‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 60 sur 115 · IL FONDE UNE CAISSE ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

IL FONDE UNE CAISSE ECCLÉSIASTIQUE

(lieuse maladie, ou par quelque accident imprévu; le second, c'était le triste état de certaines paroisses, sans instruction, sans offices publics, presque sans ministère, parce que le pasteur, âgé ou infirme, ne pouvait plus remplir ses fonctions ; et d'un autre côté, le priver de sa place, qui était pour lui l'unique moyen d'existence, c'était le réduire à la condition la plus dure, c'était une sorte de cruauté. L'archevêque fut touché de ces grands maux, comme devait l'être un cœur aussi bon que le sien; et dès lors il conçut le projet d'y apporter remède, à quelque prix que ce fût. L'expédient qu'imagina sa charité fut de proposer à son clergé réuni une souscription annuelle destinée à former une caisse commune, dont les fonds seraient employés à fournir, soit une pension de retraite aux prêtres que l'âge ou l'infirmité rendrait incapables de desservir leur paroisse, soit des secours passagers à ceux que les frais d'une longue maladie ou quelques accidents imprévus réduiraient à la gêne et mettraient dans la détresse. Cette proposition, appuyée de tout ce que l'éloquence de son cœur sut dire de tendre sur la charité qui doit intéresser tout le corps du clergé au sort de chacun de ses membres, motivée en outre par tout ce que la sagacité de son esprit sut présenter d'avantages personnels pour chaque souscripteur, qui trouvait dans cette institution son avenir assuré, fut accueillie avec empressement et reconnaissance : la souscription fut ouverte ; lui-même, comme le père de son clergé, se mit en tête, souscrivit pour mille francs chaque année; et, afin que sa mort ne pût mettre fin à cette souscription, il plaça en rente sur l'État au nom de la caisse de retraite, un capital de vingt mille francs, qui assurait à perpétuité le montant annuel de la première souscription ; heureux de pouvoir penser qu'il ne serait

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pas seulement le soutien et le bienfaiteur de son clergé pendant sa vie, mais encore qu'après sa mort sa charité suivrait ses prêtres d'âge en âge, et qu'il vivrait pour eux par ses bienfaits, lors même qu'il ne serait plus. Cependant il ne s'en tint point encore là : tous les dons passagers dont il put disposer, sans nuire à ses aumônes ordinaires, furent déposés à la caisse; il y versa une fois jusqu'à dix mille francs, qu'une âme charitable avait mis à sa disposition ; et il recommanda à son exécuteur testamentaire d'y ajouter encore trois mille francs, si à sa mort il lui restait quelque chose, ce que celui-ci a exécuté fidèlement. Assister ses prêtres dans le besoin, c'était là son œuvre de prédilection : « Je ne connais pas, « disait-il, de charité mieux placée que celle qui vient « au secours d'un prêtre blanchi dans les travaux du mi- « nistère, et qui est pauvre parce qu'il a été charitable. » Aussi tout le clergé de Bordeaux se rappelle et se souviendra longtemps avec quel tendre intérêt, avec quelle effusion de cœur, il recommandait chaque année dans les retraites ecclésiastiques cette bonne œuvre, dont il a eu la gloire d'être comme le fondateur en France, et que tant de diocèses ont imitée depuis.

Les fonds de la caisse une fois assurés, il en Iraça les sages règlements, et statua : 1° que chaque classe du clergé aurait un représentant de ses intérêts dans la commission chargée de la répartition des fonds ; qu'ainsi, sous la présidence de son premier grand vicaire, cette commission se composerait d'un chanoine, d'un curé en tilrc, (l'un desservant et d'un vicaire ; 2° que les comptes détaillés des recettes et des dépenses seraient rendus exactement chaque année et envoyés à chaque souscripteur, afin qur tous pussent juger du bon enqtioi des fonds, de l'excellence de l'œuvre, et jouir du bi<'n-êlre

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