantage pour « l'Église d'Amérique a été jusqu'à présent votre épisco- « pat, quelle grâce i'Esprit-Saint vous a donnée non « seulement pour établir solidement la foi catholique « dans le diocèse de Boston et lui gagner de nouveaux « enfants, mais encore pour servir l'Eglise dans les « autres diocèses des États-Unis, et conquérir l'estime « des hérétiques eux-mêmes, je ne puis vous dissimuler « que je crains beaucoup que votre translation ne soit un « malheur pour l'Éghse d'Amérique '. » Gette lettre jeta

' Ubi mecum ijise rcpulo (juauto cuiii AniericanaB EccelesiiE bono episcopatuin Uoslouiensein hucusque gessoris, quanlamque Ubi Spirilus S. graliam contulerit, ut non modo iidei calholica; in Uoslonicnsi diœcesi contirnianda;, auyendocpie catholicorum uutnf;ro par evascris, veruni etiam Eccli;siai in ca.'leris Fœderatornni Slaliinni diœccsibus utilitali fuoris, ab ipsisque ha;reticis observanlifi! arf^unienla roceperis, non |>ossuni non aperlo fateri ma vflionienlcr liniore, ne si translalio isla cuulingal, id giavissiino Lcclui<iii; damuo in America sit lulurum.

Page 1