IL VA PHÊCHEH A TOULOUSE
« si grand hôte. » Mais en quoi consiste cette préparation ? Ici M. de Gheverus racontait avec simplicité ce qu'il faisait lui-même. « Je me représente, disait-il, « saint Jean rÉvangéliste disant la messe, la sainte Vierge « y assistant et communiant : je me demande quelle était » leur pureté, leur foi, leur amour, et je tâche d'entrer « moi-même dans les saintes dispositions de ces deux « helles âmes. » Et quand il s'apercevait que tous ces moyens ne réussissaient pas encore , que l'auditeur paraissait distrait ou peu touché de ses paroles, il avait recours alors à quelques traits saillants, propres à réveiller l'attention. C'est ainsi que, prêchant un jour devant des paysans grossiers qui paraissaient insensibles à sa parole : « Mes enfants, leur cria-t-il, lisez donc dans mes '< yeux combien je vous aime, combien je veux votre <' bonheur pour le temps et pour l'éternité : » et ces mots partis du cœur furent comme une étincelle qui électrisa tout l'auditoire, et réveilla toutes les attentions.
Cependant le bruit des prédications comme des vertus (le l'évêque de Montauban se répandit dans les provinces voisines ; toutes les feuilles pubhques le célébraient , toutes les bouches le louaient. Le cardinal de Clermont- Tonnerre, archevêque de Toulouse, désirant faire la connaissance d'un prélat tant vanté, vint le visiter à Montauban ; la modestie, la simplicité, les manières aimables de M. de Cheverus, ravirent et édifièrent le cardinal ; il l'invita à venir le voir k son tour, et lui fit promettre de [trècher dans sa ville métropolitaine pour l'érection d'un calvaire. L'évêque de Montauban se rendit à l'invitation, et, ayant prêché comme il l'avait promis, il fit sur tout son auditoire une impression profonde; le cardinal, en particulier, en fut touché jusqu'aux larmes, et, dans son "'■motion, il pria M. de Cheverus de donner sa bénédic-
tion à tout le peuple : « En votre présence, monseigneur, « reprit l'humble évêque, il ne m'appartient pas de bénir « votre peuple; mais, puisque vous le voulez, ajouta-t-il « en tombant aux pieds du cardinal, donnez-moi vous- « même votre bénédiction, et je la transmettrai ensuite à « vos ouailles. » Le cardinal le fit en versant des larmes d'attendrissement, et l'évêque de Montauban bénit toute l'assemblée au nom de Son Eminence.
Tant de prédications n'empêchaient pas M. de Cheverus de se livrer à toutes sortes de bonnes œuvres ; il n'y avait encore que deux mois qu'il était à Montauban , lorsqu'une dame remarquable par son esprit, son éducation brillante et sa position sociale, mais depuis longtemps étrangère à la pratique de la religion, tomba dangereusement malade. A la vue de la mort qui s'approche et de l'éternité qui la suit, cette dame sent renaître en elle les remords de sa conscience ; et, se rappelant les bons principes reçus dans sa première enfance, elle comprend'qu'elle a trop longtemps sacrifié au respect humain et à ses passions, qu'il faut enfin penser sérieusement à son salut. Mais à qui ouvrir une conscience si chargée ? Elle serait contente si le nouvel évêque, dont elle entendait tous les jours parler avec admiration, voulait en être le dépositaire. On en avertit M. de Chcverus : il accourt, (;t, avec cette délicatesse de convenances qui lui était propre, il l'aborde et demeure en conférence avec elle pendant plusieurs heures. De doiu^cs larmes, la paix de la conscience, la joie de la seeo?ule iimocence rendue à un eceiir jiis(pi';dors crnellenienl déchiré, \r.\ fut le résultat d<! la première entrevue, et on ne peut dire le contentement de cette illustre pénitente. Mais une (those manquait encore à son bonheur ; son mari, Turc d'ori- ;-'ine, maliorruHan d.uis son cnCinee, plus lard étrangerà
SES œuvres' DE ZÈLE., 457
toute religion, militaire en France avant 93, et depuis, artiste dramatique et comédien, était venu se fixer à Montauban où il vivait sans aucun état, dépour^-u de toute notion de christianisme. L'évêque entreprit une conversion aussi difficile, et il y réussit : cet homme reçut d'abord le baptême et la confirmation , puis la bénédiction nuptiale peu de jours après, et enfin quelques mois plu? tard, lorsqu'il eut été instruit à fond de la religion, le néophyte sexagénaire fit sa première communion, à la grande joie de son épouse et à l'admiration de toute la ville.
Il n'y avait pas jusqu'aux personnes de la plus basse condition qui ne se crussent autorisées, par la bonté de M. de Gheverus, à réclamer son ministère. Un pauvre homme, marchand de clous et de sabots, attaqué d'une maladie dangereuse, avait exprimé à sa femme le désir de se confesser à l'évêque : celle-ci se présente au palais épiscopal ; on l'introduit auprès du prélat, qui l'accueille avec son inimitable bonté, la fait asseoir et congédie les personnes qui l'entourent. Quelques instants après, il sort avec cette pauvre femme, se rend auprès du malade, lui parle avec douceur, et entend sa confession. Cette visite apporta la bénédiction de Dieu dans la maison ; car le malade échappa au danger d'une opération périlleuse qu'il lui fallut subir, et, ce qui est plus merveilleux, il conserva, depuis, les sentiments chrétiens que M. de Cheverus lui inspira alors.
L'évêque de Montauban n'attendait pas même que les malades le demandassent : il lui suffisait de savoir qu'il y en avait quelque part qui seraient consolés de le voir et de l'entendre; il y allait avec empressement, les exhortait et les bénissait. Volontiers même il remplaçait
lo8 VIE DU CARDINAL DE ClIEVERUS.
ses prêtres dans le ministère : ayant un jour rencontré sur la place de la cathédrale un sacristain, qui murmurait tout haut de ne pas trouver un prêtre pour administrer un malade en danger : <( Mais moi, lui dit-il, ne « suis-je donc pas prêtre ? » Et aussitôt il se rendit avec lui près du malade, administra à celui-ci les derniers sacrements, et retourna le visiter les jours suivants pour le fortifier et le consoler.
Ce vrai imitateur de Fapôtro saint Paul ne cherchait ipi'à faire plaisir (à tout le monde ; tous les jours, malgré l'asthme qui le fatiguait, malgré le froid et la pluie, il allait dire la messe à la chapelle des Ursulines, la préférant à celle de l'évêché, parce que cela, disait-il, fait plaisir aux religieuses et aux âmes pieuses qui aiment à entendre la messe de leur évêque ; et, chose remarquable ! il portait la délicatesse jusqu'à défendre d'ajouter à l'autel pour sa messe plus de décorations que pour les autres, afin de n'être à charge à personne, et même jusqu'à déguiser le service qu'il rendait, sous l'apparence fliui service reçu, témoignant en toute occasion aux l'cHgieuses la reconnaissance de ce qu'elles voulaient hien, disait-il, lui prêter leur cha[)elle. H s'estimait Ikmin;ux de toutes les attentions délicates (pi'il |t(uiv<iil avoir |>our elles, airhsi (pi(i p<iur (ouh.'s les autres coimuunaulés \ouées à l'éducation chrétieuur de la jeunesse «t de l'enf'arice, n'épargnant jiour cela ni visites, ni instructions, ni retraites, ni paroles d'encouragement et d'intérêl. « Vous êtes mes aides dans l'êpiscopat, leur disait-il; « tout ce que vous faites pour ces enfants est un service '< que vou> nu^ rendez : vous travaillez pour moi et en " ma place, puisque c'est moi qui ai la charge d'ensei- • gner à tous la religion ; » et il les consolait des plaintes