‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 75 sur 115 · ŒUVRE DES PETITS SAVOYARDS · texte numérisé non relu

ŒUVRE DES PETITS SAVOYARDS

« interprète et me chargerai d'être reconnaissant pour « tout le bien que vous lui ferez ; l'enfant riche ne peut <( pas donner, son cœur ne connaît pas encore la géné- « rosité ; c'est vous, » dit-il en se tournant vers la nombreuse et brillante réunion qui l'entourait, « c'est vous « qui êtes ses représentants, et qui devez vous charger « d'être charitables et généreux pour lui. Cette aumône « est la plus grande marque de tendresse que vous puis- « siez lui donner ; elle sanctifiera son entrée dans la vie « et en fera bénir tout le cours par le Dieu qui ne s'ap- « pelle pas en vain le Père des pauvres. » Et aussitôt, l'archevêque ayant commencé la quête pour Tenfant « pauvre, il n'y eut pas une seule personne, dans cette nombreuse réunion de famille, qui ne se sentît pressée de donner : tous étaient émus et attendris ; la bonté de l'archevêque les avait touchés, le sort des deux enfants intéressés à la bonne œuvre parlait à leurs cœurs. Aussi la collecte fut abondante, et M. de Gheverus put faire des heureux ; il la remit avec bonheur à la famille indigente, qui versa des larmes d'attendrissement et de reconnaissance, et promit de bénir longtemps, de bénir toujours et l'archevêque si bon et la famille riche si généreuse.

Secourir le malheur était la plus douce jouissance pour le cœur de l'archevêque de Bordeaux : aussi que de précieux établissements ne se formèrent pas sous l'inspiration de sa charité, par la coopération de ses conseils, de ses aumônes, de sa protection et de ses instructions ! Un des premiers fut celui des Petits Savoyards. Depuis longtemps, tous les cœurs sensibles souffraient de la position misérable de ces pauvres enfants descendus des montagnes de l'Auvergne ou de la Savoie, errants dans nos villes, mal vêtus, mal nourris, traités durement par

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un maître inhumain, et cependant si intéressants, si naïfs, toujours le sourire sur les lèvres : les âmes chrétiennes surtout gémissaient de l'absence de toute instruction religieuse et des dangers de toute espèce auxquels sont exposés ces enfants abandonnés. Ils vivront à jamais, les noms des abbés de Fénelon et Legris-Duval, qui recueillirent à Paris ces innocentes créatures et leur fournirent en même temps les secours de la charité et ceux de la foi ; mais l'œuvre fondée à Paris manquait à Bordeaux. Commencée dans cette ville vers les dernières années de l'épiscopat de M. d'Aviau, de si sainte mémoire, elle prit sous M. de Gheverus son accroissement et sa perfection : une maison fut établie pour recueillir ces pauvres enfants, et une chapelle fondée pour leur donner tous les secours de la religion. Là, on leur prodiguait tous les soins d'une cliarité attentive ; on leur apprenait à prier ; et, tous les dimanches et jours de fête, ils assistaient tous ensemble au saint sacrifice. L'archevêque allait lui-même les voir, les instruire, célébrer leurs fêtes ; il leur rappelait tout ce qu'ils devaient de reconnaissance à la religion, qui se montrait pour eux une mère si tendre, et aimait surtout à leur redire que, tout pauvres qu'ils étaient, ils pouvaient devenir dans le ciel plus grands, i)lus riches, plus lieureux que tous les riches du monde, afin d'adoucir par les espérances éternelles tout ce qu'a de p(''nil>le leur passage sur la terre '.

' Pourquoi, disait un jour M. de Chcverus aux petits Savoyards, daus nn<! asseinbl/if de charité, pourquoi vous a-t-on donné saint François de. Snles pour patron ? C'est parce qti'fi.tant Savoyard luimême il a pour vous un amour de compatriote. Mais, à ce prix, moi aussi je suis Savoyard, car je vous aime beaucoup ; oui, je suis Savoyard; et, coniuit; les enfants surpris semblaient douter du sérieux de «tes paroles ; et ces messieurs aussi sont Savoyards,

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S'il était si zélé pour des enfant? étrangers à son diocèse, on en peut conclure tout ce qu'il était pour les enfants pauvres de la ville de Bordeaux. Jusqu'à Tannée 1834, la plupart étaient délaissés sans surveillance comme sans instruction ; et le petit nombre de parents qui avaient assez de vertu pour ne pas les abandonner, empêchés par ce soin de se livrer aux travaux qui étaient pour eux l'unique moyen d'existence, tombaient bientôt dans la pauvreté. Dans le cours de cette année, des salles d'asile pour ces pauvres enfants furent ouvertes en diverses paroisses de la ville : là, depuis Tàge de dixhuit mois jusqua sept ans, tous sont reçus chaque matin, surveillés, instruits, soignés pendant tout le jour avec une tendresse de mère ; et, tandis que les parents, libres de toute sollicitude, vaquent en. paix à leurs affaires, leurs heureux enfants apprennent, dès en balbutiant, la science de la religion, l'amour de la vertu, le respect du clergé. Par des exercices communs, que l'émulation convertit en parties de plaisir, on leur enseigne le catéchisme, les prières du matin et du soir, le chant des cantiques, avec les premiers éléments de la lecture et divers petits travaux manuels. Le temps des récréations, des repas, de la conversation, la place que chacun doit occuper, la manière de faire chaque chose, tout est réglé par une autorité douce et sage ; en sorte que, dès l'âge le plus tendre, ces enfants contractent des habitudes d'ordre, d'obéissance,

ajouta Tarchevêque, car ils vous aiment comme moi, et je vous aime comme eux;... et ces dames elles-mêmes, qui vous donnent du pain, des habits... sont Savoyardes aussi à ce prix-là ; et ces pieuses dames, et les jeunes chrétiens, et les pauvres enfants, tous avaient, comme cet évèque et ce père, le sourire sur les lèvres et les yeux humides de larmes.

(Extrait de \' Essai sur les petits Savoyards, p. 93.)

de propreté, de civilisation. Là tout leur parle de la religion, et les images du crucifix, de la sainte Vierge ou des saints placées dans les salles, et les sentences pieuses gravées sur les murs, et les paroles et les exemples de leurs maîtresses, et les visites du clergé qui aime à encourager par sa présence ces précieuses institutions ; mais surtout la visite du premier pasteur. C'était le bonheur de M. de Cheverus de se trouver au milieu de ces enfants, de les interroger sur la religion, de voir leur empressement à se devancer les uns les autres pour donner la réponse aux interrogations, d'entendre leurs voix enfantines chanter les louanges de Dieu, les beautés de la religion et de nos divins mystères ; ils se serraient autour de lui comme autour d'un père ; et, comine Jésus- Christ, il les embrassait, les caressait et les bénissait : c'était alors que le sourire gracieux brillait sur ses lèvres, et que son cœur éprouvait de douces et délicieuses émotions. Un des plus beaux jours de sa vie fut le 6 mai 1835, lorsque ces enfants vinrent en députation lui remettre les defs symboliques de chaque salle d'asile, comme au père commun de la petite famille. Chaque salle avait sa bannière décorée, d'un côté, des chiffres de Marie et de sainte Philomène ; de Tautre, du nom du patron de la paroisse inscrit autour d'une croix. Ils se rendirent ainsi en procession à la chapelle di; l'archevêché. Là se trouvait l'association des enfants riches, p7'otectews des enfants pauvres : association touchante, qui se divise en deux branches, dont l'une, composée de mille enfants, avait fourni , par une contribution de trente francs chacun, la somme nécessaire pour frais de premier établissement des salles d'asile ; et dont l'autre, illimitée dans son nombre, se chargeait, avec une aimable émul.ilioii, de recueillir ehe/ leurs parents et leurs amis,

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dans les soirées et réunions, le plus d'aumônes possible. Après le discours prononcé par le directeur de ces précieuses institutions*, un certain nombre de ces enfants, tenant par la main chacun un enfant des asiles, s'avancèrent en ordre, deux à deux, jusqu'au trône de l'archevêque, et lui remirent, les uns les clefs des salles, les autres un cœur en vermeil contenant les noms des mille associés. C'était un spectacle attendrissant de voir des enfants, l'élite et l'espérance de la ville, s'accoutumer déjà à l'exercice de la charité, donner la main au malheur, servir de protecteurs et d'appuis à d'autres enfants de leur âge. M. de Cheverus fut touché et réjoui de cette scène au delà de ce qu'on pourrait dire ; et, après la bénédiction du Saint-Sacrement, pendant laquelle tous ces petits enfants chantèrent des prières à la sainte Vierge, qu'ils appelaient si justement leur mère, monstra te esse matrem, il les fit promener dans le jardin de l'archevêché, jouissant du plaisir de les voir, comme jouit un père au sein-de sa famille. Depuis ce jour, les salles d'asile prirent les plus rapides accroissements ; bientôt il s'en étabht jusqu'à dix-huit sur les divers points de la ville ; et quinze cents enfants, arrachés au malheur, y furent reçus et élevés dans les bras de la religion.

A mesure que ces établissements se multipliaient, on sentit la nécessité et tout à la fois la difficulté de former des institutrices pieuses, capables de les diriger. Pour y pourvoir, M. de Cheverus accueillit dans son diocèse les Sœurs de la Présentation, ordre précieux à l'Église, fondé depuis plus de cinquante ans au Bourg-Saint-/Vndéol, dans le but non seulement d'instruire la jeunesse, mais de former des institutrices propres à l'instruire et à la

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