IL ENTRE AU SÉMINAIRE
de docteur, proposa à labbé de Cheverus de soutenir la thèse d'usage. Tout ce qu'il devait à M. Auge ne lui permit pas de balancer un instant ; il s'y prépara, et, au mois de mars 1786, il parut en public, soutint sa thèse, développa ses preuves', répondit aux objections avec une facilité d'élocution merveilleuse, une justesse de raisonnement qui le disputait à la grâce de l'expression ; et ainsi ce service, qui avait fait tant de plaisir à son cœur, fit encore plus d'honneur à son talent.
Mais la gloire humaine n'était pas ce qui le touchait ; il portait plus haut ses pensées : tout occupé de sa vocation et des moyens d'y correspondre, il jugea qu'il valait mieux pour lui entrer au séminaire que de demeurer au collège ; que là une règle plus sévère, des exercices de piété plus multipliés et plus appropriés à ses vues, une vie plus sérieuse et plus appliquée, le disposeraient mieux au saint état auquel il aspirait. Pendant qu'il était occupé de ces pensées, il apprend qu'un concours est ouvert pour les places vacantes au séminaire de Saint- Magloire, à Paris ; il se présente et emporte d'emblée la première place. Ce fut un beau jour pour lui que celui de son entrée dans cette maison : il y entra comme dans un nouveau cénacle où il devait se préparer à recevoir l'esprit du sacerdoce, et il y porta en conséquence un amour |)lus grand encore de ses devoirs, un désir plus vif de sa perfection. Déjà il était connu, et sa réputation était faite dans ce séminaire avant qu'il y arrivât ; mais, quand on vit de près tant de bonté et de simplicité jointe à tant de mérite, maîtres et élèves, tous furent agréablement surpris et conçurent pour lui une estime, une affection, on peut même dire une tendresse dont lui seul ne soupçonna pas alors et n'a jamais soupçonné depuis le véritable fondement. Comme sa modestie lui cachait à lui-même
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son propre mérite, il attribuait tous ces égards de prédilection uniquement à la bonté des Pères de l'Oratoire qui dirigeaient cette maison, et à la charité des ordinands qui l'habitaient. Aussi, tant qu'il vécut, jamais ne parlat-il d'eux qu'avec attendrissement et reconnaissance : il les louait, les exaltait en toute rencontre, aimait à raconter leurs bontés pour lui et à célébrer le bonheur qu'il avait goûté au milieu d'eux : « Années fortunées de mon « séminaire, disait-il, les plus belles de ma vie ! jours « heureux où mes devoirs étaient si faciles, mes jours si « sereins, mon âme si tranquille, et tout le monde si bon, « si indulgent pour moi. » Dans cet aimable asile, il se donna entièrement aux sciences ecclésiastiques, exclusivement à toute autre. Il y avait alors à Saint-Magloire un des fils de cet illustre seigneur de Maccarthy, qui, persécuté en Irlande pour sa religion, s'était réfugié en France, où il avait formé à grands frais une dos plus curieuses bibliothèques du monde, le célèbre abbé de Maccarthy, devenu depuis le premier prédicateur de son époque, et mort jésuite vers 1830. Il se lia intimement avec l'abbé de Cheverus, dont il admirait les belles qualités, et lui proposa souvent avec instance de lui apprendre la langue anglaise, dont il lui relevait le mérite et les beautés. Mais le vertueux séminariste s'y refusa constamment, alléguant que l'utilité de l'Église, et non ime vaine jouissance de curiosité, devait être le but de tous ses travaux ; que cette langue ne lui servirait de rien dans l'état ecclésiastique, tant il (Hait loin d'entrevoir l'avenir ; et que son temps serait mioux employé à apprendre les sciences qui avaient nn rapport direct et immédiat à sa vocation.
Il se livra rbjnc sans partage aux srionces ecclésiasliquns. Dès lors il commença à nourrir son âme de I étude des livres saints : c'étaient ses délices, ses moments