‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 95 sur 115 · SA SIMPLICITÉ · texte numérisé non relu

SA SIMPLICITÉ

couche ; la chambre la plus petite, la plus obscure, la plus désagréable, était celle qu'il s'était choisie, laissant à l'usage des étrangers les appartements plus vastes et plus commodes qu'offrait son palais ; et, interrogé par un de ses arnis qui visitait l'archevêché si cette grande pièce où était un lit si élégant était sa chambre à coucher : « Non, répondit-il en souriant, c'est la chambre et le lit « des archevêques de Bordeaux, mais la chambre et le « lit du petit Cheverus sont ailleurs. » Il n'avait ni chevaux ni voiture, et allait à pied dans les rues, quelquefois même malgré la pluie, et le plus souvent seul sans que personne l'accompagnât. Lorsqu'il fut cardinal, on le pressa d'acheter une voiture ; il céda aux instances, mais ne voulut avoir ni chevaux ni équipages. Plusieurs fois on l'importuna à ce sujet, on lui fit valoir les raisons de convenance et de position ; toujours il résistait : enfin un jour on le crut vaincu ; quoique à regret il avait consenti, et comme on craignait qu'une plus longue réflexion ne lui fit révoquer un consentement qu'on lui avait presque arraché, les chevaux et l'équipage devaient être achetés dès le jour même. Mais voilà qu'un grand nombre de pauvres se présentent à la porte de l'archevêché; à cette vue, son cœur s'émeut, son âme s'attendrit, il ne peut supporter l'idée d'employer pour de vils animaux un argent dont les pauvres ont besoin ; et, faisant à l'instant distribuer à ces malheureux d'abondantes aumônes, il déclare qu'il ne veut plus jamais entendre parler de chevaux ni d'équipages.

Il n'avait que deux domestiques, l'un pour la cuisine, l'autre pour le service de la chambre et de la table : « Celui-ci, disait-il en riant, on l'appelle mon valet de « chambre ; cependant il ne m'a jamais servi en cette « qualité, jamais môme il ne m'a vu sans que je fusse

« entièrement habillé. » Il ne se servait de domestique que quand il ne pouvait faire autrement, et son principe était de faire les choses par lui-même autant qu'il le pouvait : « C'est le moyen, disait-il, d'être toujours servi « à son gré. » De là venait qu'il ne dédaignait pas tantôt d'aller lui-même chercher du bois pour le mettre au feu, tantôt de se rendre à la cuisine pour avertir du nombre des convives invités, ou demander pour lui-même ce dont il avait besoin. Quand on voulait lui parler, il n'y avait ni heures d'audience à observer, ni laquais pour introduire : on ne faisait point antichambre, à moins que dans le moment il ne fût occupé avec une autre personne, et alors il terminait au plus tôt la conversation pour ne pas faire attendre. On entrait chez lui comme les enfants entrent chez un père, à toutes les heures et sans cérémonie. Dans ses tournées pastorales, tout lui était bon pour voyager, la plus simple voiture, les bateaux à vapeur, le cheval, quelquefois même les voitures publiques, dont il prenait alors le coupé tout entier |)0ur lui et pour ceux qui l'accompagnaient. Pendant le temps qu'il passait à Paris pour la Chambre des pairs, il allait se confesser dans la chapelle même et au confessionnal du grand pénitencier, confondu avec les fulcles : tant il était en tuuti.'s choses ennemi des distinc- (i(jns, ami d'un genre de vie humble et simple.

Kt qu'on ne pense pas que tant de simplicité rliminuât en rien la considération et le respect dus à son caraclère. Jamais, au contraire, personne ne fut plus honoré et respecté. On sentait en l'approchant, et surtout en l'entendant, que, s'il descendait, c'était par vertu, et non |)ar bassesse de sentiment. Son langage, quoique simple, avait (pielfpie chose de si noble et de si délicat ; la politesse de SCS manières, le goût exquis, le tact parfait avec

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