‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 97 sur 115 · SA VIE MORTIFIÉE · texte numérisé non relu

SA VIE MORTIFIÉE

« au lieu de nous plaindre, ajoutait-il, nous devrons « bénir la Providence, qui, malgré ce qu'elle nous donne « à souffrir, nous traite encore bien plus favorablement « que tant d'autres. » Mais, au reste, la mortification corporelle lui semblait peu de chose et d'une pratique facile ; la mortification qu'il estimait était celle qui consiste à retracer dans sa vie ce que l'apôtre a dit du Sauveur : jamais Jésus-Christ n'a recherché son plaisir ou sa propre volonté; Christus non sibi placuit^. « Voilà, « disait-il, le cachet de la vraie vertu. » Et c'était aussi à cette marque qu'on pouvait reconnaître la vertu du cardinal ; jamais on n'a remarqué en lui l'ombre d'une volonté propre dans les choses qui étaient du domaine de la charité, de l'amabilité et de la complaisance : vraiment le serviteur de tous, comme l'apôtre saint Paul, il ne savait rien refuser de tout ce qui lui était possible d'accorder, et sa volonté était flexible à tous les désirs du prochain. Souvent il éprouvait des répugnances, des ennuis et des dégoûts ; prévoyait, dans ce qu'on lui demandait, beaucoup de dérangements, de gène et de fatigue : mais toujours les considérations personnelles étaient comptées pour rien, il ne les laissait pas même entrevoir, et allait partout où l'on réclamait sa présence ou son ministère. Quelquefois les demandes se succédaient ou se midtipliaient avec une importunité qui eût accablé tout autre ; mais le cardinal se conservait toujours calme, dans un abandon total de sa volonté, prêchant jusqu'à deux ou trois fois par jour plutôt que de faire un refus, se laissant déranger dans sa chambre depuis le matin jusqu'au soir par des visites continuelles et souvent importunes, plutôt que de céder au désir bien

» llom. XV, 4.

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naturel de vivre dans la tranquillité et la paix au moins quelques instants. Quand on lui demandait Flieure qui lui convenait le mieux pour une cérémonie : « L'heure « qui me convient le mieux, répondait-il toujours, c'est « celle qui convient le mieux aux autres. » Quand, à la lin d'une journée où il n'avait pas eu un moment à lui, on semblait le plaindre : « La Providence a bien fait, « répondait-il gaiement, elle a disposé elle-même de « tous mes moments ; si elle m'en eût laissé de libres, « peut-être en aurais-je fait un mauvais emploi. » Et ce n'est pas seulement aux personnes que le cardinal soumettait ainsi sa volonté ; il la tenait encore continuellement soumise à tous les événements : parmi toutes les contrariétés qui se rencontrent dans la vie, il était toujours résigné et paisible, ne se plaignait jamais ; et, quand il voyait des personnes qui se laissaient aller à l'inquiétude, au dépit, à l'humeur : « Pourquoi vous « tourmenter et vous inquiéter de la sorte ? disait-il douce cément, il n'arrivera que ce que Dieu voudra. »

Autant le cardinal était sévère pour lui-même, autant il se montrait indulgent pour les autres, tolérant et bon pour tous. 11 posait ce principe, que sur la terre il ne faut pas s'attendre à vivre avec des anges, mais avec des hommes qui ont tous leurs défauts, et que la religion consiste a les tolérer dans un esprit de charité. Aussi, quand de deux personnes destinées à vivre ensemble, il en voyait une s'éprendre pour l'autre d'admiration et d'attachement dès les premières entrevues -et la proclamer un ange : « Tant i)is, disait-il, cela ne durera pas ; « l'ange se montrera homme, et l'admiration déçue se « changera peut-être en inimitié ; ceux-là seuls vivent " bien avec le prochain, qui comptent d'avance sur des «' défauts à tolérer. » Pénétré de ce principe, il accueillait

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