IL SECOURT LES INONDÉS
« pasteur, semblant n'avoir pas compris ; vous voulez « dire sans doute qu'elle est plus malheureuse que (( vous ; » et il lui donna une double aumône.
Cependant ce n'était point encore assez pour la tendre sollicitude de M, de Cheverus : dès le premier jour du désastre, pensant aux pauvres honteux qui n'avaient pas osé venir se confondre avec les autres dans le palais épiscopal, il chargea le curé de la paroisse inondée de chercher tous ceux qui seraient dans la détresse sans oser le dire, et de lui en donner une note exacte, parce qu'il voulait les secourir tous. « Leur position me « déchire, disait-il dans sa lettre ; il faut du linge, des « habits, du bois, des meubles, pourvoyez à tout, et « dites-leur que mon cœur et ma bourse sont à eux : « car à Dieu ne plaise que je sois bien logé et nourri, « tandis que les membres de Jésus-Christ sont sans asile « et sans pain. Je n'ai pas besoin de vous recommander « d'y mettre les plus grands ménagements, pour ne pas « blesser leur délicatesse : je vous connais, et je bénis « Dieu du prix que vous attachez à l'aumône qui n'em- « bouche pas la trompette, mais coule inaperçue dans le « sein du malheur, comme ces eaux souterraines qui « coulent sous le sillon stérile qu'elles fécondent. » Le digne curé remplit parfaitement les vues de son évéque, et l'évoque ne faillit point à sa promesse ; il lui donna jusqu'à cinq mille francs pour réparer tous les malheurs. De Montauban il étendit ses sollicitudes sur Moissac, ville voisine, où l'inondation faisait aussi des ravages; il y courut avec empressement, distribua des secours, et pourvut aux plus pressants besoins. Ainsi M. de Cheverus fut la [)rovidence universelle, tant des malheureux qui étaient hors de son palais, que de ceux qu'il y avait accueillis; et, quand les eaux s'étant abaissées, la rivière
était rentrée dans son lit, ceux-ci purent retourner à leurs habitations, il ouvrit une souscription en leur faveur, se mit en tête, et invita les riches à prendre part à la bonne œuvre. Son exemple avait fortement parlé à tous les cœurs : les riches entendirent cet appel. Une somme considérable fut déposée entre ses mains ; chaque malheureux reçut suivant la mesure de ses besoins, et tous s'en retournèrent comblant de bénédictions leur charitable évêque, ne sachant comment dire leur amour et leur reconnaissance. Cependant, tous les désastres réparés, il restait encore quinze cents francs des aumônes recueillies ; M. de Gheverus les employa à exhausser le pavé de l'église du faubourg inondé, et, par ce trait remarquable de sagesse, qui fit gagner honorablement une aumône que peut-être quelques-uns auraient refusée par délicatesse, il procura quatre grands biens : il assainit cette église qui auparavant était humide et malsaine ; illamit à l'abri d'une nouvelle inondation; il ménagea un lieu de refuge aux habitants en cas d'un autre débordement; enfin, il occupa les pauvres, et les préserva d'une dangereuse oisiveté. Pendant qu'ils se livraient à ces utiles travaux, il vint un jour les visiter ; et, au moment où il allait se retirer, ces [)auvres, improvisant à leur bienfaiteur une ovation inspirée par la reconnaissance, l'entourèrent en criant de toute la force que donne l'enthousiasme de l'amour: Vive Monseigneur! Vive notre père! Vive notre bienfaiteur! et de là ils le reconduisirent en triomphe jusqu'à l'évéché, au milieu des mêmes cris mille fois répétés.
Des traits de charité si admirables furent bientôt portés sur tous les points de la France; Charles X les apprit, et s'empress.i d'exprimer à M. de Cheverus combi(;n il en était touché, ajoutant à celte lettre de congratulation