SES VISITES PASTORALES
cilier les ctpurs. On en pourrait citer bien des traits ; nous nous bornerons à un seul. Un jour, il fut informé qu'un maire était en discorde et guerre ouverte avec son curé ; il part aussitôt et va le trouver : « Monsieur, lui « dit-il, j'ai un grand service à vous demander ; vous me « trouverez peut-être indiscret, mais j'attends tout de « votre obligeance. » Le maire, hors de lui-même et tout confus, proteste qu'il n'y a rieii qu'il ne soit disposé à faire pour un prélat si vénéré : « Eh bien, dit le bon « évêque en se jetant à son cou et l'embrassant, le ser- « vice que j'ai à vous demander, c'est de porter ce baiser « de paix à votre curé. » Le maire promit, tint parole, et la réconciliation fut faite.
Tant de bonnes œuvres et de prédications n'étaient pas l'occupation principale de M. de Cheverus. Parcourir son diocèse en tous les sens, en connaître les pasteurs, en étudier les besoins, en remarquer l'esprit, et dispenser par la confirmation les grâces dont l'évêque est le ministre, c'était là ce qu"il regardait comme le premier de ses devoirs ; et il s'en acquitta avec un zèle infatigable. Il visita la plupart des paroisses, observant tout avec soin, mais en même temps avec prudence, sans précipiter le blâme ou la réforme, prêchant partout, et partout variant ses instru(;tions selon les lieux et les circonstances. Partout il allait, et souvent à pied, confirmer les malades qui n'avaient pu venir à l'église, réconcilier les personnes ou les familles divisées, sans être jamais arrêté ou par la distance des lieux, ou par l'incommodité des chemins, ou par l'intempérie des saisons ; partout il répandait ses aumônes, et savait, en donnant, ménager la délicatesse des pauvres d'un certain rang ou d'une certaine condition, tantôt déposant ses largesses d'une manière inaperçue, tantôt pressant
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(l'accepter : « Car, disait-il, je ne suis que le dispensa- « teur de ce que je vous donne, et, en refusant, vous me « rendriez coupable d'infidélité. » Aussi recueillil-il di; CCS visites les plus douces consolations. Quelque part (|u"il allât, il était reçu avec le même enthousiasme : on lui érigeait des arcs de triomphe, on décorait les rues par où il devait i)asser, et les sons harmonieux de la musique redisaient autour de lui l'allégresse générale qu'excitait sa présence : c'était entre toutes les villes une sorte de rivalité à qui ferait la plus belle réception. Lauy.erte, petite ville du diocèse, voulant surpasser toutes les autres, dressa un magnifique arc de triomphe de trentecinq pieds d'élévation, surmonté d'une plate-forme où se plaça un brillant orchestre composé des musiciens de la ville et des environs. Mais voilà qu'au moment où, à l'approche de l'évêque, toute la symphonie commençait à se faire entendre, une poutre se rompt et entraîne dan^ sa chute plate-forme et arc de triomphe, orchestre et musiciehs. Cet accident donna lieu à M. de Cheverus de montrer toute sa bonté et de gagner encore davantage tous les cœurs. 11 alla visiter les blessés, distribuant à tous des consolations, des témoignages d'intérêt, des largesses même à ceux qu'il savait en avoir besoin. Il les embrassait comme des frères, « et je sentis, disait l'un d'eux, » ses larmes couler sur mon visage ; sa sensibilité étouf- <' fait sa voix, mais qiu; le |)t'ii de mots (juil m'adressa " me disait de choses !» — (( il me plaignit, disait un « autre, d'une manière si tendre, si douce et si atta- « chante, tpie je ne j)iis m'empêcher de m'écrier : 0 friix " culpa, fjan' InUnii ne lanlummeruil hdhorr consolalo- " rew ! » I/amour (pie l'f'vêque de .Mitiilauban se conciliait dans ses visites était tel, cpidn ne le voyait partir qu'avec l<;s plus vils regrets, et il seitdilait «pTon ne pou-