IL EST PROPOSÉ POUR LK CARDINALAT
M. de Cheverus provoquaient l'admiration générale ; de toutes parts on en parlait, et le gouvernement pensait sérieusement à l'élever au cardinalat. Déjà M. Charles Dupin, dans son discours du 8 juin 1835, avait sondé les dispositions de la Chambre à ce sujet : « Que le gou- <( vernement avait-il dit, nomme pour cardinal un illustre « Cheverus, un tel choix honorerait à la fois la France « et la chrétienté. » Et de toutes parts des marques unanimes d'adhésion avaient accueilli ces paroles. M. de Cheverus, sans en avoir reçu aucune communication ofQcielle ou directe, avait été informé que le roi était dans l'intention bien arrêtée de demander pour lui le chapeau de cardinal. Toutes ces nouvelles l'alarmèrent comme l'annonce d'une calamité, et il ne négligea rien pour prévenir cette élévation : « Vous m'avez souvent protesté (i écrivait-il à un haut et puissant personnage à Paris, « que vous étiez un de mes meilleurs amis ; donnez-m'en « la preuve en cette circonstance, en usant de tout votre « crédit pour arrêter l'exécution d'un projet qui m'afflige. « Je suis déjà trop élevé ; de grâce qu'on me laisse mou- « rir tel que je suis. » Il ne s'en tint pas là : le marquis de la Tour-Maubourg, ambassadeur de France à Rome, ayant eu à lui écrire plusieurs fois à ce sujet, l'humble prélat s'attacha dans ses réponses à faire valoir tous les motifs qui lui semblaient propres à empêcher sa promotion : « Après vingt-cinq ans d'épiscopat et quarante- « cinq de prêtrise, lui disait-il, la retraite me sied mieux « que de nouvelles dignités ; mes vieilles épaviles s'afFai- '( blissent, et la tête qui les surmonte s'appesantit. De « plus, je n'ai aucune ressource personnelle pour sou- <( tenir les dépenses qu'entraînent nécessairement le car- « dinalat; et c'est une des nombreuses raisons pour '< lesquelles on devrait faire choix d'un prélat qui, à plus
« de mérite que moi, co qui est très aisé, joignît des « ressources pécuniaires. Tâchez donc de m'éviter co « fardeau... »
Mais tant de modestie ne parut qu'un titre de plus à cette éminenle dignité ; le roi écrivit au pape, et, comptant sur les sentiments d'affection que Sa Sainteté voulg.it bien lui témoigner, sur le vif intérêt qu'elle avait toujours montré pour le bien et la dignité des églises de France, il appuya sa demande, en particulier pour M. de Cheverus, sur les vertus qui depuis longtemps le signalaient à la vénération des fidèles ; sur les hautes qualités dont il donnait d'éclatants exemples au sein des églises de France, après avoir édifié une partie du nouveau monde ; sur la sagesse et les talents avec lesquels il exerçait le saint ministère ; sur son zèle ardent et éclairé pour la Religion. Le souverain pontife tarda quelque temps à répondre à cette lettre, parce qu'il voulait que le gouvernement s'engageât à faire au nouveau cardinal un traitement en rapport avec sa dignité ; mais, dans le fond de son cœur, la nomination fut décidée dès le premier moment de la proposition : car, ayant vu peu après un vicaire général de Bordeaux, il lui annonça que l'archevêque allait être proclamé cardinal dans le prochain consistoire « Et, ajouta-t-il avec cette grâce qui le carac- «' térisait, si je l'élève à cette dignité, ce n'est pas seu- « lement parce que le gouvernement m'en fait la demande ; « indépendamment de cette circonstance, j'ai un [)laisir « tout particulier à faire cette promotion, parce qu'elli; « est due aux mérites, aux vertus de l'arclievéïpie et au « zèle qu'il a déployé dans les diocèses de Boston, Mon- « tauhan et Bordeaux : Independemente a questa circons- « lanza, molle mi piace il nominarlo, a ragione délie sue « viî'tli, del suo zelo in liostone, Monlauban e Bordeaux. »