SA TENDRESSE POUR LES ENFANTS
du monde, qui eût voulu faire entrer ses frivolités dans leur plan d'éducation : « Quand une règle est d'or, leur « disait-il, les ornements sont superflus. »
Tous ses diocésains trouvaient en lui la même bonté, à cette différence près, que ceux qui l'avaient offensé recevaient des témoignages plus marqués de sa tendresse. Un jour, tout le peuple étant à genoux pour lui demander sa bénédiction, il aperçut un homme qui se tenait fièrement debout, insultant aux autres ; il va droit à lui, l'embrasse avec effusion, et lui serrant la main, lui dit d'une voix émue : « Au moins, monsieur, si vous ne « voulez pas vous déclarer publiquement pour une de « mes ouailles, vous me permettrez de vous avoir pour « ami. » Un autre jour, un soldat ayant été mis en prison pour ne lui avoir pas présenté les armes, il alla aussitôt trouver le capitaine pour solliciter sa grâce. Celui-ci est inflexible : <( Eh bien, dit l'évêque, je vais me mettre en « prison avec le soldat, et je n'en sortirai qu'avec lui. » Force fut au capitaine de céder, et M. de Cheverus aUa lui-même annoncer sa grâce au prisonnier, en lui donnant cinq francs pour le dédommager du commencement de peine qu'il avait subi à son occasion.
Mais c'était surtout envers les enfants qu'éclatait la bonté de l'évêque de Montauban : cet âge de candeur et «l'innocence avait pour son cœur des charmes et des attraits inexprimables. Ayant vu un jour un tout petit enfant qui se levait péniblement sur la pointe des pieds pour saisir le marteau de la porte de sa maison et se faire ouvrir, le prélat s'approclie, lui fait ofl're de services, frappe à plusieurs reprises, et pendant ce temps-là l'entretient et le récrée jusqu'à ce qu'on vienne lui ouvrir. Une autre fois, entendant de la rue un enfant qui pleurait à hauts cris, il suit la voix, entre dans une
pauvre maison, et y trouve un enfant au berceau. 11 l'embrasse avec bonté, le caresse, agite son petit berceau pour apaiser ses cris, et continue cette fonction maternelle jusqu'à l'arrivée de la mère, dont la surprise, comme on le pense bien, fut inexprimable. Rien, en effet, de plus maternel que le cœur de l'évêque de Montauban ; il éprouvait pour l'enfance toutes les sollicitudes et toutes les tendresses d'une mère, jusque-là qu'ayant vu un jour une troupe d'enfants boire de grand matin à une fontaine, et craignant que l'eau froide ne leur fit du mal, il acheta promptement d'une femme qui se trouvait là tout ce qu'elle portait de gâteaux à vendre, et les leur fit distribuer. Plusieurs fois il a fait de semblables achats à Montauban , tantôt pour récompenser de leur tenue si modeste et si édifiante les enfants pauvres des écoles chrétiennes, tantôt pour en consoler d'autres qui paraissaient tristes ou versaient des larmes. Aussi les enfants l'aimaient-ils comme on aime une mère ; et, dans leur enthousiasme , ils se réunirent un jour spontanément autour de lui sur la place principale de la ville, et lui firent cortège jusqu'à l'évêché, où il les remercia avec sa bonté accoutumée. Un autre jour, ils l'entourèrent au inriment où il (Hait près de monter en voiture, et voiihirenl être bénis chacun en j)articiili('r ; ce cpi'il fit avec joie, malgré l'ardeur d'un soleil brûlant, qui dardait sur lui ses rayons, et l'impatience de certaines personnes qui auraient voulu qu'on éloignât de; lui ces enfants.
Telle était la tendre charité de M. de Gheverus ; et sa grande ambition était de répandre le même esprit dans tous les coMirs. Il voulait (|iif tous ses diocésains s'aimassent les uns |<;s autres ; et, s'il a[)[)renait qu'il existât une division dans ime famille ou dans une paroisse, sa cbarili' lrouv;iil iiiilli- i/idiistrii'> aimables pour rccon-