‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 84 sur 115 · SECOURS AUX NAUFRAGÉS · texte numérisé non relu

SECOURS AUX NAUFRAGÉS

englouti : deux bateaux seulement réussissent à s'échapper et viennent annoncer à la côte désolée la mort de soixante-dix -huit marins, dont cinquante -six étaient pères de famille et douze hommes mariés sans enfants. A cette nouvelle, le cardinal eutràme déchirée ; il pleura sur les morts, sur tant de veuves et d'orphelins, et songea plus encore à apporter à de si grands maux tous les remèdes qui étaient en son pouvoir. Après avoir ordonné pour le dimanche suivant une quête générale dans toutes les éghses de Bordeaux, il fit un nouvel appel à la générosité des fidèles, en convoquant à la cathédrale une assemblée de charité, où le prédicateur qui s'était le plus distingué pendant la station du Carême prêcha en faveur de tant de familles malheureuses ; puis il députa sur les lieux mêmes M. l'abbé Dupuch, cet apôtre de la charité, toujours prêt à voler partout où il y avait des misères à soulager, des douleurs à consoler. Là se présenta aux regards du charitable prêtre le spectacle le plus déchirant : cent soixante et un petits orphelins, des veuves et des vieillards, qui, en perdant un père, un époux, un fils, avaient perdu leur seul moyen d'existence. Afin de soulager tant d'infortunes, le cardinal annonça un service solennel pour les naufragés ; et, à la suite de cette lugubre cérémonie, si propre à disposer les cœurs à la compassion, il épancha toute son âme devant son nombreux auditoire, lui adressant l'exhortation de l'Ecclésiastique *, si convenable pour la circonstance : Soyez comme un père pour les orphelins, et comme un mari par votre charité à Végard de leurs mères ; vous serez alors comme le fils du Tout-Puissant, et il vous aimera plus tendrement que votre mère ne vous aime. Cet appel fait

» Ch. IV, V. 10, 11.

à la charité fut entendu ; des aumônes abondantes arrivèrent, des secours de toute espèce furent fournis. Une association se forma pour prendre soin des orphelins composée : 1° des riches orphelins et orphelines de Bordeaux ; 2" des enfants de plusieurs familles riches que le cardinal pressa de s'associer à cette bonne œuvre. Par les ressources qui on résultèrent, lui asile fut ouvert à Bordeaux pour les enfants que leurs parents voulurent y placer, et des secours furent envoyés à ceux dont les mères ne voulurent point se séparer. Les veuves et les vieillards reçurent aussi l'aumône dont ils avaient besoin. On fît entendre partout, même jusqu'au pied du trône, les plaintes de tant de malheureux ; la famille royale leur envoya cinq mille francs, le ministre sept- mille, et il n'y eut pas jusqu'aux élèves du collège royal qui ne voulussent venir à leur secours. Outre une collecte de cinq cents francs, ces généreux jeunes gens se chargèrent, de concert avec leurs parents, d'élever un orphelin et de fournir aux frais de ses études, s'il y était propre ; sinon de le placer dans une école d'arts et métiers. Ainsi fut réparé un si grand désastre, autant du moins qu'il pouvait l'être.

Peu de temps après, libre des sollicitudes que lui donna -ce fâcheux événement, le cardinal de Gheverus publia pour son clergé un code des lois ecclésiastiques ou Statuts diocésains. Depuis longtemps, ses prêtres le désiraient et l'attendaient de sa sagesse comme le moyen de mettre l'uniformité dans le gouvernement ecclésiastique, et de justifier leurs actes par l'obéissance devant les hommes comme devant Dieu ; mais le cardinal, qui ne savait rien précipiter, qui voulait laisser le temps nécessaire à l'esprit d'tjhservation pour tout remanjuer, à la prudence pour tout peser, avait attendu jusqu'à la

Page 1