SERMONS A SAINT-SULPICE
l'évêque de Boston dans les plus pénibles incertitudes. D'un côté, enfant docile du saint-siège, il voulait obéir ; et, d'ailleurs, Boston vivait toujours dans son cœur, jusque-là qu'on ne pouvait lui en parler sans que des larmes s'échappassent de ses yeux : d'un autre côté, il voyait mille difficultés à revenir sur une démarche aussi avancée que sa sortie d'Amérique. 11 se borna à les exposer dans une réponse respectueuse, représentant : 1° que sa santé gravement altérée ne pouvait plus supporter ni les travaux d'une mission si pénible, ni Fàpreté d'un climat si rigoureux ; 2° qu'il ne possédait plus rien, ni à Boston, où il avait tout donné avant son départ, ni en France où il n'avait aucun patrimoine, et que les moyens temporels lui manquaient entièrement, même pour le trajet seul. En conséquence, il supphait Sa Sainteté, non pas de le nommer à Montauban, ce qu'il n'avait jamais désiré, mais d'accepter sa démission du siège de Boston, et de le laisser terminer dans la retraite, au sein de sa famille, une existence qu'il croyait prochainement menacée ; où, si elle y répugnait, de lui donner pour coadjuteur un ecclésiastique qu'il désignait, ajoutant que Sa Sainteté, mieux informée par l'expérience d'une administration provisoire, pourrait prononcer plus tard sur la nécessité de son retour, et qu'elle le trouverait toujours prêt à obéir. La cour de France joignit ses instances à ces représentations, et le pape n'insista plus ; les bulles pour Montauban furent expédiées.
Pendant tout le temps que durèrent ces négociations, M. de Cheverus ne cessa de se rendre utile et de déployer son zèle partout où il en trouva l'occasion. Le second dimanche après Pâques, M. de Pierre, son ami, curé de Saiul-Sulpice, l'invita à prêcher dans son église. Le désir d'entendre un prélat si renommé attira un audi-
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toire illustre et nombreux; on y voyait le grand aumônier, plusieurs évêquos et pairs de France, et autres grands du royaume. Tout le monde s'attendait à un sermon éloquent et soigné ; M. de Gheverus, qui n'envisageait en toutes choses que le plus utile, se borna à une instruction simple et familière, mais touchante et pratique, sur le bon exemple dont parlait l'épître du jour; et quand on lui fit observer, après le sermon, combien de grands personnages étaient venus l'entendre : « Je « n'en savais rien, reprit-il avec simplicité ; mais, quand « je l'aurais su, je n'aurais pas mis plus grand pot au « feu » ; montrant par là combien il était étranger à tout sentiment d'amour-propre et de vanité, à toute idée de se faire un nom. Faire le bien était sa seule ambition : il semblait même se multipher pour en mettre à profit toutes les occasions. C'est ainsi que le jour de la Pentecôte, après après avoir célébré la messe dans une église de Paris, il alla remplir la fonction d'éévque assistant au sacre de M. de Janson, sur le mont Valérien, et de là revint prêcher à Saint-Sulpice le sermon des vêpres. Ce sermon, quoique improvisé, fut très remarquable : il y fit voir comment dès ce jour le Saint-Esprit avait fondé l'ÉgUse avec ses quatre grands caractères, la faisant une par l'union des esprits et des cœurs ; sainte par les hautes vertus des premiers chrétiens; catholique par la conversion des hommes de toute nation qui se trouvaient à Jérusalem, comme autant de députés des différents peuples de la terre; apostolit/ue par la soumission de tous les lidèli;s à l'enseignement et à l'autorilé des apôtres.
Tant dœuvres de zèle ne furent pas sans fruit, et M. du Cheverus put avoir la pensée si douce pour son cœur, que si le pape accédait à la demande qu'il lui avait j