IL RÉCONCILIE UN CURÉ AVEC SA PAROISSE
les vices que le curé de l'endroit lui signalait, apaisait les divisions et proclamait partout sa devise chérie, avec laquelle il eût voulu faire de tous les hommes une seule famille, un seul cœur, une seule âme : Mes frères, mes bicn-aimés, aimons-nous les uns les autres. Il donnait luimême les plus beaux exemples de ce qu'il prêchait; on en jugera par le trait suivant :
Un jour, ayant appris qu'un curé était en discorde ouverte avec sa paroisse, il se rendit lui-même sur les lieux pour tenter de rapprocher les cœurs et de rétablir la paix. Ce curé alliait à une conduite du reste irréprochable et à un zèle plutôt trop ardent que refroidi, un caractère d'une vivacité extrême, qui l'entraînait quelquefois hors des bornes et avait causé toute la division. Trop fidèle observateur des règles anciennes faites pour un autre temps, il venait encore d'exaspérer une famille en refusant d'admettre une marraine parce qu'elle n'avait pas fait ses pâques ; et les parents obstinés aimaient mieux ne pas faire baptiser leur enfant que d'en présenter une autre. L'archevêque, arrivant sur ses entrefaites, engage le curé à l'admettre, et, sur son refus, charge un des prêtres qui l'accompagnaient de faire le baptême, afin d'assurer le salut de l'enfant et de ne pas le rendre victime du mauvais vouloir de ses parents. A ce spectacle, le curé s'emporte, et cédant à la vivacité de son caractère, il s'oublie jusqu'à adresser à son archevêque les propos les plus offensants. M. de Gheverus n'oppose à cette tempête que le silence et le calme de la douceur ; et, se rendant de là à l'église pour commencer l'office, il monte en chaire, invite tous les paroissiens à la paix, à l'union avec leur curé, dont il fait un pompeux éloge, racontant toutes les bonnes quaUtés qui étaient réellement en lui. « Vous n'avez, ajouta-t-il ensuite, qu'une
(( plainte à porter contre votre vénérable pasteur; il a, « dites-vous, un caractr-re violent et emporté : hé ! mes « frères, qui n'a pas de défauts? Si j'étais vingt-quatre « heures au milieu de vous, peut-être en découvriricz- « vous tant en moi, que vous ne pourriez me souffrir : « vous n'en trouvez qu'un dans votre curé ; grâce donc « pour ce défaut en considération de toutes ses vertus. « Aucune société ne peut subsister que par le support « mutuel des défauts. » Après ce discours, le prélat, descendant de chaire, se rend à la sacristie, où il trouve le curé honteux et confus, l'embrasse avec tendresse et effusion de cœur. « Mon cher curé, lui dit-il, je vous aime, je « suis tout à vous; par où voulez-vous que nous com- « mencions la cérémonie? » cherchant ainsi par ces paroles à détourner la pensée du souvenir de la faute et à prouver sa condescendance pour tout ce qui n'était pas contraire à son devoir. La cérémonie finie, il voulut voir en particulier les paroissiens les plus aigris contre leur pasteur, leur parla avec tant de bonté qu'ils ne purent rien lui refuser ; le rapprochement se fît, le baiser de paix fut donné de part et d'autre, tous s'assirent à la même table, et tous les cœurs s'unirent dans le cœur de l'archevêque. Ainsi M. de Cheverus faisait régner partout la charité, et enseignait par son exemple ce que dit l'Apôtre : « Qu'elle est douce et patiente, qu'elle ne s'ir- « rite point, qu'elle pardonne et souffre tout. »
Le premier résultat de ces visites |»astorales et de la connaissance (piil a(i[iiil de smi diocèse fut aussi une inspirati<m de sa charité. Deux grands maux l'avaient touciié dans ses courses apostoliques : le i)remier, c'était la position pénible de certains prêtres, qui, ayant tout donné aux pauvres à mesure qu'ils recevaient, élaieiil devenus pauvres eux-mêmes par une longue et disjjen-