SES ÉTUDES ECCLÉSIASTIQUES
de récréation les plus doux ; il ne pouvait se lasser d'admirer, d'aimer les beautés sublimes et touchantes des divins oracles, et souvent même il arrosait de ses larmes les pages sacrées. De la Bible il passait kV Histoire ecclésiastique, et aimait à suivre dans les pages nobles et simples de Flcury les progrès de la religion, les écarts de l'hérésie, les vertus des saints, le développement de la discipline, tout en faisant la part des préjugés et des taches qui parfois défigurent le récit de cet historien. Il entretenait la connaissance qu'il avait du grec en lisant chaque jour les Pères de l'Église qui ont écrit dans cette langue, et il y joignit bientôt la science de l'hébreu, afin de pouvoir étudier la Bible dans les sources pures de sa langue originale. Mais ce qui l'occupait bien plus encore que toutes les études dont nous venons de parler, ce qui l'occupait principalement, c'était l'étude de la théologie, parce qu'il en comprenait la souveraine importance soit pour toutes les autres sciences ecclésiastiques, dont elle est comme la clef, soit pour prêcher la religion, la prouver et la défendre, soit pour diriger les fidèles et résoudre leurs doutes.
Alors tous les séminaires de Paris étaient obligés d'envoyer leur élèves en Sorbonne, pour assister aux leçons qui s'y donnaient ; mais il était comme reçu que ce n'était pas là que s'apprenait la théologie, que les conférences particulières qui avaient lieu en chaque séminaire suffisaient à qui voulait l'apprendre, de sorte que même les meilleurs sujets ne se faisaient pas scrupule de parler et de faire du bruit pendant la classe, regardant cet exercice comme de pure forme ou plutôt comme un moment de récréation. Le professeur parlait, et personne ne 1 écoutait ; dictait ses cahiers, et souvent il était presque impossible de saisir la dictée au milieu du bruit que fai-
sait cette multitude d'élèves rassemblés de diverses maisons. L'abbé de Cheverus n'imita point l'exemple du grand nombre ; il chercha à apprendre le plus qu'il put à cette tumultueuse école, et à donner quelque jouissance à ses maîtres, qui en avaient si peu du reste des élèves. 11 se tenait près d'eux pour mieux entendre, se prêtait à tout ce qui leur était agréable, composait sur les diverses matières qu'ils le chargeaient de traiter des dissertations pleines d'intérêt, aussi fortement pensées qu'élégamment écrites. Quand il était invité à argumenter soit en Sorbonne, soit dans les divers séminaires de la capitale, il le faisait toujours avec une grâce et une facilité d'éloculion qui charmait, et dont ses anciens condisciples conservèrent le souvenir toute leur vie. Pour donner à son discours plus d'élégance et de pureté, il étudia à fond celui de tous les théologiens qui a écrit le plus parfaitement la langue latine, Melchior Canus, dans son traité De locis theologicis , et s'appropria pour ainsi dire son style et sa manière, ou plutôt on peut dire qu'il les perfectionna ; car de plus il se rendit tellement familiers tous les ou^Tages philosophiques de Cicéron, qu'il parsemait ses discours de toutes les grâces de l'orateur romain et savait en lirer à propos tantôt les applications les plus heureuses, tantôt les tournures les plus analogues au génie de la langue latine. Il porta si loin ses études en ce genre, ipie, dans la suite de sa vie, on l'a souvent entendu se n'procher d'avoir employé à cette perfection de; langage un temps qu'il eût pu, disait-il, employer plus ulilemenl à l'acquisition d'autres connaissances.
C'est ainsi rpie M. de Cheverus parcourut ses cours de théologie, contentant et édifiant tous ses maîtres. M. Émery, supérieur général de Saint-Sulpice, ayant eu, vers ce temps-là, occasion de le connaître, sut prompte-