LETTRES DU SAINT-SIÈGE
joint à ces lettres apostoliques, le pape lui disait encore : « Tournant les regards de notre bienveillance paternelle « sur votre personne, que la bonté divine a illustrée par « des dons si éminents de ses grâces ; considérant com- « bien parfaitement vous honorez l'Église romaine par « la grandeur de vos mérites, nous croyons dans Tordre « des convenances, et même de notre devoir, de vous » accorder certains privilèges '... »
A la réception de lettres si flatteuses, de témoignages d'estime si marqués, le nouveau cardinal fît au souverain pontife les réponses les plus humbles et les plus modestes : « Nous avons reçu les lettres de Votre Sainteté, « lui dit-il, avec honte et la rougeur au front, comme « ayant la conscience de notre indignité, mais en même « temps avec une vive reconnaissance, comme un fils « honoré par un père chéri... J'éprouve comme un sen- « timent de stupeur et de crainte en me voyant, aussi « indigne que je suis, membre de l'éminentissime collège <( des cardinaux de la sainte Église ; mais, met- (( tant ma confiance dans le Dieu qui fait ma force, je le « prie de m'accorder la grâce de défendre, comme il « convient, les droits de l'Église et du Saint-Siège, et d'en « procurer la prospérité ^. »
Il restait à subir à M. de Gheverus une cérémonie qui coûtait plus que tout le reste à sa modestie : c'était la
' Ad personamtuam, quam divinaclementiamagnisillustravitgratiarum iimneribus, paternse dirigeâtes considerationis intuitum, et attente prospicientes quod tu Romanain Ecclesiam, cujus honorabile membrum existis, tuorum plenius honoras magnitudine lueritoruin, dignum quin potius debitum reputamus ea tibi favorabiliter concedere...
* Cum verecundià et vultus rubore, utpote indignitatis uostrœ conseil, sed cum vivido grati aninii sensu, utpote filius a pâtre dilccto honoratus, litteras Sanctitatis Vestrai accepimus... Me
270 VIE nu CARDINAL DE CHEVERUS.
réception solennelle de la barrette des mains mêmes du roi. Le mercredi 9 mars, plusieurs voitures de la Cour vinrent le prendre, lui et sa suite, à son hôtel, avec le chargé d'affaires du Saint-Siège, l'ablégat et l'introducteur des ambassadeurs ; et on se rendit aux Tuileries. Après que l'ablégat, suivant l'usage, eut harangué le roi en latin, la messe fut célébrée à la chapelle ; et, à la fm du saint sacrifice, le cardinal, s'étant mis à genoux dans le sanctuaire, le roi, aussi à genoux, lui plaça la barrette sur la tête. Tout le monde ensuite s'étant retiré, le cardinal se revêtit de la soutane rouge et de tous les insignes de sa nouvelle dignité, se rendit en grand cortège dans les appartements du roi et lui adressa dans un discours l'expression de sa reconnaissance.
Après la cérémonie, le roi voulut voir le cardinal en particulier, et lui parla avec tant de bienveillance, que Son Éminence crut le moment favorable pour solliciter une grâce que son cœur désirait vivement, la délivrance de M. de Peyronnet, son diocésain, et celle de ses compagnons d'infortune. La liberté rendue à un captif eût été pour lui la plus douce jouissance de la journée. Le roi lui protesta de sa bonne volonté et de ses intentions bienveillantes ; mais tout s'arrêta là pour le moment. Au sortir des Tuileries, le cardinal alla faire sa visite à M. l'archevêque de Paris, pour reconnaître la grâce si parfaite avec laquelle ce prélat lui avait adressé ses félicitations. L'archevêque, de son côté, suivant les inspirations de son noble cœur, n'épargna rien pour
iDdignum in eminentissinio S. R. E. Cardinaliuni roUegio adscitum, cuin slnporc et timoré couspicio ; scd, confidens in eo qui me confortât, precor ut Ecclesife sanctreque Sedis jura et prosperitatem defendere et promovere luihi Deus 0. M. coucedere diguelur.