‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 85 sur 115 · IL DONNE DES STATUTS AU CLERGÉ · texte numérisé non relu

IL DONNE DES STATUTS AU CLERGÉ

neuvième année de son épiscopat sur le siège de Bordeaux, avant de mettre la main à rœu\Te. Alors un projet de Statuts fut rédigé de concert avec ses grands vicaires, communiqué à ses prêtres réunis pour la retraite annuelle ; et, après l'avoir mûri plusieurs mois encore dans le silence et la réflexion, il fit enfin paraître ces Statuts si longtemps attendus. Ce fut le jour de la Pentecôte de cette année 1836 qu'il donna le mandement qui les promulguait ; il y expose d'abord le plan qu'il a suivi ; tout s'y rattache à trois chefs principaux : le service divin, le zèle du salut des âmes et la vie ecclésiastique que doivent mener les prêtres ; puis il développe les avantages que le clergé retirera de ces règles saintes, et les obligations qu'elles lui imposent. Ici son humilité se plaît à déclarer : 1° que, s'il donne ces lois, ce n'est pas dans un esprit de domination et d'empire : Dieu, qui voit le fond de son cœur, sait qu'il aimerait mieux être le dernier de ses prêtres que d'être placé à leur tête : sa plus grande douleur, c'est d'avoir à commander ; 2° que ce n'est pas dans son propre fonds qu'il a puisé ces règles, mais dans les conciles vénérables de l'antiquité, surtout dans les conciles de Bordeaux, les écrits des Pères et la sainte Ecriture ; et, pour que chacun pût s'en convaincre, il fit imprimer dans le corps des Statuts, au bas de chaque article, le texte même des conciles ou des Pères qui s'y rapporte. Nous n'entrerons point dans les détails de ces Statuts, qui n'intéresseraient qu'un petit nombre de lecteurs. Les ecclésiastiques qui désireront les connaître pourront se les procurer : ils y verront ce juste tempérament de douceur et de sévérité, ces règles si sages de conduite, fruits de sa longue expérience comme de sa prudence, et y trouveront même la législation actuelle sur les fabriques, résumée en quatre pages,

avec les règles que tous les prêtres doivent suivre en cette matière.

Ce fut là le dernier acte de l'administration du cardinal de Cheverus ; mais on peut dire aussi que c'en fut le plus important : par là, il vivra toujours dans son diocèse, gouvernera même après sa mort ce clergé qui lui fut si cher, dirigera sa conduite, lui tracera la règle de ses devoirs.

Peu après ce grand acte d'autorité épiscopalc, il eut la consolation de rendre quelques services à deux illustres exilés : le premier était l'archevêque de Saragosse, vieillard vénérable et infirme, qu'on voulait envoyer loin des frontières de l'Espagne. Le cardinal de Cheverus ne négligea aucune démarche pour obtenir de le garder à Bordeaux, et le reçut, sur sa demande, dans son séminaire, où lui furent prodigués tous les soins et tous les égards que réclamaient son caractère, sa position, son état, ses douces et hautes vertus. Le second était l'évêque de Léon, prélat actif et plein d'ardeur, d'un franc et noble caractère, d'une âme forte et élevée. Découvert par la police comme un ancien ministre de Don Carlos, il n'eut pas plutôt été arrêté que le cardinal s'empressa d'aller le voir et lui témoigner tout l'intérêt qu'il prenait à sa position. Il lui proposa d'intercéder pour lui, et intercéda en effet. Les autorités consentirent à son élargissement, mais à condition qu'il donnerait sa parole de ne pas retourner auprès de don Carlos : « A ce prix, « leur répondit l'illustre prisonnier, je ne veux point de « ma liberté : si je donnais ma parole, je la tiendrais ; <( mais, loin de vouloir prendre un })areil (!ngag(,'ment, « je vous déclare que c'est ma ferme volonté, comme « j'esliiiK; (pu; c'est mon devoir, de rentrer en Espagne « le plus lût qu(j je pourrai. » Cette franchise plut sin-

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