‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 63 sur 115 · MAISON DE LA MISÉRICORDE · texte numérisé non relu

MAISON DE LA MISÉRICORDE

prêcha en sa faveur toutes les fois qu'on lui en exprima le désir, et s'en déclara du haut de la chaire le protecteur et l'ami. Lui-même en présidait les assemblées dans son palais ; et, afin de lui faire atteindre plus sûrement son but, il forma un bureau pour l'examen des livres qu'il convenait de mettre en circulation.

Si M. de Gheverus avait tant de zèle pour tout ce qui peut former les hommes à la vertu, ou ramener à la religion ceux qui s'en sont écartés, on en peut conclure tout ce qu'il ressentait pour les âmes qui, dociles à la grâce, fuyant un monde dont elles avaient éprouvé les dangers, venaient dans la retraite expier leurs désordres, et mener à l'ombre de la miséricorde divine une vie pénitente et exemplaire. Une Maison de Retraite et de Miséricorde existait à Bordeaux : plus de trois cents personnes, pénitentes volontaires, y menaient une vie dure et laborieuse, mais adoucie par le bonheur d'une conscience purifiée, de la paix de l'âme recouvrée, et par les saints exercices de la prière. Cet établissement faisait l'admiration de l'archevêque de Bordeaux ; il le regardait comme la merveille de son diocèse, et aimait à y conduire les étrangers pour leur faire admirer le doigt de Dieu, l'action du Très-Haut et le chef-d'œu\Te de sa grâce. Aussi il n'y avait rien qu'il ne fît pour soutenir cette maison ; elle fut, après sa mort, sa principale héritière; tant qu'il vécut, il lui fit des aumônes selon ses moyens, engagea les riches à venir à son aide par leurs largesses ; et, quand les besoins furent plus pressants, il convoqua des assemblées de charité, où il faisait passer dans les âmes la sensibilité qui était dans la sienne ; et une collecte abondante était toujours le fruit de son zèle. Ce qu'il admirait surtout dans cet établissement, c'était la supérieure, Mademoiselle de Lamouroux, personne de très

bonne famille, qui, par un héroïsme de charité, par le plus grand acte de dévouement que jamais âme noble et pure ait fait à son Dieu, avait sacrifié sa jeunesse, son repos, sa santé, toutes les répugnances de la nature, pour se vouer à la direction de cette maison, et partager l'asile et la pénitence de ces filles coupables. Tous les jours il lui fallait pourvoir à la subsistance de trois cents personnes ; et, depuis trente-six ans, elle avait su y réussir par une confiance héroïque en Dieu, qui était sa seule ressource. Elle ne demandait rien aux hommes, refusait même les plus brillantes protections qui semblaient ambitionner la gloire de l'aider, et cependant la maison n'avait aucun revenu. « Dieu seul nous suffit, « disait-elle ; je travaille pour lui, je ne compte que sur « lui : si je réclamais les bienfaits des hommes, ils fini- « raient par me manquer ; car les hommes manquent « toujours, et alors, si je recourais à Dieu, il me renver- « rait aux hommes que je lui aurais préférés ; au lieu « qu'en ne me reposant que sur lui je puis lui dire : Mon « Dieu, vous m'avez confié vos enfants, vous m'avez mise « à la tête de votre œuvre, je n'ai imploré que vous; « votre protection m'est due, je vous somme de venir à « mon aide. Dans le besoin, je parlerais ainsi à Dieu, « disait-elle, et il m'entendrait. » Dieu, en elTet, prouva plusieurs fois qu'il l'enlcsudail ; plusieurs fois la communauté, dans les moments de détresse où l'on manquait même de pain, a été témoin di; faits extraordinaires arrivés à sa prière, qu'il est difficile d'ex[)li(pi('r sans un miracle. Aussi l'archevêque la vénérait- il comme une sainte digne des premiers siècles de l'Église, et no metlait pj'r.sonnc dans son estime au-dessus d'elle *.

• Telle était aussi l'opinion qu'en avait M. d'Aviau. On lui racontait un jour uu fait extraordinaire et que plusieurs per-

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