IL EST FRAPPÉ D'APOPLEXIE
éprouvée, il fut lui-même, peu de jours après, frappé d'une attaque d'apoplexie qui le tint plusieurs instants sans connaissance. Revenu à lui, il eût voulu cacher cet accident pour ne pas effrayer ses nombreux amis ; mais les meurtrissures qu'il s'était faites au visage en tombant révélèrent k tous ce funeste événement. Ce fut une alarme universelle ; de toutes parts on accourut à l'archevêché ; tout le monde demandait de ses nouvelles avec une inquiétude, sûr indice de l'amour qu'on lui portait. Pour lui, il ne s'alarma ni ne s'attrista ; il vit dans cet accident une annonce de sa mort prochaine, un avertissement que le ciel lui donnait de se tenir toujours prêt ; et, depuis ce moment, plus encore qu'auparavant, il ne regarda plus toutes les choses de ce monde que comme une ombre qui passe, une fumée qui s'évanouit : il parlait souvent de sa vieillesse, et se considérait comme étant déjà sur le bord de la tombe. Cette pensée lui fit désirer de remplacer M. Carie dans le grand vicariat par un ami dévoué, pieux, prudent et sage, qui l'accompagnât partout dans ses visites pastorales comme à la maison, et pût, en cas d'accident, l'assister avec courage et piété, recevoir son dernier soupir et exécuter sur-lechamp ses dernières volontés. Cet ami précieux était trouvé ; mais c'était son neveu, et il craignait de paraître céder à la voix de la nature : l'expression du vœu général, clairement manifesté par les sollicitations de plusieurs membres honorables du clergé le rassura, et il proposa la place vacante à M. l'abbé George. Celui-ci, aussi surpris qu'affligé, osa pour la première fois faire un refus à son oncle. M. de Cheverus, loin de s'en offenser, se réjouit de voir dans son neveu de tels sentiments et ime telle conduite, lui déclara qu'il ne gênerait point sa liberté, mais qu'il attendait de lui qu'en homme sage,
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il consulterait et suivrait avec docilité les avis qui lui seraient donnés. M. George consulta en effet, et tous les avis furent unanimes ; il lui fallut obéir aux désirs de son vénérable oncle.
On soupçonnerait difficilement la première mission qu'il reçut de lui. Dès qu'il fut nommé ofQciellement grand vicaire, l'archevêque le prit en particulier, et lui adressant la parole avec attendrissement : « Me voilà, « lui dit-il, sur mon déclin, et je sais que la vieillesse se « fait facilement illusion : plus les facultés s'aflaiblissent, « plus on se dissimule son impuissance ; on se croit tou- « jours capable, lors même qu'il est évident qu'on ne « l'est plus; et cependant tout souffre, tout languit, la « religion se perd. Je ne veux point que mon diocèse « éprouve ce malheur, je veux donner ma démission et « me retirer, le jour même où je ne pourrai plus suffire « aux devoirs de ma place. Ce jour, je ne le discernerai « pas moi-même ; mais, en vous associant à mon admi- « nistration, je charge votre conscience du devoir de me « le faire connaître : si vous ne me le disiez pas, vous « seriez responsable devant Dieu de tout le mal que je « ferais, faute d'avoir été averti. » M. George reçut cette mission inattendue avec toute l'émotion qu'elle était de nature à produire, mais plus encore avec édification, admirant la délicatesse autant que le détachement du vénérable archevêque, et promit de la remplir avec fidélité et conscience. Depuis ce moment, il ne le quitta presque plus, l'accompagnant luirloul dniis ses visites et dans ses voyages, toujours pour ainsi dire attaché à ses [>as, mais (oujours douloiirousement inquiet, paice «m'il l'aimait tendrement, et la chute passée lui en faisait rniindrc un*' ;iii(rf filiis Irrrible. l,e mal tant redouté ne tarda point à arriver. Six semaines après, survint une
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nouvelle attaque qui le renversa par terre, évanoui et sans connaissance : heureusement elle n'eut pas de suite, et il put, dès le lendemain, reprendre ses fonctions; mais elle n'en accrut pas moins les alarmes de ses amis, qui redoutaient sa perte de jour en jour. Ils ne se consolaient qu'en le voyant, comme avant sa chute, plein de force, de courage et d'énergie. Il fit même alors plusieurs actes de vigueur qui prouvèrent que la maladie ne lui avait rien ôté de sa fermeté.
Les hahitants d'une paroisse veuve de son ancien [)asteur étant venus lui demander le poste vacant pour le vicaire qui la desservait depuis un an, M. de Cheverus refusa, en vertu d'un principe d'administration qu'il s'était fait, de ne point nommer curé d'une paroisse celui qui en serait le vicaire. Ceux-ci ne se laissèrent pas décourager, et firent agir les autorités du lieu : même résistance de la part de l'archevêque. Enfin ils portèrent leurs demandes et leurs plaintes jusqu'au gouvernement; et le ministre des cultes, ayant refusé à M. de Cheverus le candidat qu'il présentait, se permit de lui proposer le sujet demandé par la paroisse. L'archevêque, justement blessé d'une pareille démarche, fit la réponse la plus sévère : « Je respecte, disait-il dans sa lettre, les droits '< du gouvernement ; mais, quand il voudra usurper les « miens, je saurai les défendre : à moi appartient lini- « tiative pour la nomination aux cures, et je ne me lais- « serai point dépouiller. Convaincu que le sujet proposé <( par moi n'a été exclu que dans la vue de me faire " agréer un sujet que je n'ai pas [)résenté, je réitère la (' même présentation. » Celte fermeté eut son effet, et, peu de jours après arriva la nomination du candidat proposé par l'archevêque.
Il ne répondit pas avec moins de fermeté à une circu-
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laire du gouvernement, qui lui annonçait le dessein de mettre prochainement à exécution l'ordonnance royale du 25 décembre 1830, touchant les conditions d'admission aux titres ecclésiastiques. Par cette ordonnance, le gouvernement prescrivait certaines conditions de science théologique ou d'exercice du ministère, pour occuper les postes de curé ou de desservant, de chanoine ou de grand vicaire, et obligeait les élèves de tous les séminaires de France, à aller prendre leurs grades dans la faculté de théologie de laquelle ils relevaient. Une telle mesure avait vivement affecté l'archevêque ; il la regardait comme un immense malheur, une atteinte aux droits sacrés de l'épiscopat, un péril pour la religion, une source de difTicultés et d'embarras pour les évoques, un ensemble d'impossibilités, et il ne se consolait de cette fatale mesure que par l'espoir que le gouvernement mieux informé n'en presserait pas l'exécution. Mais quand la circulaire du ministre, en date du 24 décembre 1834, vint lui apprendre que dès le i" janvier suivant l'ordonnance allait être mise en vigueur, et qu'aucun des prêtres promus au sacerdoce depuis deux ans, ou qui y seraient promus désormais, ne pourrait être nommé ni curé de canton, à moins d'être bachelier en théologie ou desservant (loi)uis dix ans ; ni curé d'arrondissement, chanoini; ou grand vicaire, à moins d'être liconcié en théologie ou desservant d('|)uis quinze ans, il crut devoir rompre le silence et porter ses plaintes au gftuvcriicnx'ul. Il lui adressa en conséquence un mémoire r;us(»nné, aussi plein de mesure <pu' de force, emi)reint de sagesse cl de /.èle. Il présenta c(;ilc mesure comme entachée d<' Irois défauts essentiels, savoir cuiume atten- Infoire aux (hoils de l'épiscopat, comme d'un»; exécution impossible, enlin comme inutile et sans résultat.