‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 61 sur 115 · IL DONNE UN NOUVEAU RITUEL · texte numérisé non relu

IL DONNE UN NOUVEAU RITUEL

procuré à leurs anciens dans le sacerdoce ou à leurs confrères malades.

Mais outre les besoins du clergé, bien d'autres matières fixèrent l'attention de l'archevêque dans ses visites ; il remarqua entre autres une grande dissidence d'usages et de pratiques dans les différentes parties du diocèse, provenant ou de ce que plusieurs curés n'avaient ni les Statuts ni le Rituel du diocèse, dont l'édition était épuisée, ou de ce que ces deux codes ecclésiastiques, contenant des prescriptions qui ne sont plus en rapport avec nos mœurs et avec les circonstances présentes, chacun se traçait à lui-même sa règle de conduite. II remédia en partie à cet inconvénient en donnant un nouveau Rituel, dans lequel on remarqua sa prudence et sa réserve accoutumées : il respecta, jusqu'à ne pas y changer un mot, tout ce qui, dans l'ancien Rituel, était compatible avec l'état actuel de la société, et y ajouta le moins possible, parce qu'il avait pour principe que, en fait de lois, le moins qu'on en peut faire est le mieux ; et il citait à ce sujet le mot d'un membre d'une assemblée législative, qui, au sortir d'une séance où toutes les discussions avaient abouti à supprimer un projet de loi, disait à ses amis : « Nous avons fait aujourd'hui notre chef-d'œuvre; '( nous nous sommes abstenus. » Il se borna donc à tracer à ses prêtres des règles de conduite pour les cas les plus ordinaires, par exemple pour les parrains et marraines, défendant d'admettre cà cette fonction tous ceux dont le mariage ne serait pas béni devant l'Église, ou qui ne font pas profession d'adhérer à l'Église cathohque et de croire tout ce qu'elle enseigne ; et il termina par une nouvelle formule de prône, qu'il chargeait ses curés de Ure fréquemment à leurs paroissiens, et qui leur rappelait dans un abrégé clair et précis toutes les vérités

qu'un chrétien doit croire, tous les préceptes qu'il doit observer, tous les sacrements qu'il doit recevoir et les prières qu'il doit faire.

Cependant l'archevêque ne perdait point de vue tant de paroisses sans pasteur, tant de pasteurs qui avaient besoin d'aides, et qui, ou laissaient souffrir les âmes, ou s'épuisaient en peu de temps s'ils voulaient pourvoir à tous les besoins ; c'était là l'objet de ses continuelles sollicitudes, et pour remédier à ce mal, il sentait que toute sa ressource était dans ses séminaires. Aussi rien ne lui coûtait pour assurer la prospérité de ces établissements et en accélérer les progrès. Plusieurs fois l'année il allait visiter son petit séminaire, quoique placé pendant longtemps à douze lieues de Bordeaux ; adressait chaque fois aux élèves de sages conseils, des paroles d'exhortation et d'encouragement, et ne se refusait à aucun désir du supérieur pour tout ce qui pouvait être utile à sa maison. Il avait les mêmes bontés et peut-être une affection plus tendre encore, pour son grand séminaire ; c'était là qu'il venait donner aux élèves du sanctuaire ces leçons de charité, de zèle, de douceur et de prudence, dont il était lui-même un si touchant modèle : il était surtout remarquable dans les retraites qui précédaient les ordinations. Frappé de la position nouvelle où allaient se trouver dans peu de jours des jeunes gens cachés jus- (pi'alors à l'ombre des séminaires, et tout à coup produits au milieu du monde avec d'immenses obhgations, avec une si grande influence pour le bien si leur conduite répondait à leur caractère, et une influence pour le mal plus grande encore s'ils étaient imprudents, il sentait ses entrailles s'émouvoir sur leur sort et sur celui de la relipioii dont ils allaient devenir les ministres. C'était alors qu'il leur développait les principes de sagesse, de

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