SON PORTRAIT
Ce qui fait connaître un homme à fond, ce qui met sa vertu dans tout son jour et rend la déception impossible, c'est l'ensemble de sa vie, tant privée que publique, sa conduite de tous les instants, quand il est seul et loin des regards, comme sous l'œil de la multitude qui l'observe ; c'est, en un mot, le portrait de son âme tout entière ; et c'est sous ce nouveau point de vue que nous avons à considérer le cardinal de Cheverus, c'est son portrait qui nous reste à tracer. Nous n'avons pu le faire plus tôt, parce qu'appartenant également à toutes les époques de sa vie, ce portrait n'appartient proprement à aucune époque particulière, et nous ne croyons pas devoir le différer plus tard, parce qu'en faisant mieux connaître M. de Cheverus, nous préparerons par là le lecteur à mieux comprendre et l'intérêt si vif qu'il excita pendant sa maladie, et les larmes qu'il fit couler à sa mort, et les regrets qui le suivirent dans la tombe.
La première chose qui frappait dans le cardinal de Cheverus, c'était sa vie réglée, toujours égale et uniforme, quand la charité ou quelque autre devoir ne l'obUgeait pas à déroger à ses habitudes. Il estimait que le désordre dans l'emploi de ses journées en entraîne nécessairement la perte, fait manquer à bien des devoirs et indique un caractère sans énergie, incapable de maîtriser les variations du goût, les caprices do l'humeur ; comme, au contraire, il pensait que la vie chrétienne est essentiellement une vie réglée, que ce bel ordre qui préside à tous les moments du jour, qui fait faire chaque chose en son temps et en son lieu, est une source de paix, de calme et de bonheur pour ceux qui l'observent, un spectacle de vertu et de religion pour ceux qui en sont témoins, une garantie pour l'accomplissement de tous les devoirs. Aussi, jamais vie ne fut mieux ordonnée