CONFIRMATION A SAINTE-FOY
gulièrement au cardinal de Cheverus, elle revenait à son caractère franc et loyal ; aussi, malgré le peu de temps ([ue ces deux prélats purent se voir, il se forma entre i!ux comme une liaison d'amitié, et l'évéque de Léon, transporté à Strasbourg, écrivit au cardinal une lettre [)lL'ine de reconnaissance et de tendresse. Son Éminence ne put lui répondre ; car, quelques jours après, les journaux annoncèrent officiellement la rentrée en Espagne de ce noble et intrépide prélat.
Cependant le diocèse de Montauban appelait de tous ses vœux son ancien évêque et ami, et voulait voir M. de Cheverus sous les insignes de la nouvelle dignité dont le chef de l'Église venait de l'honorer. Le cardinal ne crut pas devoir se refuser à la demande de ce peuple bienaimé qui vivait toujours dans son cœur. Il se rendit donc à Montauban, où il fut reçu, comme toujours, avec l'enthousiasme de l'amour et du dévouement. Il s'y montra partout plus humble et plus dévoué que jamais, prêcha où l'on voulut, visita les communautés et se recommanda aux prières des saintes filles qui les habitent. « J'ai besoin plus que jamais, leur disait-il, du « secours de vos prières : quand on est au haut de « l'échelle, on court risque de faire une chute plus « grave. » Mais il ne resta que peu de jours auprès de ses chers Montalbanais : son zèle le rappelait dans son diocèse.
Au retour de ce voyage, le clergé du canton de Sainte- Foy, situé à l'extrémité du diocèse, réclama le bonlieur de recevoir Son Éminence et de lui offrir un grand nombre de personnes à confirmer. On engagea le cardinal à différer ce voyage, vu l'incommodité de la saison : les chaleurs étaient excessives, et le thermomètre monté jusqu'à trente-trois degrés ; mais de pareils con-
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sidérations ne l'avaient jamais arrêté, elles ne l'arrêtèrent pas encore alors ; il partit donc et visita les paroisses de ce canton, prêchant avec force et zèle plusieurs fois par jour, ofiiciant dans toutes les églises et y administrant la confirmation à une multitude de fidèles. Toutes les cérémonies le tenaient renfermé quatre ou cinq lieurcs par jour dans des lieux où la foule, qui se pressait, accroissait encore la chaleur de la température ; il pouvait à peine respirer, jusque-là qu'il lui fallait, sous peine de tomber évanoui, interrompre de temps en temps la confirmation pour aller prendre l'air pendant quelques instants à la sacristie. Les prêtres qui raccom|)agnaient, quoique forts et robustes, étaient exténués de fatigue et de chaleur ; le cardinal, sur qui ^ portait tout le poids du travail, ne songeait même pas à se plaindre, encore moins à se reposer et à suspendre une course si pénible. Il termina donc tout son travail, et rentra à Bordeaux le samedi 2 juillet, épuisé, n'en pouvant plus. Cependant il avait pris des engagements pour le lendemain : il n'était pas homme à reculer. Le lendemain dimanche, il confirma à la paroisse de Saint- Pierre un grand nombre d'enfants, prêcha avant et après la cérémonie avec son zèle accoutumé, et de là s'en-alla à l'extrémité de la ville officier pontificalement dans l'église de Saint-Mai tial, dont en ce jour on célébrait la fête patronale. 11 y arriva abattu et comme écrasé par la fatigue, dévoré par une ardeur si brûlante, une soif si ardente, que sa langue s'attachait de sécheresse à son palais. En le voyant dans cet état, on fut effrayé ; on le pressa de prendre quelque rafraîcliisscment ou quelque nourriture, et de laisser célébrer la messe i)ar un d(;s prêtres de la paroisse ; mais la crainte de faire de la peine aux fidèles, venus exprés pour voir