RÉCLAMATIONS CONTRE LE GOUVERNEMENT
1° Elle portait atteinte aux droits de Tépipcopal, puisque aux évêques seuls appartient l'enseignement théologique, aussi bien que le jugement de la capacité et de l'aptitude de leurs sujets pour les fonctions spirituelles ; 2° elle était d'une exécution impossible, puisque pendant les trois ans de séminaire, la multitude des choses qu'on avait à y apprendre ne laissait pas le loisir de se préparer à prendre ses grades ; et au sortir du séminaire beaucoup de prêtres, les meilleurs surtout, étaient tellement absorbés par les travaux du ministère, qu'ils ne le pouvaient pas davantage ; puisque d'ailleurs il serait impossible de faire venir à Bordeaux les élèves de tous les séminaires dépendant de cette faculté pour y prendre leurs grades ; les voyages et le séjour à Bordeaux de tant de jeunes ecclésiastiques, dans les auberges et les hôtels garnis, répugneraient à la décence et à la dignité sacerdotale, et exigeraient d'ailleurs des dépenses que plusieurs ne pourraient supporter ; 3° cette mesure serait inutile et sans résultat, puisque l'évêque constate et encourage suffisamment les progrès de chaque élève, par les examens en usage au séminaire, puisque d'ailleurs beaucoup de succursales sont préférables aux cures de canton, pour lesquelles l'ordonnance prescrit un grade plus élevé, et qu'enfin la prudence, la sagesse, le zèle, la modestie rendent le prêtre plus apte à faire le bien qu'une mesure plus grande de science accompagnée de prétentions et d'orgueil. C'est à l'évêque seul à apprécier ces choses. M. de Cheverus insiste surtout sur l'article de l'ordonnance qui portait qu'à défaut de grades, il faudrait, pour occuper une cure avoir desservi une succursale dix ou quinze ans, c'est-à-dire avoir au moins quarante ans, puisque avant d'être succursaliste, on est vicaire cinq, dix ou quinze ans. Quoi ! dit-il, à trente ans
on peut être député, ministre d'État, et l'on ne fait pas au prêtre la grâce de penser qu'avant quarante ans il puisse gouverner une cure ! Quoi ! des supérieurs ■ ou directeurs des grands ou petits séminaires, qui ont formé tout le clergé d'un diocèse, des prêtres qui ont Manclii dans de laborieux ministères ailleurs qu'à la tête dune paroisse, par exemple dans les missions, les hôpitaux, les prisons, qui ont dévoué toute leur existence à soulager tous les genres de malheur, les pauvres et les orphelins, des vicaires de ville qui ont vieilli dans de grandes paroisses ne pourraient être ni curés, ni chanoines, ni grands vicaires ! après un long ministère, ils seraient moins favorisés que le sujet le plus faible qui, à raison de son moindre talent, n'a occupé qu'une succursale de campagne ! et si les meilleurs sujets ne prenaient point leurs grades, soit par impossibilité, comme nous l'avons dit, soit par modestie, que pourra faire l'évêque, qui a besoin de leur ministère ou qui veut les récomj)enser, sinon les nommer sans qu'ils soient agréés par If* gouvernement, et alors quels embarras inextricables ? Knfîn, - chose digne d'attention, le gouvernement luimême se trouvera dans le même embarras pour la nomination aux évêchés. M. de Cheverus terminait sa lettre en conjurant le ministre de laisser tomber dans l'oubli et de tenir pour non avenue cette ordonnance, qui serait à la fois un amas d'impossibilités et un brandon de discorde entre le gouvernement etl'épiscopat. Le ministre, en pfTet, entendit ces raisons, et depuis il n'a plus été question de cette mesure.
Ferme contre les oppositions du dehors, l'archevêque de Rordraux, par une vertu plus rare et plus difficile, se montra vers le même temps également ferme contre luimôme et contre la faiblesse naturelle du cœur humain.