SA MODESTIE DANS LA GLOIRE
une somme de cinq mille francs, pour l'indemniser, an moins en partie, des dépenses qu'il avait faites en cette circonstance. Les cinq mille francs à peine reçus furent aussitôt distribués aux pauvres : l'évèque se trouva assez indemnisé par le bonheur d'avoir soulagé des malheureux, La gloire que lui attira cet événement ne l'enorgueilht point, et il est touchant de voir avec quelle modestie il {)arle de lui-même peu de jours après.
Un ancien élève de Louis-le-Grand, entendant retentir partout le nom de M, de Gheverus, désira savoir si c'était le jeune abbé de ce nom qu'il avait connu au collège, et s'adressa, pour en être instruit, à Févêque de Montauban lui-même : « J'ai connu à Louis-le-Grand, lui écrivait-il, « un jeune abbé portant votre nom, boursier du collège « du Mans, aussi modeste que religieux, aussi laborieux « qu'instruit, d'un caractère toujours doux et affable, « l'exemple de ses camarades : ce jeune abbé, monsei- « gneur, permettez-moi cette question, serait-ce vous ? « — Oui, lui répondit l'humble évêque, je suis bien réel- « lement le petit abbé Gheverus de Louis-le-Grand : que « je voudrais vous voir ici, vous remercier de votre bon « souvenir, et vous prouver que la mitre, qu'on a placée <( comme de force sur ma pauvre tête, ne l'a ni tournée « ni enorgueillie ! On a bien exagéré le peu que j'ai fait c< pour les pauvres incjndés. J'étais loin de croire que <( cela ferait tant de bruit, et fixerait même les regards « et m'attirerait les bontés de notre auguste souverain. »
Peu de temps après l'événement dont nous venons de j)arlor, arriva la grande époque du jubilé; ce fut, pour •M. de Gheverus, l'occasion de déployer un zèle tout nouveau, et de se montrer supérieur à lui-même. Pendant tout ce saint temps, outre le sermon ordinaire du dimanche, il prêcha le mercredi et le vendredi de chaque
semaine, procura une retraite à sa cathédrale, présida en personne à tous les exercices, et y donna lui-même une instruction chaque jour. Non content de ces actes publics de zèle, il voyait les pécheurs en particulier, et tâchait de gagner leur cœur pour les gagner à Dieu. De ce nombre était un prêtre, ancien religieux, qui, sous le règne de la terreur révolutionnaire, avait, au mépris de ses engagements , contracté un mariage sacrilège, L'évêque de Montauban l'alla voir plusieurs fois, lui tendit les bras de sa charité comme le père du prodigue, lui parla avec douceur et force, et, aidé de la grâce qu'il appelait à son secours par des prières ferventes, il fit pénétrer dans son cœur une componction si vive, que ce malheureux, ayant dressé lui-même sa rétractation dans les termes les plus touchants, voulut que M. de Cheverus la lût dans l'église devant tous les fidèles. « Pénétré « d'une vive douleur de mes offenses, et du scandale que « j'ai donné, y était-il dit, je supplie la divine miséri- « corde, par les mérites de Jésus-Christ, mon Sauveur, « d'agréer mon repentir. Je désire que les fidèles sachent « que je voudrais faire amende honorable, prosterné au « pied de l'autel et en leur présence, si mon état d'inUr- « mité me le permettait. Qu'ils sachent au moins (et << J"im[)lore humblement h.'ur pitié et leurs prières), qu'ils « sachent que je reconnais, en rougissant et avec déclii- « rement de cœur, que j'ai, |)ar une vile apostasie, violé " mes vœux sacrés de religion, et contracté une alliance « que cette religion sainte réprouve et condamne, l'ar- « don, mon Dieu, pardonne/, à un malheureux prêtre, à « un religi(;ux bien cou[)able, mais bien rcîpentant. Par- «< don, mes frères, que j'ai scandalisés; priez pour le " pauvre pécheur. » Cette rétractation fut remise à .M. <le (jheverus, lui jour qu'il devait prêcher à la cathé-