‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 51 sur 115 · IL SECOURT LES INONDÉS · texte numérisé non relu

IL SECOURT LES INONDÉS

vait s'en séparer. Un jour qu'il venait fie monter en voiture pour s'en aller d'une paroisse, une pauvre femme ayant saisi et baisé sa main au moment où il l'étendait par la portière pour donner sa dernière bénédiction, il lui fallut rester là plus d'une heure pour procurer la même consolation à tous les habitants qui se pressaient autour de lui, envieux du même bonheur. On voulut les écarter : « Laissez-les approcher, s'écria-t-il ; que ce bon « peuple satisfasse à l'aise sa foi et sa reconnaissance. » Il n'y avait pas jusqu'aux protestants qui ne lui témoignassent en toute circonstance leur respect et leur attachement ; ils rivaUsaient de zèle avec les catholiques, et semblaient faire un seul troupeau sous un pasteur si chéri. « n n'y a plus de protestants à Montauban, disait « un député de cette ville à un ministre du roi ; nous « sommes tous épiscopaux. » M. de Cheverus se plut luimême à publier des dispositions si favorables dans un de ses mandements, au retour d'une visite : « Partout, dit-il, « comme dans notre ville épiscopale, nos frères séparés « nous ont témoigné un tendre respect ; et nous ne pou- " vons rejeter l'espérance qu'il ne leur sera pas difficile (( de reconnaître pour leur évêque celui qu'ils chérissent « comme leur ami. »

Mais ce qui porta au plus haut point la réputation de M. de Cheverus, ce qui excita dans tous les cœurs un enthousiasme que ceux-là seuls peuvent concevoir qui en ont été les témoins, ce fut la charité, le dévouement généreux qu'il déploya dans l'hiver de 1826. .Uors la rivière du Tarn, s'étant débordée et élevée avec une rapidité effrayante jusqu'à la hauteur de trente pieds au-dessus de son niveau ordinaire, avait submergé les deux princi- |)aux faubourgs de Montauban, et mis dans le plus grand

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danger les malheureux qui les habitaient. A la première nouvelle de cet accident, le charitable évêque accourt sur les lieux, fait préparer les barques pour aller secourir et enlever de leurs maisons ceux qui sont près d'y périr. Digne imitateur de Fénelon, qui disait que les évêques ont aussi leurs jours de bataille, il surveille, encourage, presse et active les travailleurs, et bientôt tous les malheureux sont hors de danger, et déposés en lieu sûr. Mais que vont -ils devenir ? La plupart sont pauvres, sans asile comme sans pain : « Eh bien, mes « amis, leur dit-il, le palais é|)iscopal est à vous ; venez-y « tous, je partagerai avec vous jusqu'à mon dernier mor- « ceau de pain. » Ce fut, en effet, ce qui eut lieu. Le palais épiscopal fut transformé en hôpital ; plus de trois cents pauvres y furent reçus et répartis dans les diverses salles. Il restait une pauvre femme à la porte de l'évêché : elle n'osait entrer parce qu'elle était protestante ; l'évêque l'apprend, court la chercher lui-même : « Venez, « lui dil-il, nous sommes tous frères, surtout dans le « malheur, » et il la conduit dans 1«. salle avec ses autres compagnes d'infortune. Pendant tout le temps que dura l'inondation, le bon évéque garda tous ces malheureux, et en prit soin avec une tendresse de mère. Il les visitait plusieurs fois chaque jour, les consolait avec une bonté attendrissante, veillait à ce qu'il y eût toujours un grand feu allumé dans chaque salle, |)0ur qu'ils ne souffrissent pas du froid, les nourrissait de son mieux, les servant quelquefois lui-même, leur distribuant son vin et son argent. Un jour qu'il ('-tait sur le point de remettre son offrande ;i une pauvre protestante : « Monseigneur, lui « dit une' femme voisin(.', ne donnez pas à celle-là, c'est « une huguenote. — Que dites-vous? reprit le charitable

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