‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 74 sur 115 · BAPTKME DE DEUX ENFANTS · texte numérisé non relu

BAPTKME DE DEUX ENFANTS

M. de Lo?tanges, évéque de Périgueux, étant venu à mourir, le gouvernement lui fit proposer ce siège pour son neveu, M. l'abbé George : cette proposition ne le tenta pas un seul instant, et, s'élevant au-dessus de ce sentiment de tendresse naturelle qui se complaît dans l'élévation de ses proches, en qui il semble qu'on est destiné à revi\Te, et en même temps toujours mù par ce sentiment de modestie qui lui faisait envisager les grandeurs comme des postes à redouter, il fit la réponse négative la plus fortement prononcée au personnage chargé de le sonder. A la première entrevue qu'il eut ensuite avec M. George, il lui annonça comme une bonne nouvelle le refus qu'il venait de faire ; celui-ci, digne neveu d'un tel oncle, l'en remercia et s'en réjouit : bien éloigné sans doute de soupçonner que la chose n'était que différée, et que la Providence allait se servir du délai si agréable à sa modestie pour faire passer par ce même siège un prélat actif et éclairé, administrateur habile, qui lui préparerait les voies; après quoi elle l'appellerait si impérieusement, qu'il faudrait obéir*.

Cependant M. de Cheverus, sans s'inquiéter d'un avenir qu'il ne comptait pas voir, ne remplissait pas seulement les devoirs essentiels de sa charge ; il se prêtait encore à tout ce qu'on pouvait désirer de lui et saisissait toutes les occasions de faire le bien. On en pourra juger par toutes les bonnes œuvres qui nous restent à décrire.

Un jour, une riche créole étant venue le prier de baptiser lui-même son enfant nouveau-né, et ayant triomphé

' L'abbé George, après avoir refusé la coadjutorerie de Montnuban, fut nommé évêque de Périgueux en août 1840, obligé de faire céder ses résistances aux représentations de linternonce et de jilusieurs évêques. qui lui déclarèrent que c'était pour lui uu devoir de conscience.

2o2 VIE DU CARDINAL DE CHEVERUS.

par ses instances et par ses larmes des répugnances de Farchevêque, qui craignait d'oflenser la susceptibilité de plusieurs en faisant pour quelques-uns ce qu'il ne pouvait faire pour tous, il arriva que, pendant qu'il administrait le sacrement, il aperçut dans l'église une femme pauvre, accompagnée de parents pauvres, tenant entre ses bras un enfant nouveau-né, et attendant humblement à l'écart qu'on voulût bien l'admettre au baptême. M. de Cheverus, pensant-alors au sentiment pénible que devait causer à ceux-ci le spectacle de tous les honneurs rendus à lenfant riche, tandis qu'on ne semblait pas faire attention à leur propre enfant parce qu'il était pauvre, se tourna vers eux et les invita à s'approcher : « Venez, « mes amis, leur dit-il ; je veux aussi moi-même faire ce « baptême et honorer votre enfant dans ses pauvres « langes aussi bien que cet enfant surchargé de riches « ornements. » Et, après que tout fut fini, prenant de là occasion de donner aux riches et aux pauvres qui étaient présents d'utiles leçons : « Ces deux enfants, leur dit-il, « sont également grands devant Dieu, également hono- « rablcs à ses yeux, également chers à son cœur : tous « les deux sont destinés à la même gloire dans l'éternité; « mais ils doivent y arriver par des voies différentes : le « riche par la cl)arité qui console et soulage ses frères « dans le besoin, le pauvre par une vie humble et labo- « ricHise. Le ciel sera ouvert à celui qui soufl're, parc*; (I qu'il aura été patient ; à celui (pii soulage, parce qu'il « aura été compatissant. La vertu de l'un sera d'être « généreux, la vertu de l'autre sera d'être reconnaissant; « et, aJMuta-l-il, il faut qu'ils commencent l'iui et l'autre « aujoiiidimi ;"i irtuplir leur destinée. L'enfant pauvre « ne [X'ut pas denianrler, et son cœur ne connaît pas t< encore la reconnaissance ; c'est moi qui serai son

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