‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 83 sur 115 · IL RETOURNE A BORDEAUX PAR MAYENNE · texte numérisé non relu

IL RETOURNE A BORDEAUX PAR MAYENNE

témoigner au cardinal de Cheverus la joie que lui causait son élévation ; non seulement il vint le voir plusieurs fois, mais il lui amena son chapitre pour le complimenter en corps au nom de l'Eglise de Paris. Au milieu de tant d'honneurs, le cardinal était toujours triste ; cette âme élevée voyait à nu le néant de toutes les grandeurs et n'y trouvait rien qui pût la flatter. « Qu'importe, disait-il, « d'être enveloppé, après la mort, d'un suaire rouge, « violet ou noir? Quand on a vu tomber les trônes, « quand on voit encore tous les jours la société menacée « jusque dans ses fondements, comment ne pas sentir « qu'il n'est rien de solide ici-bas ? Comment attacher « quelque prix aux choses humaines ? « Et puis l'élévation était si contraire à ses goûts simples et modestes ! « Oh ! que je voudrais, disait-il aux jeunes séminaristes « de Saint-Sulpice, que je voudrais échanger cette calotte « rouge contre la vôtre ! » Il partit de Paris le plus tôt qui lui fut possible, et se rendit par Mayenne dans son diocèse. La joie de cette ville, qui, pour la première fois, voyait un Mayennais cardinal, fut au comble ; tous les témoignages du respect le plus profond, toutes les démonstrations de l'admiration la mieux sentie, accompagnèrent tous les pas de Son Eminence ; pour lui, il n'en était pas moins humble, moins pénétré du vide et du néant de tout ce que le monde admire. Pressé de monter en chaire par un peuple avide de l'entendre, il ne parla que de la mort et de la nécessité de se préparer à paraître devant Dieu : « La plupart de ceux que j'ai « connus autrefois en cette ville ont disparu, leur dit-il ; « la mort les a tous enlevés : c'est une leçon pour moi, « qui m'apprend que je disparaîtrai bientôt. »

Le cardinal ne resta que peu de jours à Mayenne, et partit pour se rendre à Bordeaux, où il devait arriver le

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mardi de la semaine sainte. Longtemps il avait voulu cacher le jour de son retour, pour se soustraire à la pompe d'une réception solennelle ; mais enfin il avait fallu céder aux. vives insistances , aux sollicitations réitérées et pressantes des Bordelais. Cette réception eut toute la magnificence que pouvaient lui donner l'amour, le dévouement et l'enthousiasme. Malgré la pluie qui tombait, une foule immense s'était portée à sa rencontre et couvrait les places et les rues sur son passage ; toutes les troupes en grande tenue, toutes les autorités, tout le clergé rassemblé de divers points du diocèse, tous enfin rivalisèrent de zèle pour prouver à Son Éminence combien ils l'honoraient et l'aimaient, combien ils étaient fiers de l'avoir pour archevêque, et avec quel noble orgueil ils voyaient la pourpre romaine sur le siège de Bordeaux. Le cardinal en fut touché, moins pour l'honneur rendu à sa personne que pour l'attachement dont il croyait voir la preuve dans ces démonstrations extérieures. Du reste, ce qu'il goûta de consolation dans cette journée fut cruellement compensé par tout ce que son cœur eut à souffrir dès le lendemain, en apprenant l'accident déplorable arrivé à l'extrémité de son diocèse. Peu de jours avant son arrivée, quatre-vingt-seize marins. pêcheurs étaient sortis du port de la Teste, ayant huit bateaux montés chacun par douze hommes, et cherchant dans les travaux de la pêche, au milieu d'une mer agitée, <le quoi fournir du pain à leurs familles indigentes. A peine étaient-ils arrivés à une certaine distance de la côte, que la mer devient de plus en plus houleuse, les vents soufflent avec violence, les flots se soulèvent, agitent les frôles bateaux [)resque sans lest ; ils luttent longtemps contre la tempête, mais enfin la tempête est plus forte ; barques et pêcheurs, tout est

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