V I E -DU C H EV A W E R
poua parvînmes à transporter dans noue çaveru* nos meubles et nos provisions qu il fallait ménfbger , si nous voulions rester long-temps d^US cettç, Solitude. Mous tuâmes nos cheyau*, que nous 34 pouvions nouTrir. Nous vécûmes de leur chair , que la rigueur \de la saispn conserva pendant quelques jours : elle se corrompit eniin; et , notre, chasse ne nous procurant que des secours insufflçans, il fallut entamer nps provisions, qyi trouvèrent au bout de trois mois entièrement çou-i
frommées.
Quelques pièces dor , et la plus grande partie des diamans de I^odoïska nous restaient encore, ferai s- je un second voyage à Pultawa? ou hien nous hasarderions -nous à quitter notre reliait*? No ils avions déjà si cruellement souffert dans cette solitude, que nous primes le dernier parti,.
Nous sortîmes de la forêt, nous passâmes la $c® près de Uilks , nous achetâmes un bateau , et , déguisés en pêcheurs, nous descendîmes la Spm, nous entrâmes dans la Desna. Notre bateau ft|t v v i* sité à Czernicove : la misère avait tellement çléliguré Pulauslti , qu’il ét^it impossible de le reconnaître. Nous entrâmes dans |e Pnicpcr , nous irai versâmes K-ioyc à Ç.rylpiy. lyà y, oops fûmes oJhligé$ de recevoir dans notre liteau, et de .poster , k l'autre bord , des soldats russes qui allaient juin? dve une petite armée employée cpntre Pugatchpw^ Nous apprîmes à £apprisjj^ia la prisse t de IJ.cn dorot d’Oczakoiy , la conquête de la Crimée , la défait^ et la mort du visir Oglop. Pula-psld désespéré voulait traverser les vastes contrées qui le sépa-
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fuient de Pugatehew, et se joindre à cet ennemi des Russes; mais nos fatigues nous forcèrent (la rester à Zaporiskaia. La paix ,qui fut conclue bientôt après entre la Porte et la Russie , nous laissa
les moyens d’entrer en Turquie.
Nous traversâmes à pied , et toujours déguisés* le Boudziac, une partie de la Moldavie, de la Valachie; et, après des fatigues inouïes, nous arrivâmes à Andrinople» On nous arrêta ; on nous accusa devant le cadi d’avoir voulu vendre sut notre route des diainans que nous avions apparemment volés r les mauvais habits dont noua étions couverts avaient donné lieu à ce soupçon* Pulau&ki se découvrit au cadi, qui nous envoya sous sure garde à Constantinople.
Nous fûmes admis à l'audience du grand- s ei» gneur. 11 nous fit donner un logement, et nous es c ig»a sur son trésor un honnête revenu. Alors
j écri vis à mes sœurs et à Boleslas. Nous apprîmes , par leurs réponses, que les biens de Fulauskf étaient saisis, qu’il était dégradé et condamné à perdre la tete. Mon beau-père fiât consterné; il s’indigna qu’on leut accusé d’un régicide ; il écri* vit pour sa justification. Toujours dévoré de l'amour de sou pays, toujours guidé par la haine mortelle qu’il avait jurée a ses ennemis, il nu cessa , pendant quatre ans que nous restâmes en Turquie, d’y intriguer pour que la Porte déclarât la guerre à la Russie. En *774 , il reçut aven des transports de rage la nouvelle de )a triple invasion de la Pologne * qui enlevait à ,1a république le tiers de ses possessions. Ce fut au pria-
• temps de t jj(i que les insurgens se décidèrent à soutenir par les armes leurs droits violés. Mon
t pays a perdu sa liberté , me dit Pulauski ; ah ! du moins combattons pour celle d un peuple nouveau!
Nous passâmes en Espagne; nous nous embar*
* . quâmes sur un vaisseau qui faisait voile pour la Havane, d’où nous nous rendîmes à Philadelphie.
Le congrès nous employa dans l’armée du général* Washington.' Pulauski , consumé d’un noir
• chagrin , exposait sa vie comme un homme à qui elle était devenue insupportable; on le trouvait toujours aux postes les plus dangereux *: vers 4a fin de la quatrième campagne, il fut blessé à iftes côtés. On l’emportait dans sa tente : Je sens que
) ma fin s’approche , me dit-il ; il est donc vrai que je ne reverrai pas mon pays ! Cruelle bizarrerie de la destinée! Pulauski tombe martyr de- la liberté américaine, et les Polonais sont esclaves ...
• Mon ami, ma mort serait affreuse, s’il ne me restait un rayon d’espérance. Ah, puissé-je ne pas m’abuser !.. Non , je ne m’abuse point , poursuivitil d’une voix plus forte. Un Dieu consolateur offre h mes derniers regards l’avenir, l’heureux avenir qui s’approche;. je vois l’une des premières lîations du monde sortir d’un long sommeil et redemandera ses oppresseurs son honneur et ses droits antiques, ses droits sacrés, imprescriptibles, ceux de l’humanité. Je vois dans une immense capitale, long - temps déshonorée par toutes les espèces de servitudes , une foule de soldats se montrer citoyens, et des, milliers de citoyens devenir -soldats.. Sous leurs coups redoublésda Bastille s’é-
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croule; le signal est donné d’une extrémité de l’crnpirç a l’autre : le règne des tyrans est fini. Un peuple voisin, quelquefois ennemi, mais toujours généreux, mais toujours digne juge des grandes actions, vient d’applaudir à ces efforts inattendus, couronnés d’un si prompt succès. Ah! puisse une estime réciproque commencer et affermir entre les deux peuples une inaltérable amitié! Puisse c^tte horrible science de fourberies et de trahisons, que les cours ont appelée politu/ue } ne pas apporter d’obstacle à cette fraternelle réunion! Nobles rivaux de talons et de philosophie, Français, Anglais, laissez enfin, et laissez pour jamais ces discordes sanglantes dont la fureur s’est trop souvent étendue sur les deux mondes; ne vous partagez plus l’empire de l’univois, que par la force de vos exemples et l’ascendant de votre génie! Au lieu du cruel avantage d’épouvanter les nations et de les soumettre, disputez-vous la gloire plus.soljde d éclairer leur ignorance et de briser leurs fers !
Approche, ajouta Pulauski, regarde h quelques pas de nous , au milieu du carnage , parmi tant de guerriers fameux, un guerrier célèbre entre tous par son mâle courage, ses vertus vraiment républicaines et ses talens prématurés. C est l’héritier d’un nom depuis long-temps cher, mais qui n’avait pas besoin de la gloire de ses aïeux pour illustrer son. nom. C’est ce jeune La Fayette, déjà l’honneur de la France et l’effroi des tyrans : ce-
pendant il commence à peine ses immortels travaux. Envie son sort, Lovzinski ; tâche d’imiter s es vertus , marche le plus près que tu pourras sur
las pas d’un grand homme : celui-ci , digne élève de Washington, sera bientôt le Washington de sonpays. C’est à peu près dans le même temps, mon ami ; c'est à cette mémorable époque de la régénération des peuples, que la justice éternelle doit ramener aussi pour nos concitoyens les jours de la vengeance et de la liberté. Alors , Lovzinski , en quelque lieu que tu sois , que ta haine se réveille! Tu combattis si glorieusement pour la Pologne! Que le souvenir de nos injures et de nos exploits échauffe ton courage! Que ton épée, tant de fois rougie du sang ennemi , se tourne encore contre les oppresseurs ! Qu'ils frémissent en te reconnaissant! Qu’ils tremb^nt en se rappelant Pulauskil Ils nous ont ravi nos biens, ils ont assassiné ta femme , iis t’ont arraché ta iille , ils ont flétri mon nom!...., Les barbares! ils se sont partagé nos provinces ! Lovzinski , voilà ce qu’il ne faut jamais oublier; Quand nos persécuteurs ont été ceux de la patrie, la vengeance devient indispensable et sacrée. Tu dois aux Russes une haine éternelle , tu dois à ton pays la dernière goutte de ton sang.
Il dit : il expira au siège de Savannah, en 1776, La mort, en le frappant, m'enleva ma dernière consolation.
Mon ami, j’ai combattu pour les États-Unis jusqu’à l’heureuse paix qui vient d’assurer leur indépendance. M. de C***, qui a long-temps servi en Amérique, dans le corps que commandait le marquis de la Fayette , M. de C*** m’a donné une lettre de recommandation pour le baron de Fan-
blas. Cclubci a pris à mon sort un intérêt si vif 9
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que bientôt nous nous sommes liés d'une étroite amitié. Je n'ai quitté sa province que pour venir m'établir à Paris, où je savais quil ne tarderait pas à me suivre. Cependant mes sœurs ont rassemblé quelques faibles débris de ma fortune, jadis immense. Mes' sœurs , instruites de mon arrivée ici , et du nom que jy ai pris, m’écrivent que dans quelques mois elles viendront consoler par leur présence l’infortuné Duportail*
Lovzinski resta comme abîmé dans ses réflexions douloureuses; enfin il me dit qu'il avait mis eu moi ses plus chères espérances; que le dessein de mon père était de me faire voyager l'année prochaine* J’inteiTompis M* Duportail, pour l’assurer que je passerais quelques mois en Pologne , et que je ne négligerais rien pour me procurer quelques lumières sur le sort de Dorliska.
* 11 était tard quand je quittai M. Duportail; cependant mon premier soin , en rentrant a l’hôtel , fut d'appeler M. Pcrson. Il accepta avec reconnaissance la bague que j ! avais achetée le matin; et, sans se faire beaucoup» presser , il m’avoua que la veille il avaû instruite Adélaïde de l’étrange visite que madame de B*** m’avait rendue chez mon J’avais remarqué ce joli cavalier, me dit-il, et vous, devez vous souvenir que je me trouvai sur l’escalier, quand M* Duportail nomma la tnar-» qui se de B***, Je priai M. Person d’être à l’avenir plus réservé cil me quitta en me renouvelant les assurances de son* désintéressement et de sa discrétion* ‘
' Rosambert avait donc raison! Sophie m'aimait!
une indiscrétion de M. Person avait fait tout le mal. Sophie jalouse. .... Mais comment l’apaiâer ? comment dissiper ses alarmes? comment la voir?... J’aurais pu me dispenser de me mettre au lit; l'inquiétude chassa le sommeil : toute la nuit je m’occupai de mes peines , des peines de Sophie. Il faut avouer cependant que je songeai quelquefois- au vicomte de Florville; mais la marquise était si malheureuse! les momens que je donnai a son souvenir furent si courts! les idées qu’il me fit
naître furent si différentes !... On serait bien sc-
vère si l’on ne m exèusait pas.
r . , ‘ - Je ne savais encore- quel parti prendre, quana
le jour parut. Mon conseillei arriva enfin pour me déterminer. M. Person a fait la faute , me dit Rqsambert, c’est à lui de la réparer. Faites une lettre pour mademoiselle de Pontis; que le cher gouverneur s ‘en charge , et la remette a mademoiselle, d* Fauhlas , qui ne manquera pas de la porter , à son adresse. J’écrivis ; M. Person , devenu le plus complaisant des hommes, accepta saiis difficulté la commission délicate que je confiais a son zèle. 11 la fit assez promptement; il m’apporta Une réponse de ma jolie cousine. ,
Elle était courte; elle fut bientôt lue.... Roteambert, sautez de joie; baisez ces deux lignes | écoutez: . ; *
« Vous dites que vous n’aimez pas la marquise! « ah, si je pouvais en être sûre J » : •»,*• * •
Dans l’excès de ma joie , je .sautai au cou* de M. Person, Vous êtes content de cette réponse, me dit-il; hé bien, j’ai encore une nouvelle plus
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A heureuse à vous apprendre. — Dites , mon cher gouverneur, dites vite. - — Monsieur, mademoiselle votre sœur m a d’abord demandé de vos nouvelles, avee beaucoup d’intérêt. Elle a l'ougi quand je l’ai priée de remettre votre lettre à mademoiselle de Pontis : M . Person, vous direz d mon p ère que depuis hier , Sophie désolée m'a tout conté ; vous lui direz que maintenant je connais mieux que lui la maladie de sa cousine • et même que fai .u la recette en question . Je ne suis plus étonnée que te ba~ ron se * fâché! . .. Monsieur , attendez un moment , je vais porter la. lettre * . • C'est peut-tlre pousser ta complaisance bien loin ; mais mon frère se chagrine , ma bonne amie souffre > je n'examine que cela . . . Elle est revenue quelques momens après avec ce billet. En. me le donnant, elle m’a demandé d’un air
embarrassé si l’on ne vous verrait pas. Je lui ai objecté lexpresse défense du baron. Elle m’a observé, en rougissant beaucoup, que madame Munich se levait rarement avant dix heures ; que le baron ne se levait jamais plus tôt, et qu enfin la porte du couvent s’ouvrait à huit heures précises. Hé bien , mademoiselle , lui ai-je dit , demain matin. M. votre frère. .., Elle m’a interrompu : Oui , demain matin ; qu'il n y manque pas!
* Que la journée s’écoula lentement ! quelle mortelle nuit la suivit! Cent fois je fus tenté d’arrêter mon horloge et d’avancer mes montres! Enfin j’entendis sonner l’heure tant désirée. Je volai au cou-
vent: Adélaïde; vint au parloir, Sophie l’accompagnait. . . .
: Ah, ma sœur! ah, mademoiselle! Je joignis
too VIE BU CHEVÀE3ER' leur» jolies mains , que je bàWi tout à foor. Sophie trop émue fut obligée de s’âsseoir^Vonos noos avez donné bien du chagrin, me dit-elle ; et je vis ses yeux se remplir 4e latines. Gomment exprimer la douceur de celles que je versai t Vous soutires y me dit Adélaïde* -- Wotl, ma sœur ; jamais un moment plus heureux. * \ , Mais ceux que tous passez avec la marquise? interrompis Sophie en trem*
blant Ma jolie cousine , ma obère Sophie ,
croyez-vous que je puisse laitner?— ^Pourquoi donc la voyeauv ous si souvent? — -Je ne la verrai plus ; je vous promets que je ne ht verrai plus. — . Ah! si vous me trompez. . - Pourquoi donc te
tromperait-il f ma bonne amie, puisqu'il t'aime? il est clair qu'il ne peut pas aimer cette madame de B***. Adélaïde, tu ne sais doncpas. fait,
je sais ce que c'est que la jalousée; tu me Vas dit hier; mais c’est un sentiment qui fait du mal, et qui n’est pas raisonnable. Pourquoi mon frère ta dirait-il qu'il t'aime , Vil no t'aimait pas *-Ee pourquoi le dit-il à la marquise^-**» Sophie, je vous jure que je voue adorai le premier jour que je vous vis. Vous seule m'avez fait éprouver ce senti* ment tendre et respectueux qu'inspirent l'innocence et la beauté, cet amour véritable dont il faut brûler pour Sophie. C'est voua, c’est ^vous seule qui m'avez fait sentir que javaia un coeur; et je n'aimerai jamais que vous»*— Si vous saviez combien j’ai de plaisir k vous croire!
« Sophie se pencha sur le sein d’Adélaïde qu'elle embrassa. Comme ton frère te ressemble !. lui dit* •lie; il, a tes yeux, ton teint , ta bouche , ton firent
• ©È ÉAtîBLÂS. : ‘ roi
Bile l’embrassa une seconde fois. Fn vérité , ré-’
pondit Adélaïde d'on petit ton boudeur, autrefois tous m’aiiittî^po^r moi ^ maintenant je crois que vous ne m'aitnefc plus qu'à' cause de lui*;:. Voilà donc ce qu’on appelle de l'amour! J’avouoque/ si je le trouvai triste hier , il me parait atijonrdbui bien séduisant. . . . Mou frère , quand est ce que vous épouserez ma botine amie? — ->Le barcm prétend que je suis trop jeune; mais si mademoiselle le permet. Pourquoi donc m’appelez-*
tous mademoiselle ?Ne suis je plus votre jolie cousine ?>— ♦ Ab, jolie ! plus jolie que jamais ! plus que que jolie F. . Si vcms le permettez , j'irai parler a Br: de Pontis; je lui dirai que j’adore sa Irlle, que sa fille m’a choisie ; je lui* dirai qu ! il me donne mai* femme, qu’il m’unisse à Sophie, Mon père n’est point à Paris. . . des affaires de famille. je vous conterai tout cela : mais il faut que je vous quitte* * — iQtrof, dëjàl. — »0ui , il* faut que je rentre avant 1 «|tie madame Munich se réveille. — • Demain , j’aurai donc le bonheur ? . . i . . — Demain ! tous les jours ! .. . . Ron , cela ne se peut pas. — -Noh ( , celai rw^sc peut pas , répéta Adélaïde j on s’en apercevrait^ . . . Mon frère , une fois par semaine! — Oh ! mais répliqua Sophie, tu sais bien comme madame Munich dort quand elle a bu, et elle boit souvent. — Quoi! ma jolie cousine, votre gourer-
nante — Aime le vin et les. liqueurs • forte» ; *
eest une Allemande. -r— HA bien, en ce cas , je puis Yenir ici; .... Dans trois ou quatre joints , interrompit encore ‘ma sœur. Phis souvent qe serait ' nous exposer. , . . Sophie soupira. Hélas! oui dit-
elle, si Ton allait nous séparer !.. A dieu , mon
cher cousin. (EUe s éloignait , elle revint, ) AK! je vous en prie; n’allez pas chez la marquise. Ny. allez pas, mon frère, me dit aussi Adélaïde n j allez pas, entendez-vous! et, si elle vient chez
y . i 7 • 9 i V i T Ts U ’ • .
vous , rcnvoyez la. , • [ ,
; Lecteurs septuagénaires et goutteux , c'est à vous que je m’adresse. La vieillesse et ses infirmités, n ont pas toujours roidi vos jambes et glacé vos cœurs. Il fut un temps ou vous eûtes aussi vos rendez-vous. Alors vous partiez plus légers, plus prompts que les vents , et vous reveniez de meme. Vous ne l’avez pas oublié , sans doute ; et par conséquent vous jugez que mon père dormait encore,
quaud je rentrai chez moi.
Je ne m’occupai le re^te de la journée que de mon bonheur ; la nuit suivante fut aussi courte que la dernière m’avait paru longue. Les songes les plus doux embellirent mon paisible sommeil. Ils me montrèrent ma Sophie; et ce qu’on croira difficilement peut ~ être * ils ne me montrèrent qu'elle.
11 était près de midi quand je sonnai Jasmin :
Tu ne m’as pas rendu réponse hier» Comment se porte madame de B*** ?— Hier, monsieur, vous ne m’avez pas dit d’y aller.— Comment , Jasmin , vous n’y avez pas été! vous savez qu’elle est malade !.... Courez-y donc vite !
Envoyer chez la marquise , ce n’était pas y aller, ce n'était pas manquer de parole à Sophie. D’ailleurs il y a des devoirs de société qu’un galant homme ne peut se dispenser de remplir.
.. DE FAÜBLAS. ' io3
Jasmin revint line heure après : Monsieur, ma» demoiselle Justine m a. dit que Madame était plus mal ,< et qu’on craignait que la fièvre ne se réglât. 4^0n craint que la fièvre ne se règle; mais cela est donc sérieux? — Oui, monsieur. Mademoiselle Justine m’a dit tout bas de vous avertir de sa part,
que M. le marquis était parti ce. matin pour Yervailles , où il doit rester trois jours. — C’est bon , Jasmin , allez. -- • La fièvre va se ré Florville! ... ce sont les propos du baron. .*. C’est mon ingratitude. . . car au fond elle a à se plaindre de moi.* Je l’ai trompée. ... Je n’avais qu’à lui dire que j’en aimais une autre. . . . Elle va plus mal ! Et si le danger devenait encore plus grand! Si la marquise, à la fleur de son âge, périssait consumée d une maladie lentç!... j<aurais éternellementsa mort a me reprocher! Cette idée est in suppôt*-’ table... O ma Sophie! tu m’es bien chère; mais faut-il, à cause de toi, laisser la marquise mourir de chagrin? -- • *.»
. J’appelai Jasmin : Retourne à Justine. Demande lui si, dans l’absence du marquis,’ je ne pourrais pas voir. madame de Bi***... la calmer... 1<\ consoler un peu. Jasmin, si cela se peut, tu t’informeras de l’heure... de la porte par laquelle je dois entrer!... Enfin tu arrangeras cela avec Justine.- — Oui, monsieur. —Va -vite,
11 ne tarda pas à revenir. Justine lui avait> dit qu elle ne croyait pas que madame fût en état d®^ recevoir personne ; qu’dlle ne savait pas- si -roaûine serait bien aise de la visite de M. le cîicva-
gler !.. y Pauvre vicomte de
ie>4 VIE DU. C H ET 4MER Lier; que cependant il n’y avait qu'un# «cène & risquer. Je savais k chemin : ce soit, sur les neuf» heures, je n’avais qu’à me glisser par la porta cochère, gagner promptemetnti Tescalier dérobé r ouvrir la porte du boudoir avec la clef quelle donnait. Au reste, si madame se fâchait , Justine, ne prenait rien sur elle , et ce serait mon affaire. - * .
A neuf heures précises je frappai à l liôtei du» marquis. Qui demandez-vous? cria. le Suisse; jo. répondis : Justine; et je coulai rapidement. Je trouvai Justine en sentinelle- dans le . boudoir * comment vâ-rt-elie? — Bien doucement. — Elle; est là? dans sa chambre à coucher? — -O moa> Dieu! sûrement , et au lit. «r— Elle est alitée?- — Oui, monsieur. i — «Cet imbécile de Jasmin ne m’à» pas dit cela. Est- elle seule ? ses femmes. » • — Elle est seule, monsieur; mais! je n'ose voua annoncer,*
' ajouta -t~ elle en composant sa petite mine frw ponne. Je l’embrassai par distraction : Tiens, voistu cette chienne d'ottomane* là?, je ne l oublierri de ma vie; et toujours par distraction, je poussai, Justine dessus. Elle parut véritablement effrajéc.
— - Mon Dieu ! madame va entendre , elle ne dort pas. Effectivement la marquise , forçant sa voix un peu éteinte, demanda qui était là. Justine ouvrit, la porte de la chambre à coucher: Madame, c'est ./ J/approchai du, lit , je pria la belle main qui entrouvrait les rideaux, C’est moi , eest votreamant qui , plein d’inquiétude*.. — Quoi! monsieur , qui vous a ouvert la ponte ? Qui vous a peo-> mis. . . . ? — i J’ai cru que vous excuseriez. .. . — Ué> bien, monsieur, que .voulez-vous? Insulter à ma
FAÜBLAS. r io5
dotileuuî redoubler Unes chagriné augmenter mon
mal! Je TÎCn$ pour lfe calmer. — Le calmer!
monsieur i féréZ-vètis que je n’aic pas eritendu ce que votée père a dît, que je n’aie pas lu ce que tous avez écrit ?•( La marquise lit quelques efforts pour me cacher ses larmes. ) — Madame , devez-* tous m’imputer les torts du baron ? Et quant à la lettre.*.. — Monsieur, je ne vous demandé pas d’explication je n’en veux' pas.- — Au moins,' dites-moi si depuis hier vous Vous sentez un peu 1 mieux. — -Plus mal , monsieur, plus mal. Mais que tous importe? Quelle espèce d intêrét prenèz-votis à «e qtiîme totièhé? — Pbtivet-vOUS Ïe demander? Sans doute, j’ai tort. Je dois être assez Convaincue* que vous ne m’aimez pas.'- — Ma chère maman ! . . .
Laissez ce nom qui me rappelle mes fautes , fet mon bonheur, hélas trdp court! ce nom qui me ‘ rappelle Un enfant trop aimable et trop aimé ! un
enfant dont là fausse candeur mè séduisit, dont 7
les charmés peu communs égarent ma raison. . . Je me flattais qu ? àu moirttf tehdresse était lé prix de la mien rte.;/, lïélas! il me trahissait froidfe-‘
ment. CrueP! si jeune encore’ vous possédez à ce point l’art de trahi per ! -Lïfôi i , je ne voas trompe ‘ pas. — Allez'/ ihgtat , aMfez aux pieds dé* votre So- ; phie Vous faire un mërifcffle mes douleurs. Dites- * là! que la m^âitJUîjsér/incbgnémént sacrifiée, gémit de vous àirdir éorinu ; er> pour qu’il ne manque’ rien à mou humiliation ; allez trouver votre père ; , ' vtiiré pète*, 'qttr osé nie faire un eritaé de mà tendisse pdut^ vous: Afpjirenez-lm qûe sbti digne fils m’en a cruellement punie; mais, Farublas, sou-
xo 6 VIE DU CHEVALIER
venez-vous du moins, souvenez-vous toujours^ que cette femme qu’on vous a dit ardente , vive, emportée, uniquement dévorée de la soif du plaisir, que cette femme ne put résiste** au chagrin i d’avoir été si cruellement traitée, et ne se consoiera jamais de vous avoir perdu. — Ma chère maman , pouvez-vous méconnaître le sentiment qui m e ramène?*— Oui ! la pitié que vous ne pouvez refuser à mes peines! l'offensante pipé ! — Non. L’amour, l’amour le plus vif. , •
Je pris une de ses mains qu elle ne retira .plus. On ne peut se figurer combien ses plaintes m’avaient ému, combien .je souffrais de l’état où je la trouvais! t, ,
Ah! me dit-elle , que vous connaissez bien ma faiblesse et ma crédulité! Allons, Faublas ,
asseyez-vous là. (Je me plaçai sur le bord de son lit.) Hé mais, si quelqu’un entrait! si l'on vous voyait! Faites-niQÎ le plaisir d'appeler Justine elle est dans le boudoir.,. Petite, que. ma porte soit fermée à tout le-mondel.. Tu diras a mes
, » i r * * ) ^ ^ i, ^ ii r * # » •*«
femme^ que je repose , et tu recommanderas bien dans l’antichambre qu’on ne laisse entrer per-
sonne. „ Mon a*ni;, vous ^oupere^ içi^* — De tout mon cœnt. — Petite, demande une volaille... Tu
4 t j f flii M » i IM 1 . i * * •
leur diras que je $ujs assoupie , , fatiguée ; mais qu’avant de m .endormi# je,mp seox quelque envie d’entamer une aile... surtout je veu^ è f tre tranquille. v . Toi , Justine , tu auras un appétit excessif,. tu m’cntçnds bien ? Oui, madame , répliqua . la soubrette çn. riant, oi^i; ij v faut ce soir que je mange comme deux- . i. *
-Dès que Justine fut. sortie, je serrai la marquise dans mes bra9; et, après avoir préludé par de petites caresses, je voulus pousser très-loin mes entreprises. On m’opposa une résistance à laquelle je ne m’attendais pas, et Justine qui apportait un poulet me. força de suspendre l’attaque. La marquife ne voulut pas manger; moi, tout en dépeçant l’animal, je considérais l’appartement avec une attention que ma belle maitresse remarqua.— Mais que regarde-t-il donc ainsi?— *€et appartement que je reconnais avec plaisir. Il me semble
que c’est ici La marquise me comprit : Oui,
c’est ici que la figure de mademoiselle Duportail m’a* joué un vilain tour. — Pourquoi vilain? — Pourquoi ? parce que Faublas est lin trompeur. . — .Ah, vous allez recommencer la querelle! En vérité, maman, vous ôtes ce 9oir bien singulière; vous voulez qu’on dispute’, et vous ne voulez pas qu’on se raccommode !— nJustempnt , monsieur le libertin et l’ingrat. Vous avez de bonnes raisons , vous , pour vouloir tout le contraire. C’e9t au raccommodement que vous visez , et vous esquivez la dispute. Au reste, puisque nous en sommes làdessus , demandez au baron s’il ne faut pas. . . . — . Quoi ! maman , il se pourrait que ce que mon père a élit ?...., Ce serait là ce qui empêcherait. ; . . ? — .Que ce soit cela ou autre chose, toujours il est certain , monsieur le conquérant, que ce soir il n'y aura pas entre nous de raccommodement dans ce seus T là. -r— Ah!,ma petite maman, c’est précisément dans ce sens-là qu’il y en aura. — Je vous assuio que- non.— Je vous proteste que si.
\o8 VIE DU CHEVALIER
L’air déterminé dont j’afirmais parut effimyer la marquise; je la vis s'arranger de la manière ; qu elle jugea la plus propre à me contrarier, -r- *üui y oui , faites vos dispositions ; mais dès que .j’aurai soupe , quand Justine ne sera plus là , vous - verrez ! — Justine ne s en ira pas. «... Petite, ne quitte pas mon appartement.*. Chevalier, asseye?- . vous ici. . . un peu plus près de nous. Là , bien ,
. \ ai quelque chose à vous dire.
. Elle passa un bras derrière moi , appuya sa tète :sur mon épaule ; et après m avoir donné un baiser. Faiibias, m aimez -vous'? dit-elle en baissant In .voix.— Maman , n'en doutez plus. — Je vous en demande une preuve. — r- Quoi donc? m'écriai- je avec inquiétude. — De 11 e pas insister ce soir sur le raccommodement. Pourquoi cela? ^ — Mon ami , j'ai la fièvre, vous la gagneriez. — Hé bien, qu importe ? -mr Qu importe I répéta - 1 - elle en m'embrassant, j'aime cette réponse-là ! Que n'estr elle aussi sage quelle me parait flatteuse !... Mon -bon ami , mon cher Faublas , je ne veux pas d'un bonheur qui vous coûterait votre santé ! Quelle femme assez peu délicate pourrait acheter à ce prix quelques instans rapides d une jouissance , d'autant moins douce quelle est plus répétée ? Quelle femme assez aveugle , assez insensible , pourrait , en sc donnant à toi, ne céder quai attrait du plaisir? Qui, moi! j’énerverais tes forces! j'épuiserais ta jeunesse! j’altérerais un des plus beaux ouvrages de la nature ! je détruirais un de scs chefs-d’œuvre les plus séduisons! Non, mon cher F aublas, noq. Pour t’épargne* des regrets , je cotu*
DE FAUBL'A’S.
battrai tés déiirr et ma propre faiblesse ; danà tous, tes temps tu me tFOUvéras prête à m'immoler pour ton bonheur ; et , loin de te préparer des jours tristes ou douloureux , je donnerai r s’il le faut , tna vie pour prolonger, pour embellir la tienhé« O des amans le plus ainiable et le plus aimé; ce n’est pas pour moi seulement que je te chéris; y»., quoi qu’on en puisse dire, c’est toi, c’est toi-même que j’adore en: toi. * . Mon bori ami ; promets -moi de ne pas insister ce soir Je renverrai Jus-
tine; tu. seras là, je te verrai, je t’entendrai, je m’endormirai peut-être sur ton sein ; je serai trop heureuse. ; Mon bon ami , donne-moi ta! parole d’honneur. . . . Chevalier ; répondez-moi dqnc ! » . . Mais voyez Corinne il f réfléchit pour une chose si simple !
La marquisé avait" raison : je» réfléchissais. Je pensais à Sophie ; je faisais à ma jolie cousine l’hommage des privations c^u’Un m’imposait ; et cette idée m’inspirant le courage de les supporter, je promis à sa rivale d’être sage. Aussitôt Justine reçut l’ordre de s’éloigner.
>Faublas, je suis contente de vous ; reprit la marquise d’un air de satisfaction. Causons tranquillement « ce plaisrr-là, s’il est moins vif qu’un autre , est plus durable. ... De quoi riez-vous ? — P’une idée peut-être singulière. — Dites, mon àmi , dites, — Si l’on pouvait imposer à une femme qui attend son amant , la condition de le garder pendant deux heures pour causer avec lui seulement , ou de le renvoyer au bout de cinq minutes,
lia VIE DU CHEVALIER qu’alors elle emploîrait à son gré ?.....— flfon ami , beaucoup de belles dames trouveraient l’alternative embarrassante. On dit qu’il j en a pour qui le plaisir de parler sentiment est le nec plus ut* Ira de l’amour; toutes les autres fonctions d’une maîtresse coûtent singulièrement à leur complaisance. D’honneur , je crois que , s’il en existe, elles sont du moins en bien petit nombre. En revanche je vous assure qu’il s’en rencontrerait beaucoup , mais beaucoup , à qui ce bavardage et cette inaction de deux heures paraîtraient fort ridicules. J’en connais qui aimeraient mieux rester muettes toute leur vie. — Ce n’est pas vous ,. maman. — Moi , je serais du parti qui accorderait les deux
autres. — Oui? — Oui , mon ami. Les deux heures
de conversation , ce serait pour aujourd’hui ,, supposons ; et les cinq minutes de bonheur, je les garderai pour demain. — Pour demain ! souvenezvous-en bien. — Ah!,... — Ah! vous l’avez dit. — Oui ; mais ce n’était qu’une supposition. ; , * .
La marquise mit beaucoup du sien dans l’entretien que nous eûmes ensemble; et .je lui découvris mille perfections* que je n’avais pas encore eu le temps d’apercevoir. Elle m’.t tonna par line foule de traits satiriques , ingénieux ou brilians; il lui échappa même quelques pensées un |>eu philosophiques, mais pas .une seule réflexion morale. J'admirai surtout en elle cette élocution
élégante et facile, que l’u9age du grand monde donne quelquefois; cet esprit naturel et fin qui ne s’acquiert jamais; un goût épuré dont auraient grand besoin beaucoup de nos beaux-esprits que
DE FAUBLAS. m
je ne nomme pas, et plus de savoir que n’en a communément une femme belle ou jolie.
Je ne croyais être auprès cTelle que depuis un quart d’heure , quand nous entendîmes sonner minuit. Voici; le moment de la retraite, mon ami, me dit-elle; il faut que Justine vous reconduise elle-même jusqu’à la porte, à cause de mon Suisse qui n’entend pas raison. (La suivante attentive accourut au premier coup de sonnette.) Petite, tu vas reconduive ton amoureux. — Comment, •on amoureux? — Hé, s sans doute; vous ne comprenez pas que Justihe, qui fait entrer un jeune homme le soir, qui le reconduit à minuit, a toutà-fait Pair d’avoir une affaire de cœur. Je suis sûre que demain on le dira tout haut dans l’office; mais la petite sait bien que je la dédommagerai amplement de ce qu’elle pourra souffrir à cause de moi. Adieu, mon cher Faublas; on vous verra demain, sur lés huit’ heures? — Àü plus tard. —
Mon ami, je serai maladc'pour tout le monde
Allons, petite, recouduis-le ; car enfin il faut ménager un peu ta réputation : plus il s’en ira tard,
et plus on s’égaiera sur ton compte Allez sans
lumière , pour qu’on ne vous voie pas dans lé petit escalier, et marchez bien doucement, de peur dé
vous blesser. ,
Justine et moi nous entrâmes dans le boudoir.
J’eus soin de bien fermer la porte de la chambre à coucher qui y communiquait, tandis que Justiné ouvrait à tâtons celle qui conduisait à l’escalier dérobé. Au lieu de suivre sur cet escalier ma con^ ductrice qui me tendait la main , je l’attirai dou-»
W YIEsDU CHEVALIER çei^çqt ycr$ moi. Mon enfant, lui dis-je si bas qu à. peine elle Vçntpqdit , tu te souviens bien de la qçéne de l'ottQW*ne ; je veux me venger, aide-moi , uq dis mot. Justine, toujours disposée à me servir, mç seconda si bien sur l'ottomane , que la mai\ quise elle-même n'aurait pu mieux faire ; jamais je n éprouvai mieux combien eut raison celui qui le premier écrivit : La vengeance est le plais^' des, dieux!
Si Ion y eut $e. pénétrer de mon esprit, con^jdérçi; mon âge , examiner ma position , x»n yqrrq qqe jç pe pouvais manquer au rendez-yons 4 h 1$$? demain. La marquise m attendait .^yec impatience; .«lie me prodigua les caresses les plus flatteuse^ e| Les, noms les plps doux* Elle satisfit même ma ppriosité toujours empressée , arec une complaisance qui me parut du plus favorable augure s mais,
. Comme la veille , elle arrêta ipW transports qq moment de les couronner; et ,* prétextant encore sa fièvre maudite , elle me refusa constamment ij} preuve la plus certaine de ^ tendresse d'upç amante, cette preuve ai chèpe à tons les jçttpaa gens , si nécessaire au plus ardent de tqus ! Je snp; portais ma peine assez patiemment , dans l'espér rance qu’au moins la jolie suivante, au moment dq départ ‘ aurait pitié de moi : point du tout , If marquise , qui n’était plu? alitée , me reconduisit elle-même jusqu'à l'escalier dérobé. Je. voyais bien . que Justine souffrait de ma doulçur : mais pouvaitelle me consoler dans la cour ? Je rentrai cbez moj b.içn çhaste et bjen désolé.
•: i>9t l ’ u W» 4fârvueus| de mq
DE FAUÇLAS. '
ljçllç nxaitrçsse* n'en, parut point étonné. \l me Hit : J/ç vous ai prévenu que madame de B*** réglait sa conduite surç les circonstances, et la changeait $élon les événement Quelles que soient les (^alités physiques et les facultés morales de ifta-i demoiselle de Pontis, puisque le chevalier l’aiixie^ elle est à ses yeux spirituelle et jolie. Cette pas.-, sion est légitime , 'honnête et vertueuse ; c’est un premier amour. 11 naquit de la sympathie -, il. vi% de privations : il croîtra pa/r les obstacles , l hahitude et l’espérance. Mademoiselle de Pojitis, est donc nue rivale dangereuse. Yoüà, n’en doutez pas 9 ce qqe s’est dit la marquise; mais, après avoir examiné l<çs moyens de son ennemie , elle a culqulé ses propres forces , et la faiblesse du, jeune. Adonis, dont; il s'agit de disputer le cœur irrésolu,, . . . Irrésolu , Rosiunbert ! — ÇLç ! oui irrésplu* quant à présent. Vous adorez l’une; mais voua pouvez yo^iS'décider à lui sacrifier l’autre. ... A votre âge l’attrait du plaisir a une force irrésistible. Voqs savez de quel* piafs ir je veux parler ; Sophie ne peut vous l'offrir, celui-là! C’est raa : . dame de B**^* qui en est la dispensatrice intéresr sée : Hé bien , mon ami., irriter sans cesse vqs dé-
sirs , lés satisfaire quelquefois , ne les épuiser jamais : en deux mots voilà son plan. C’est, pour r.endre ses faveurs plus précieuses , qu’elle en seraj désonnais avare. Croyez qu elle souffrira, comme, vous, des privations qu’çllp. va vqus imposer mais, à quelque prix que ce soit , la, marquise a } yuré de vous conserver.
Çnfin , il es.t temps de retourner à Sophie! éU« f
luit enfin la troisième journée! Je puis aller au couvent voir ma jolie cousine. Oh! comme depuis trois jours elle était encore embellie!
Pendant deux mois à peu près, j’eus le bon»
heur de l’entretenir au parloir régulièrement deux fois par semaine. O ! pouvoir prodigieux des vertus et de la beauté réunies ! En quittant ma Sophie, j’imaginais toujours qu’il était impossible que je l’aimasse davantage , et chaque fois que je la voyais, je sentais que mon amour était encore . augmenté.
Il faut avouer cependant, que, dans le cours de ces deux mois, je vis souvent la belle marquise, qui , toujours attachée au plan de réforme qu elle avait en effet adopté , économisait nos plaisirs , au point de me refuser quelquefois le nécessaire. 11 faut avouer encore que ma jolie petite Justine, qui savait très-bien mon adresse, venait, incognito chez moi , recueillir les épargnes de sa maîtresse.!
M. Duportail , impatient de retrouver sa chère fille , était parti depuis six semaines pour la Russie, dans l’espérance de s’y procurer quelques lumières sur le sort de Dorliska.
Un jour que j étais avec Rosambert a l’Opéra, nous y rencontrâmes le marquis de B***. Il salua le comte d’un air froidement poli ; mais il me fit l’accueil le plus caressant. Il se plaignit de ce que, depuis plus de deux mois , il n’avait pas eu lo bonheur de pouvoir me joindre, et il me demanda comment mon père se portait. — Fort bien r M. 1« marquis, il est actuellement en Russie. — Ah,
DE FAÜBLAS. - -ii5 ah! cela est donc vrai? —Assurément.' — N. et
mademoiselle Duportail ? — Ma sœur se porte à merveille. — Toujours à Soissons? — ^Oui, monsieur. — Et quand revient-elle dans ce pays-ci? — Au carnaval prochain, répondit aussitôt Rosambert. "
* Pour détourner cette plaisanterie dont je craignis l'effet , j’assurai le marquis que ïna sœur viendrait passer l’hiver à Paris; mais, reprit M. de B***, vous ne demeurez donc plus à l’arsenal? —Toujours monsieur. — «En ce cas, recommandez donc à vos gens d’être plus civils et pdus attentifs. Ils m’ont bien dit que M. votre père était allé en Russie; mais, quand je leur ai demandé de vos nouvelles et de celles de mademoiselle
votre sœur, ils m’ont répondu brusquement que M. Duportail n’avait pas d’enfaus. C’est que son père le gêne beaucoup, interrompit Rosambert^ il ne lui permet de recevoir personne. - — <Oui, monsieur, la réponse qu’on vous a faite est sanî doute une suite des ordres qnc mon père aura donnés. — -Hé bien, je croyais M.’ votre père plus raisonnable ; un jeune homme doit avoir un peu de liberté. Une demoiselle! oh! c’est différent! on ne saurait veiller les filles de trop près ! et jq connais de9 demoiselles très comme il faut, qu’on ne tient pas assez. ... à qui on laisse faire de mauvaises connaissances (err disant cela, il regardait Rosambert d’un air malin); mais vous! cela est trop rigoureux! . . . . Tenez, je veux vous procurer quelque agilement , quelque dissipation. La marquise est ici : je ^v eux vous présenter à la
î^arquise. «—-Monsieur , je nç puis. . .'.*r-!Vçne$, yeue^, elle vous rççceyra bien. — -Je ne doute pas que , présente par yous. .... Mâij , nionsienr. • • •
1 Hé ! mais, pourquoi toutes ces façons ? me dit Ro-,
saynbert , madame la marquise est très-aimable. —N’est-il pas vrai ? monsieur, reprit le marquis, en s’adressant d abord au comte et ensuite \ moi ; p’est-il pas, vrai quelle est très-aimable, femme ? . . • . Elle a beaucoup d esprit ! D jeyie l’aurais pas épousée sans, cela. - f.a vérité e^t que madame la marquise a beaucoup d’esprit ; et monsieur le sait bien , s, ççria Rosambert. Monsieur le sait bien,, répéta le marquis? — 0,ui, mo^ fjieur , ma sœur me l’a dit. — Ab! m^dem^s^ yotre sœur, oui... Je vous, assure, monsieur., qu il rçe manque à ma femme que d ètre un, peu plw% physionomiste. Mais cela viendra, cefa viendra. .. J’ai déjà remarqué qu elle a uu goût naturel pour les belles, figures...., ;M, Dupoptail , Ja, vôtre est très-pré venante , et puis vous, ressemblez singulièrement à mademoiselle votre, sçeuj.' que la marquis*, qime beaucoup. Venez., suiye? moi , je vais vouv présenter à la marquise. — En. yérite , Mt le marquis , je suis désolé de ne pouvoir mieux répondre, si tant d’honnêtetés, ijjais je, me suis, pour ainsi ■ dire , dérobé de chez moi ; je vais, me caçhcr 4^1%
' le parterre.. ..je ne puis paraître. dans une loge
Si quelqu’un des amis de mon. pej;e me voyait, d, le lui écrirait sûrement- et vous n avez pas l.idée