‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 55 sur 115 · IL EST NOMMÉ PAIR DE FRANCE · texte numérisé non relu

IL EST NOMMÉ PAIR DE FRANCE

gnage touchant d'attachement le consola dans cette circonstance pénible : M. Tabbé de Trélissac, son grand vicaire, fixé depuis plus de vingt ans à Montauban, où il avait ses propriétés et un grand nombre d'amis, mettant, au-dessus de tout, le bonheur de vi\Te auprès d'un tel évêque, lui demanda comme une grâce de le suivre à Bordeaux, décidé qu'il était à vendre ses biens, à quitter ses amis, à aller même à Boston, s'il eût fallu, plutôt que de se séparer de lui : tant M. de Cheverus savait se faire aimer, tant on l'appréciait quand on le connaissait. Touché d'un si beau dévouement, le digne évêque accepta avec reconnaissance, et ne songea plus qu'à s'échapper sans retard de Montauban ; car sa sensibilité n'y pouvait plus tenir. Pour se dérober aux cris de douleur de ses chers enfants, il partit la nuit, à l'insu de tout le peuple, triste et abattu au delà de toute expression.

Arrivé à Paris, il ne put taire ses plaintes et sa douleur au ministre ; et celui-ci fut réduit à se justifier, en |)rotestant que, s'il lui avait demandé un si grand sacrifice, il y avait été forcé par sa conscience, qui lui disait que c'était le seul choix convenable. Le roi Charles X l'accueillit avec cette grâce et cette bonté qui lui étaient naturelles, lui témoigna dans les termes les plus flatteurs toute son estime et toute son afl'ection, et peu après le nomma pair de France, par une faveur d'autant plus marquée, que personne ne partageait avec lui dans la circonstance les honneurs de cette promotion. Celte élévation à la pairie inquiéta sa charité autant qu'elle affligea sou humilité. Il ne voulait [las que les pauvres souffrissent des dépenses qu'entraîneraient les voyages et le séjour qu'il lui faudrait faire à Paris pour les sessions de la Chambre ; et puis il avait toujours eu de l'éloignement pour les dignités et pour tout ce qui le produisait au

17'i VIE nu r.AHniNAL de creverus.

grand jour : il fallut que M. de Villèle, alors ministre des finances auquel il s'en ouvrit, le rassurât sur le premier point, en lui promettant un supplément qui couvrirait les dépenses, et l'encourageât sur le second, en lui montrant, dans son élévation, le vœu de la France sanctionné par le roi.

Sur ces entrefaites, on délibérait à la cour sur le choix d'un précepteur pour M. le duc de Bordeaux. M. de Chateaubriand consulté à ce sujet par le comte Roy, qui venait de succéder à M. de Villèle, proposa aussitôt M. de Cheverus comme l'homme le plus apte qu'il connût pour un ministère si difficile et si délicat. Le ministre court chez Charles X : « Le choix serait excellent, répondit le prince ; je suis fâché de n'y avoir pas pensé deux heures plus tôt, la chose serait faite ; mais il n'est plus temps, M. Tharin est nommé*. »

Pendant que M. de Cheverus à Paris était ainsi malgré lui élevé en dignité et en honneur, les grands vicaires de Bordeaux, lui ayant écrit pour lui exprimer la joie que leur causait sa nomination, lui proposèrent, par la même occasion, de réclamer auprès du gouvernement l'ancien archevêché, palais magnifique bâti par le prince Ferdinand de Rohan, lorsqu'il était archevêque de celte ville, et ne servant pkis, depuis qu'il avait été détourné de sa destination , qu'au logement des princes lorsqu'ils venaient à Bordeaux, l/huuiililé de M. de Cheverus rejeta bien loin cette proposition : « 11 ne convient pas, " répondit-il, à un pauvre évêque comme moi de loger « dans un si beau palais ; l'humble asile qui a servi à « mon saint f)rédécesseur sera trop bon pour moi : et, '< d'ailleurs, je serais fâché d'ôter à nos princes bien-

' Extrait des Mémoires d'outrpAonihe de .M. de ChaleauLriaiid.

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