‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 57 sur 115 · SON ENTRÉE A BORDEAUX · texte numérisé non relu

SON ENTRÉE A BORDEAUX

se prebysterorum esse cognoscat ; autorité et force dans le gouvernement, mais amitié, cordialité dans les rapports privés. « Je vous aimerai, dit-il à ses prêtres en « finissant, aimez-moi aussi; mon cœur a besoin de vous « avoir pour amis. » Après la cérémonie, il reçut à l'archevêché toutes les autorités civiles, militaires et judiciaires, et mit dan^ les paroles qu'il adressa à chacune d'elles une grâce si parfaite, un à-propos si merveilleux, une bienveillance si touchante, que tous se retirèrent ravis. Son esprit ingénieux et aimable savait discerner le point de contact, le lien de rapprochement et d'union entre le clergé et chaque corps de l'Etat. Tantôt il le trouvait dans la similitude des fonctions, comme quand il disait aux juges : « Vous rendez des arrêts au nom du « Dieu de justice, et nous au nom du Dieu de miséri- « corde; ainsi nous sommes confrères, nous devons nous « soutenir et nous aimer comme tels : la reUgion et la « justice sont deux sœurs qui ne doivent jamais se désuet nir. » Tantôt il le trouvait dans les services réciproques, comme quand il disait au tribunal de commerce : « La religion doit beaucoup au commerce, parce « que c'est lui qui a porté ses missionnaires dans les « régions lointaines ; c'est lui aussi qui m'a conduit en « Amérique et ramené en Europe : mais le commerce « doit encore plus à la religion, parce que c'est elle qui « surveille la justice et la bonne foi dans les contrats, qui « prévient ou fait réparer les fraudes. Ainsi la reconnais- « sance mutuelle doit nous rendre une famille de « frères, faire de nous tous une famille de frères. » Des paroles si gracieuses, accompagnées de manières aimables et d'une bonté touchante, excitèrent l'entliousiasme et le dévouement : c'était un concert unanime di; louanges, d'applaudissements, de suffrages honorables ;

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et, au milieu de tout cela, le bon archevêque était loin de s'enorgueillir : « Vous voyez comme on me fête ici-bas, « disait-il à un de ses amis, je crains bien que Dieu ne « me dise un jour : Tu as reçu ta récompense en ce « monde. » Une chose le préoccupait plus que toutes les louanges, c'était la manière dont il allait gouverner le grand diocèse qui lui était confié.

Il se traça, en commençant, trois règles de conduite : la première, d'être bon et aimable envers tout le monde, jjour se concilier les cœurs; la seconde, de ne rien changer à ce qu'avait fait son saint prédécesseur ; et la troisième, de ne rien établir avant de bien connaître les personnes, les choses et les lieux.

Pour être bon et aimable envers tous, il semble qu'il n'avait qu'à suivre la pente de son cœur si naturellement porté à la bienveillance. Toutefois on se tromperait beaucoup, si l'on croj'ait que cette bonté d'âme, qui ne se démentait jamais, ne lui coûta aucun effort. Dieu seul connaît toutes les violences qu'il eut àse faire, tantôt pour étouffef des répugnances ou des mécontentements intérieurs, sans rien laisser paraître au dehors de ce qu'il éprouvait au dedans, tantôt pour supporter des dérangements continuels au miheu de ses immenses occupations, et faire toujours le même accueil, quelque inopportune et contrariante que fût la visite. « Si la charité « disait-il, n'était que pour les personnes qui nous « plaisent, ou pour les moments auxquels nous nous « sentons naturellement portés à être aimables, elle serait « sans aucun mérite. » De là vtmait que ceux-là même dont il avait le plus à se plaindre, qu'il savait avoir censuré sa conrluite ou exprimé à son égard des sentiments |>eu bienveillants, recevaient le même accueil que ses meilleurs amis. Sa charité jetait un voile sur tous les

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