‹ Vie du chevalier de Faublas (volume 3)Chapitre 11 sur 12 · TO · texte numérisé non relu

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i;a^ VIE DU CHEYALIER

Boleslas m'attendait avec impatience. Pulauski y, me /dit-il, est , revenu seul dès le second jour; ik nCes^' socti. de jcbezi lui qi*e pour se i-endre à la diète, où, malgré ses efforts, l'ascendant de la, Russie s'est manifesté chaque jour de plus en plus. Dans la deruièi'c asseinblée tenue ce matin , M. dy P**^* réunissait presque toutes les voix, il allaitêtre élu ; Pulauski a piononcé le fatal veto : à l'instant vingt sables ont été tirés. Le fier palatin de ***, que Pulauski avait peu ménagé dans l'assemblée précédente , s'est élancé le premier, et lui a porté, sur la tèXe un coup terrible ; Zaremba et quelques autres ont vol^î kla défense de leur ami ; mais tous leurs efforts n'auraient pu le sauver, si M. de P*** lui-même ne s'était, rangé parmi evix, en criant) qu'il immolerait de sa main celui qui oserait àp-. proclier. Les assaillans se sont retirés; cepexvdant Pulauski perdait son- sang et ses forces; il s'est, évanoui, on la emporté. Zaremba est sorii en jurant de le venger. Restés maîtres, des délibélations,: les nombreux partisans de M. de p*^* lont sur-lecliamp proclamé loi. Pulauski , rapporté dans soa. palais, a bientôt repris connaissance. Los chirurgiens appelés pour, voir sa blessure ont déclaré, qu'elle n'était pas mortelle; alors, quoiqu'il ressentit de grandes douleurs, quoique plusieurs de. ses' amis ;s'dppo^asisent à son desstiii, ils'eàtifait porter dans sa voiture. 11 était à peine midi quand il est sorti de Varsovie, accomjiiigué de Mazeppa et de quelques mécontens. On lo suit , et sans doute on viendra sous peu de jours vous apprendre le lieu qu'il am-a choisi pour sa retraite.

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Ou ne pouvait guère m'aunoncer de jlvis mauvaises nouvelles. Mon ami était sur le trône; mais. ma réconciliation avec Pulauslu paraissait désormais ijnpo^jible , et vraisemblablement j'avais^ perdu Lodpïska pour toujours, .le connaissais assez, son père pour craindre qu'il ne prit des résolutions exti"HÎmes ; le présent m'effrajait; je n'osai^ pxjrter mes legards sur 1 avenir, et nies chagrins m'accablèrent au point cjne je n'aliois pas méma féliciter le nouveau roi.

Celui de mes gens f|ue Boleslas avait détaché à^ la pouvsuite de Pulauslu revint le quatrième jour; il l'avait suivi jusqvi ^ quinze lieues de la capitale : là, Zaremba , voyant toujours un inconnu à quelque distance de sa eliaise de poste, ayait conçu, des soupçons. Un peu. plus loin , quatre de ses geus , cachés derrière une masure, avaient surpris laon courrier, et l'avaient conduit à Pulauski.., Celuî-çij,le pistolet à la main, lavait forcé d'avouer à qui il appartenait : Je te renverrai à Lovzinsîii, lui avait-il dit; annonce-lui de ma pari; qu'il u'échappeja pais à ma juste vengeance. 'A ces ïUOis , on avait bandé les yeux à mon courrier ; il ne pouvait dii'c où on l'avait conduit et renfermé; mais au bout de trois joprs, on l'était venu chei'cliev. On avait encore pris la précaution de lui bander l-ï yeux, et de le promener pendant plusietirs heures; e.atln la voiture s'était arrêtée, on l'en avait fait descendre. A peine il mettait pied à terre, que ses gardes s'étaient éloignés au grand. galop. Il avait dét ;cué son bandeau , cî s'était rc-

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trouvé précisément à l'enclroit où d'abord on l'a-

vp.it arrêté.

Ces nouvelles me donnèrent heanroup d'inquiétudes; les menaees de Pulauski m'efTrajaîent beaucoup moins pour moi que pour Lodoïska, quî lestait en son pouvoir. Il pouvait, dans sa fureur, se porter contre elle aux dernières extrémités : je résolus de m'expof^er à tout pour découvrir la retraite du pève et la prison (]e la fille. Le lendemain, j'instruisis mes sœurs de mon dessein , et je quittai la capitale; le seul Boleslas m'accompagnait; je me donnai partout pour son frèi'ë. Nous parbouriimes toute la Pologne. Je vis alors que l'événement ne justifiait que trop b-s craintes de Pulauski. Sous prétexte de faire prêter le serment' <1é fidélité pour le nouveau roi, les Russes, répandiis dans nos provinces . commettaient mille exact)on« dsns les villes, et désolaient les caanpa^nes. Après avoir perdu trois mois en rccberches vaiUes, désespéré de ne pouvoir retrouver Lodoïska , vivement touché des maïliéurs de notre patrie, pleurant à la fois sur elle et sur moi , j'allais retourner à Varsovie, pour apprendre moi-même au nouveau roi à quels excès dec étrangers se portaient dans ses états , lorsqu'une rencontre qui semblait devoir être pour moi très^fâcbeuse , me for^ja dé prendre un parti tout différent

Les Turcs venaient de déclar?r la guerre à la Hussie , et les Târtarcs du Budxiac et de la Crimée fai aient de fréquentes incursions dans la VoHiy-' nie, où je me trouvai? alors. Quatre de ces bri-

gancls nous attaquèrent à la sortie d'un Lois , près d'Ostropol. J'avais trcs-inipiudemmeut négligé de charger ines pistolets-, mais je me servis de mon sabre avec tant d'adresse eL de bonheur que bientôt deux d'entre eux tombèrent grièvement" l)lessés. Boleslas occupait le troisième, le qua<T trième me combattait avec vigueur; il me fit à la cuisse une légère blessure , et reçut c;n même temps un coup terrible qui le renversa de son cheval. Boleslas se vit à l'instant débarrassé de 6on ennemi, qui, au lirait de la chute de son camarade, prit la fuite. Celui que j'avais renversé le dernier, me dit en mauvais polonais : Un aussi brave homme que loi doit être généreux; je te demande la vie. Ami , au lieu de m'achever, secours-moi, crois-moi; viens m'aidev à me relever; bande ma plaie. 11 demandait quartier d'ua ton si noble et si nouveau, que je ne balançai pas. Je descendis de cJieval : Bok-slas et moi , noua le relevâmes , nous bandâmes sa plaie. Tu fais bien, brave homme , me disait le Tartare, tu fais bien. Cotiime il parlait, nous vîmes s'élever autour de nous un nuage de poussière : plus de trois cents Tartares accouraient à nous ventre h terre» Ne crains rien, me dit celui (jue j'avais épargné, je suis le chef de celte troupe. Effectivement , d'un signe il arrêta ses soldais prêts à me massacrer. 11 leur dit dans hur langue quelqut-s mota que je ne compris pas; ils ouvrirent leurs rangs pour laisser passer Boleslas et moi. Brave homme, me dit encore leur <apitaine, n'avais-je pas raison de te dire que tu faisais bien ? Tu m'as laissé la

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vie , je &aiive la tienne : il est quelquefois bon d'épargnei' un-ennemi , et même un voleui\ Écoute, mon ami, en t attaquant, j ai fait mon métier, tu a» fait ton devoir en m'étriUant bien; je te pardonne, tu me pardonnes, embrassons -nous. Il ajouta : Le jour commence à baisser, je ne te conseille pas de voyager dans ces cantons, cette nuit: ces gens-ià vont aller chacun à son poste, et je ne pourrais te répondre d'eux. Tu vois ce château sur la hauteur à droite; il appartient à un certaiT> comte Dourlinski , à qui nous en voulons beau-t coup, [arce qu il est fort riche : va lui demander un asile; dis-lui que tu as blessé Titsikan ; que Titsikan le poursuit : il me connaît de nom; je lui ai'déjà fait passer quelques mauvaises journées. Au reste , compte que, pendant que tu seras ches lui, sa maison sera respectée : gavde-toi, surtout, d'en sortir avant trois jours, et dy rester plus d© huit ; adieu.

Ce fut avec un vrai plaisir que nous prîmes congé de Titsikan et de sa compagnie. Les avis du Tartare étaient des ordres. Je dis à Boleslas : Gagnons promptement ce château qu'il nous a montré. Aussi bien , je connais ce Dourlinski denom : PulausLi;m'a quelquefois parlé de lui. Il n ignore peut-être pas ovi Pulauski s'est rt tiré ; il n'est pas impossible qu'avec un peu d'adresse nous le sachions de lui. Je dirais à tout hasard, que c'est Pulaugki qui nous envoie : cotte, recomrmandalion vaudra bien celle de Titsikan, Toi, Bolcilas, n'oublie pas que je suis ton frère, cl n». me /léroiivre pas.

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IXoiis arrivâmes aux fossés du château : les oens de Doiirliuski nous demandèrent qui nous éliôiîs. Je répondis que nous venions pour jiarler à leur xnaîti-e , de la part de Pulauski ; cjiw des brigands nous avaient attaqués et nous poursuivaient. Le pout-levis fut baissé, nous entraînes. On nous dit que pour le moment nous ne pouvions parler à Dourlinski, mais que le lendemain sur les dix heures il pourrait nous donner audience. On noua demanda nos armes, que nous rendîmes sans ditilculîé, Boleslas %'^isita ma blessure , les chairs étaient à peine entamées. On ne tarda pas à nous servir dans la cuisine iin frugal repas; nous fûmes conduits ensuite dans une chambre bass»; , où <]eux mauvais lits a cuaient d'être préparés : on nous y laissa sans lliinicre , et.on noiis y enferma. Je ne pus fermer l'oeil de la nuit. Tii^iikan ne m'avait fait qu'une légère bJessune; mais celle •de mon cœur était si profonde ! Au point du jour je m'impatientai dans ma prison : je voulus our vrir les volets; ils étaient fermés à clef. Je les secoue vigoureusement, les ferrur(;s sautent; je vois un fort beau pare. î^a fenêtre était basse, je m'élance, et me voilà clans U-s jardins de Douvlinski. Après m'j être ])romené quelques minutes, j'allai m'asseoir sur un banc de pierre placé au pied d'une tour, dont je considérai quelque temips l'avr clvitecture antique- Je restais là, plongé dans mes réflexions, lorsqu'une tuile tom[)a à mes pieds i je crus qu'elle s'était détachée de la couverture de ce vieux bâtiment; et, pour éviter lui accident pareil, j'allai me placer k l'autre bout du banc.,

j^o \IE DU CHEVALIER

Quelques instans après, une seconde tuile tomba à côté de moi. Le hasard me parut surprenant; je me levai avec inquiétude, j'<;\aminai la tour attentivement. J'aper(;us, à vingt-cinq ou trente pieds de hauteur, une étroite ouverture. Je ramassai les tuiles qu'on m avait jetées : sur la première je déchiûrni ces mots tracés avec du plâtre : LoYzinski , c'est donc vous I vous vivez ! Et sur la seconde, ceux-ci : Délivrez - moi , sauvez Lo-. idoïska !

Vous ne potivcz , mon cher Faublas , vous fijçu- Tcr combien de sentimens divers m'abritèrent à la fois. Mon étonnement , ma joie , ma douleur , mon embarras ne sauraient s'exprimer. J examinais la prison de Lodoïska ; je cherchais comment je pourrais l'en tirer. Elle m'envoya encore une tuile; je lus : A minuit, apportez du papier, de l'encre et des plumes ; demain , une heure après le soleil levé, venez chercher. une lettre. Eloignezvous.

Je retournai à ma chambre. J'aperçus Bolcslas qui m'aida à rentrer par la fenêtre; nous raccommodâmes Je volet de notre mieux. J'appris à mon serviteur fidèle la rencontre inespérée qui mettait lin à jnes courses, et redoublait mes inquiétudes. Comment pénétrer dans cette tour? Comment nous procurer des armes? Le moyen de tirer Lodoïska de sa prison ? Le moyen de l'enlever sous les veux de Dourlinski, au milieu de ses gens, dans un château fortilié? Et, en supposant que tant d obstacles ne lussent pas insurmontables, p»ouvais-je tenter une entreprise aussi difficile,

DE FAUBLAS. lai

dans le court délai que Tirsikan m'avait laissé? Ne m'avait-il pas recommandé de rester chez Dourlinski trois jours, et de n y pas demeiircr plus de huit ? Sortir de ce château avant le troisième jour ou après le huitième , n'était-ce pas nous exposer aux attaques des Tartares ? Tirer ma chère Lodoïs;ka de prison pour la livrer à des brigands; être à jamais séparé d'elle par l'esclavage ou par la mort! Cela était horrible à penser!

Mais poui'quoi était-elle dans une aussi affreuse piison ? La lettre qu'elle m'avait promise, m'en instruirait s:nis doute. 11 iallait nous procurer du papier : je chargeai Boleslas de ce soin , et moi je ;ne préparai à soutenir, devant Dourlinski, le rôle délicat d'un émissaire de Pulauski.

Il était grand jour quand on vint nous mettre en liberté : on nous dit que Dourlinski pouvait et voulait nous voir. Nous nous présentâmes avec assurance. Nous vîmes un homme de soixante ans à peu près , dont l'abord était brusque , et les manières repoussa. ites. Il nous demanda qui nous étions. Mon frère et moi, lui dis-je, appartenons au seigneur Pulauski : mon maître m'a chargé pour vous d'une commission secrète; mou Irèi-o m'a accompagné pour un autre objet : je dois, pour m'expliquer être seul; je ne dois parler qu'à vous seul. Eh bien ! répondit Dourlinski , que ton Irère s^en aille; et vous aussi, allez-vous-en, dil~ il à ses gens : Quant à celui-ci (il montra celui qui était son confident ), tu trouveras bon qu'il reste ; tu peux tout diie devant lui. — Pulauski m'envoie... f < II

122 Y 12 DU Cil £'\ A LIER

— Je le vois h'mn , qu'il t'envoie I — Pour vous

demander... ^Quoi ? (je icj)iis oonvage) pour

vous dcmandei- des nouvelles de sa fille. — De>

nouvelles de sa lille ?. Pulauski t'a dit —

Oui, mon maître m'a dit que Lodoïska était ici. Je m'aperçus que Dourlinski pâlissait; il x-egarda son confident et me fixa long-temps en silence. Ta m'étonnes, reprit-il enlin : pour te confier un gecrct de cette importance, il luut que ton maître soit bien imprudent! — .Pas plus que vous, seigneur; n'avcz-vous pas aussi un coiiddent ? Les grands seraient Jjien à plaindre, s'ils ne pouvaient donner leur confiance à personne. Pulauski ma chargé de vous dire que Lov7.inski avait déjà parcouru une grande partie de la Pologne , et que sans doute il visiterait vos cantons. S il ose venir ici , me répondit-il aussitôt avec la plus grande vivacité, je lui garde un logement qu'il occupera long-temps. Le connais-îu , ce Lovzinski?^ — Je l'ai vu souvent chez mon maitre, à Varsovie.- — On le dit bel homme ? — Il est bien fait, et de ma taille à peu près.^ — Sa figure.* — Est prévenante; c'est un...... C'est un insolent! interrompit-ii

avec colère; si jamais il toi^be en mes mains !^ — Seigneur, on assure qii il est brave. — 'Lui! je parie qu il ne sait que séduire les filles. Si jamais il tombe en mes mains! (je me contins) Il ajouta d'un ton plus calme : Il y a. bien long-temps que Pulauski ne m'a écrit, où est-il à présent? — Seigneur, j'ai des ordres précis de ne pas répondre u cette question-là : tout ce que je puis vous dire, c'est qu il a^ pour cacher sa retraite et pour né-

erire a personne , de grandes raisons qu'il viendra bientôt vous expliquer lui-même.

Dourlinski parut très-éioané ; je crus même remarquer quelques signes de frajeur ; il regarda son coniident, qui semblait aussi embarrassé que

lui. — Tu dis que Pulauski viendra bientôt

— Oui, seigneur, sous quinzaine au plus tard. Il regarda encore son confident, et puis affectant tout à coup autant de sang-lroid qu'il avait montré d'embarras : Retourne à ion maître ; je suis fâché de n'avoir que de mauvaises nouvelles à lui donner; tu lui diras que Lodoïska n'est plus ici. Je fus à mon tour fort surpris. Quoi! seigneur, Lodoïska. . . — N'est plus ici , te dis-je. Pour obliger Pulauski que j'estime, je me suis chargé, quoiqu'avec répu'gnancc , du soin de garder sa lille dans mon château ; personne , ([ue moi et lui , fil me montra son coniident) ne savait cju'ellc j fût. Il y a environ un mois, nous allâmes comme à l'ordinaire lui porter des vivres pour sa journée; il n'y avait plus pei^onne dans son appartement; J'ignore comment elle a fait; mais ce que je sais l)ien, c'est qu'elle s'est échappée; je n'ai pas entendu parler d'elle depuis : elle sera sans doute allée joindre Lovzinski à Varsovie , si pourtant les Tartares ne l'ont pas enlevée sur la route.

Mon étonnement devint extrême : comment concilier ce que j'avais vu daias le jardin avec ce que Dourlinski me disait? Il y avait là quelque mystère que j'étais bien impatient d'approfondir; cependant je me gardai bien de faire paraître le moindre doute : Seigneur, voilà des nouvciles

bleu tristes pour mon maitio. — Sans doute ; mais ce n'est pas ma faute. — -Seiji^neuv, j ai une çrâce à vous demander, — Yojons. — Les ïarlaves dévastent les environs de votre château; ils nous ont attaqués , nous leur avons échappé comme par miracle; ne nous accorderez-vous pas, à mon frère et à moi , la permission de nous reposer ici seulement deux jours? — Seulement deux jours, y y consens, (iii les a-t-on logés? demanda-t-il à gon conlid'ent. — Au rez de- haussée, répondit celui-ci , dans une cliamhrf basse. . .' — 'Qui donne sur mes jarain.s! interrompit Dourlinski avec inguiétntle — Les volets ferment à clef, répondit l'autre.- — !N importe, il laut les mettre ailleurs.. Ces mots me tirent trcm])ler. Le confident replioua : Cela n'est pas possible; mais. . . Il lui dit le reste à l'oreille. A la bonn-e heure, répondit lo maître, et qu'on le fusse à l'instant, et s'adressant h moi : Ton frorc et toi, vous vous en irez après demain; avant de partir, tu me parleras; je te donnerai ntu- lettre pour Pulauski.

J'allai rejoindre Boleslas dans la cuisine, où il déjeunait; il mr; remit une petite bouteille pleine d'encre , plusieurs plumes et quelques feuilles d» papier qu'il s était procurées sans peine. Je brûlais d'envie d'écrire à Lodoïska; l'embarras était de trouver un lieu commode, où les curieux ne pussent m'inquiétcr. On avait déjà prévenu Boieslasi que nous ne rentrerions dans la chambre où nous avions passé la nuit que pour y coucher. Je m'avisai d un stratagème qui me réussit parlante; ment. Les gens de Dourlinski buvaient avec mon

prétendu frère-, ils me proposèrent poliment de les aider aussi à vider quelques flacons. J'avalai de bonne grâce , et coup sur coup , plusieurs ver-res d'un fort mauvais vin : bientôt mes jambe» chancelèrent, ma langue s'embarrassa; je fis à la troupe joyeuse cent contes aussi plaisans que déraisonnables; en un mot, je jouai si bien l'ivresse , que Bolcslas lui-même en fut la dupe. Il tremblait que, dans ce moment où je paraissais disposé à tout dire, mon secret ne m'échappât. Messieurs, dit-il aux l>uveurs étonnés, mon frère n'a pas la tète forte aujourd hui ; c'est peut être un effet de sa blessure, ne le faisons plus ni parler ni boire; je crains que cela ne l'incommode, et même si vous vouliez m'obliger, vous m'aideriez à le porter sur son lit. Sur le sien? non cela ne se peut pas, répondit l'un d'eux; mais je prêterais volontiers ma chambre. On me prit, on m'entraîna, on me monta dans un grenier, dont uu lit, une table et une chaise formaient tout l'ameublement. Ou m'enferma dans ce taudis ; c était là tout ce que je voulais ; dès que je fus seul, j'écrivis à Lodoïska une lettre de plusieuis pages. Je commençais par me justifier pleinement des crimes que Pulauski m'avait supposés; je lui racontais ensuite tout ce qui m était arrivé depuis le moment de notre sépîiration , jusqu'à celui où j'avais été reçu chez Dourlinski ; je lui détaillais l'entretien que je venais d'avoir avec celui-ci ; je finissais par l'assurer de l'amour le plus tendre et le plus respectueux; je lui jurais que, dès qu'elle m'aurait donné sur son sort les éclaircisscmens néccssiiires, je m cxpo-

serai» à tout pour finir son horrible' esclavagèT Dès que ma lettre fut fermée , je ine livrai h des réflexions qui me jetèrent clans uiie étrange perplexité. Etait-ce bien Locloïska qui m'avait \étë ces tuiles dans le jardin? Pulauski aurait-il euf 1 injustice de punir sa lille d'un amour qiié. liiiméme avait approuvé? Aurait-il exï rinhuniaiîite de la plonger dans une affreuse prison? Et, qnancl' même la haine qu'il m'avait jurée l'aurait a\^Huglé h ce point, comment^ Dourlinski avait-îl ]v.i se résoudre à servir ainsi sa vcnsance ? Mais -d'un autre côté , depuis trois mois , je ne portais ; pour me déguiser mieux , que des habits grossiers ;" les fatigues d'un long voyage et mes chagrins m'avaient beaucoup changé. Quelle autre qu'une amante avait pu reconnaître Lovzinski dans les jardins de Douilinski ? N'avais-je pas vu d'ailleurs le nom de Lodoïska tracé sur la tuile? Douvlinski lui-même n'avouait-il pas que Lodoïska avait été chez lui prisonnière ? Il ajoutait , il est vi^ai , qu'elle s'était échappée; mais cela était-il croyable? Et pourquoi cette haine que Dourlinski m avait vouée à moi, sans me connaître? Pourquoi cet air d inquiétude , quand on lui avait dit que les émissaires de Pulauski occupaient une chambre qui donnait sur le jardin? Pourquoi surtout cet àir d'effroi , quand je lui avais annoucé la prochaine arrivée de mon prétt-ndu maître ? Tout Cela était bien fait pour me donner de terribles inquiétudes; j'entrevoyais des choses affreuses, cjue je ne priuv.iis expliquer. Depuis doux heures , je rif Ijis.iis sans cesse de nouvelles questions, aux-

DE FAUBLAS. i?,;

quelles j'étais fort em'barra&sé de i-épopclre ; lôrSqu 'enfin Boleslas vint Yoii* si son frère avait recouvré la raii-on. Je r^'eus pas de peine à le coii vaincreque mon ivresse avait étéfeinte; nous desoondime»dans la cuisine, où nous passâmes te reste de 1» journée. Quelle soirée, mon cher Fanljlas! Aucune de ma vie ne me parut si longue , pas même celles . qui la suivirent.

Enfin l'on nous conduisit dans notre chambre,, où l'on nous enferma, comme la veille, san-s nous Iâis<^er de lumière ; il fallut ertèore attendre- prè* de deux heures avant- que minuit sonnât. 'Au «premier coup de la cloche, hoiis ouvrîmes doucement les volets et la fenêtrt;; je nié préparais à sautei» dans le jardin; mon embarras- flitégàlà mon désespoir^ quand je me vis retenu par des barreaux.» Yoilà, dis-je à Boleslas, ce que le maudit conli^dent de Dourlinskilui disait à l'oreille : voilà cô qu'approuvait le maître odieux, quand il vépondit : A la bonne heure , et fjié'on le fasse à l'itisiànt j voilà ce qu'ils ont exécuté dans la journée; c'est pour cela que l'enti-ée de cette chambre nous a éîô interdite. Seigneur, ils ont travaillé en dehors, me répondit Boleslas ; car ils n'ont pas aperçu que ce volet avait été forcé. Hé I qu'ils l'aieiit vu ou non , m.'écriai-je avec A'iolence , que m'importe î Cette grille fatale renverse toutes mes espérances; elle assure l'esclavage de Lodoïska, elle assuro ma mort. r» iiz■nitl•^è

Oui sans doute, elle assure la mort','me criat^n 5 en ouvrant ma porte. Donrliiiski précédé de quelques hommes armés, et suivi de quelques

autrrs qui portaient des flambeiux, Douvlinsjtî entra le sabre à la main. Tvaîtrel me dit-il , en me lançant des .regards où sa fureur ôtait peinte , j'ai tout entendu , je saurai qui tu es , tu me dira,s ton nom, ion prétendu frère le dira, tremble I Je suis de tous les ennemis de Lovzinski le plus implaciible! Qu'on les fouille! dit-il à ses gens. Ils se précipitèrent sur moi , j'étais sans armes , je fis une résistance inutile. Ils m'enlevèrent mes papiers et la? bîtlre <]ue j'avais préparée pour Lodoïska. Donrlinski donna, en la lisant, mille signes d'impatience; il y était peu ménagé. Lov^inski, me dit-il avec une rage étouflfée , je mérite déjà toute ta Uaine; bientôt je la mériterai davantage ; en attendant, tu resteras avec ton digne confident dans cette chambre que tu aimes. A ces mots, il sortit, on ferma la porte à double tour; il posa une sentinelle en dehors , et une autre vis-à-vis les fenêtres dans le jardin.

^ ous vous figurez dans quel accablement nous Testâmes plongés , Boleslas et moi. Mes malheur» étaient à leur comble , ceux de Lodoïska m'affectaient bien plus vivement : linfortunéel quelle devait ètio son inquiétude I Elle attendait Lovzinski , et Lovzinski l'abandonnait I Mais non , Lodoïska me connaissait trop bien; elle ne me soupçonnerait j>as dnnt; aussi lâche perfidie. Lodoïska 1 elle jugerait son amant d'après elle! elle «(•mirait que Lovzineki partageait son sort, puisqu il ne la secourait pas. . ». hélas ! et la certitude de mon malheur augmenterait encore le«ien I

Tciles lunntjdaos le premier moment, me»

i*éflexions ^nielles. On me laii^sa tout le temps d'en faire beaucoup d'autres iiou moins tristes. Le lendemain , on nous passa pav les barreiuxde notre fenêtre les provieions pour uoivo journée. A la qualité des alinicus qu on nc»us fournissait, Boleslas jugea qu on ne chevclunait pas à nous rendre notre prison fort itgreable. Boleslas, moins malheureux que moi, supportait son sort plus couxageusement ; il m'offrit ma part du maigre repas qu il allait faire. Je ne voulais point manger; il me pressait yainement; Icvistence était devenu* pour moi un insupportable fardeau. Ah! vivez, me dit-il enfin, en versant un torrent de larmes, vivez I Si ce n'est pas pour Boleslas, que ce soit pour Lodoïska. Ces mots firent sur moi la plus vive impression , ils ranimèrent mon courage ; l'espérance rentra dans mon cœur , j'embrassai mon serviteur fidèle. O mon ami I m'éciiai-je avec transport, ô mon véritable ami 1 je t'ai perdu, et mes maux me touchent plus que les tiens! Donne, Boleslas, donne, je vivrai pour Lodoïska, je vivrai pour toi : veuille le juste ciel me rendre bientôt ma fortune et mon rang! Tu verras qua ton maitre n'est pas un ingrat. Nous nous embrassâmes encore. Ah! mon cher taublas, si vous s.aviez comme le malheur rappro<die les hommes! Comme il est doux, lorsqu'on souffre, d'entendr» un autre infortuné vous adresser un mot de consolation!

Il j avait douze jours que nous gémissions dans cette prison , lorsqu'on vint m en tirer pour me conduire à Dourlin^ki. BoU'«i.is vonînt ma

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suivre, on le repoussa durement; Cfpf>ri(jant on me jermit de lui parier un moment. Je tir^i de mon doigt une bague que je portais depuis plus de dix ans; je dis à Boleslas : Cette baj^ie me fut donnée par M. de p***^ lorsque nous faisions ensemble nos exercices à Varsovie; prends -la, mon ami , conserve-la à cause de moi. Si Dourlinski consomme aujourd'hui sa trahison en m© faisant assassiner, sll te permet, ensuite de sortir de ce château, va trouver ton roi, montrelui ce bijou; rappelle-lui notre ancienne amitié, raconte-lui mes malheurs; Boîeslas , il te récompensera; il fera secourir Lodoïska., Adieu , mon ami.

On me conduisit à l'appartement de Dourlinslii : dès que la porte s'entr'ouvrit, j'aperçus dans un fauteuil une femme évanouie, j'approchai , c'était Lodoïska. Dieu ! que je la trotivar changée!... maisqu'elleétaitbelleencoréî Barbare,' cis-je à Dourlinski. A la voix de son amant, Lodoïska reprit ses sens. Ah, mon cher Lovzinski! sais-tu ce que l'infâme me propose? Sais-tu à qu'^I prix il m'offre ta liberté'.*' Oui, s'écria Dourlinski , oui, je le veux : te voilà bien sûre qu il est en mon pouvoir. Si dans trois jours je n'obtiens rien, dans trois jours il est mort. Je voxdais me jeter aux genoux de Lodoïska; mes gardes m'oji empêchèrent : Je vous revois enfin , tous mes maux sont oubliés, Lodoïska; la mort n'a plws rien qui m'épouvante... Toi, lâche, songe que Pulauski vencera sa fille; songe que le roi vengera son ami. Qu'on remmène! s'écria Doui-linskiv Ahî

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me dit Lodoïska, mon amour t'a perdu I Je voulais répondre; on me reconduisit dans ma prison. Boleslas me rerut avec des iransporls de joie inexprimables; il m'avoua qu'il m'avait eru perdu : je lui racontai comment ma mort n'était que dilFcrée. La scène dont je venais d'être témoin avait enlln confirmé tous mes soupçona ; il était clair que Pxilauski ignorait les indignes traitemens Cjue sa lille essujait; il était clair que Dourlinski , amoureux et jaloux, satisferait sa passion à quelque prix que ce fiit.

Cependant, des trois jours que Dourlinski avait laissés à Lodoïska pour se déterminer, deux dé à s étaient écoulés; nous étions au milieu de la nuit qui précédait le troisième; je ne pouvais dormir, et me promenais dans ma chambre à grands pas. Tout à coup j'entends crier aux armes : des hurlemens affreux s'élèvent de toutes parts autour du château ; il se fait un grand mouvement dans l'intérieur ; la sentinelle posée devant nos fenèti'cs quitte son poste : Boleslas et moi nous distinguons la voix de Dourlinski ; il appelle , il encourage ses gens; nous entendons distinctement le cliquetis des armes, les plaintes des blessés, les gémissemens des mourans. Le bruit, d'abord très-grand, semble diminuer ; il recommence ensuite , il ae prolonge , il redouble , on crie victoire ! beaucoup de gens accourent et ferment les portes sur eux avec force. Tout à coup à ce vacarme affreux sucçèd<' un silence effravant : Ineutot un bruissement gourd Irappe nos oreilles, l'air sifUe avec violence, la nuit devient moins sombre, les arbres du jav-,

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tlin se colorent tVane teinte jr\une et rougeâtre, iU)us volons à la fenctre : les flammes dévoraient le châleau de Dourlinslti ; elles gagnaient de ton» côtés la chambre où nous étions , et , pour comble d'horreur, des cris perçans partaient de la tour où je savais que Lodoïska était enfermée.

Jci M. Duportail fut interrompu par le marquis de B***, qui, xiajant trouvé aucun laquais dans l'antichambre , entra sans avoir été annoncé. Il recula deux pas en me voyant : Ahl ah! dit-il en saluant lU. Duportail, c'est que vous avez aussi un fils ? Puis s'adressant à moi : Monsieur est apparemment le frère... ?— De ma sœur, oui , monsieur. . — .{lé bien, vous avez une sœur fort aimable, «liarmante! Vous êtes aussi honnête qu'induigent, interrompit M. Duportail. — Indulgent ! oh 1 je ne le suis pas toujours ; par exemple , je suis venu pour vous faire des reproches à vous , monsieur.

' — A moi! aurais-je eu le çialbeur ?• — Oui,

vous nous avez joué avaut-hier un tour sanglant. — • Comment? monsieur. — ^'ou^ avez chargé ce petit R^sambert de nous enlever mademoiselle Duportail; la marquise comptait bien que sa chère fille passerait la nuit chez elle. Point du tout., — J'ai craint, monsieur, que ma lille ne vous causùi beaucoup d'embarras. — Aizcun, aucun, monsieur; ïUademoiselle Duportail est charmante , ma femme raffole d'elle , je vous l'ai déjà dit. En vérité , ajouta-t-il en ricanant , je crois que la marquise aime cette enfant-là plus qu'elle ne m'aime moi-

m^me. Je suis pourtant son mari! au moins si

vous étiez venu voHi-Hxême la chercher 1 — Par-

DE FAUBLAS. i33

(Joiï, monsieur, j'étais incommodé, je le suis mêruc

encore beaucoup je sais que je dois à madame

de B*** des rcmercîmens....»— Ce n'est pas pour celai (Pendant ce dialogue, on sent que je n étais pa!> lout-à-fait à mon aise; le marquis me considérait avec une attention qui m'inquiétait. ) Savezvous bien , me dit-il eulln , que vous ressemblez beaucoup à mademoiselle votre sœur? — Monsieur,

vous me flattez. Mais c'est que cela est frappant.

Allez, allez, je m. y connais bien; d'abord tous mes amis conviennent que je suis physionomiste. Je vous le demande à vous-même ; je ne vous avais jamais vu , et je vous ai reconnu tout de suite.

M. Duportail ne put «empêcher de rire avec moi de la bonne foi du marquis.. Monsieur , dit-ii à celui-ci, c'est que, comme vous l'avez fort bien remarqué, mon fils et ma fille se ressemblent un peu; il/iaut convenir qu'il y a un air de famille. Oui , ré^ pondit le marquis en me i-egardajit toujours, ce jeune homme est bien, fort bien; mais sa sœur est encore mieux, beaucoup mieux. (Il n^ prit pat le bras.) Elle est un peu plus grande ; elle a l'air plus raisonnable, quoiqu'elle soit un peu espiègle; c'est bien lli sa figure; m.'.is il y a dans vos traits quelque chose de plus hardi. \ou£ avez moins de grâces dans le maintien, et dans toute 1 habitude du corps quelque chose de plus.... nerveux, d« plus roide. Ohl dame, n'allez pas vous fâcher, tout cela est bien naturel; il ne faut pas qu'un gar^^on soit fait comm© une fille. (Le flegme de M. Duportail ne put tenir contre ses derniers propos; le marqiiii nous vit rire, et se mit k rirp. dp

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tout son cœur.) Oli! repvit-il, je vous l ai dit, je suis grand physionomiste, moi;... mais n'aurai-je pas le bonheur de voir la chrjie sœur? M. Duportail se hâta de répondre : Non , monsieur, elle est allée faire ses adieux. — Ses adieux ! — Oui , monsieur ; elle part demain matin pour son couvent.

. — Pour son couvent! à Paris? — Non à

Soissons. — A Soissons ! demain matin ' Cette chère enfant nous qr.itte ? — 11 le faut bien , monsieur.— Elle fait actuellement ses visites? — Oui, monsieur. — Et sans doute elle viendra dire adieu à sa maman ? — Assurément , monsieur , et elle doit être actuellement chez vous. — Ah 1 que je suis fâché! ce matin , la marquise était encore malade; elle a voulu sortir ce soir! je lui ai reposent j qu'il faisait froid, quelle s'enrhumerait; mais les femmes veulent ce qu'elles veulent; elle est sortie : hé bien, tant pis pour elle, elle ne verra was sa chère lille , et moi je la verrai; car elle ne tardera sûrement pas à revenir. — Elle a plusieurs visites à faire, dis- je au marquis. Oui, ajouta M. Duportail, nous ne lattcndons que pour souper.— On soupe donc ici? vous avez raison; ils ont tous la maaie de ne pas manger le soir: moi, je n'aime pas à mourir de faim^ parce que c'est la mode. Vous soupe/, vous! hé bien, je reste, je soupe avec vous; vous allez dire que j'en use bien librement; mais je suis ainsi lait, je veux qu'on agisse de même avec moi ; quand vous me connaîtrez mieux, vous verrez que je suis un bon diable. II n'j Hvàit pas moyen de reculer. 31. Duportail piii son parti sur-le-champ. Je suis fort aise ,

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monsienr le marquis, que vous veuillez bien être fie» nôtres. Vous permettrez seulement que mon ills nous quilLe pour une heure ou deux ; il a quelques affaires pressées. — Monsieur, qu'on ne se gène pas pour moi, qu'il nous quitte, mais qu'il revienne; car il est fort aimable, M. votre fils. — Vous permettrez aussi que je vous laisse un moment pour lui clive deux mots? — Faites, monsieur, comme si je n'étais pas là. (Je saluai le marquis; il se leva précipitamment, me prit par la main, et dit à M. Duportail) : Tenez, monsieur, vous direz tout ce que vous voudrez, ce jeune liomme-là ressemble à sa.sœur comme deux gouttes d'eau 1 Je me connais en iiguies, je soutiendrais cela devant labbé Pernetti, ( auteur d'un ouvrage sur la physionomie ). Oui , monsieur, répondit M. Duportail, il y a iwi air de famille

A ces mots, il passa a.ec moi dans un auti'G appartement. Parbleu! me dii.-il, c'est un singUrlier homme, que votre marqui:: : Il ne se gène

pas avec ceux qu'il aime Mon très-cher pè^e^

il est bien vrai que le marquis est yenxi sans façon s impatroiiiser chez nous; mais, quant à moi , j'aurais tort de m'en plaindre, je me suis mis chez lui fort à mon aise. — Quant à vous, c'est bien dit^ mais laissons la plaisanterie, et vojons comment nous allons sortir de là. Si je ne considérais que lui,, cela serait bientôt Uni; mais, mon ami, vous avez des ménagomens à gardera cause de sa

femme écoule/. retournez chez vous, faites

prcudve à votre kîquais un ha})it fjuelconquc , et au'il vienne annoncer ici que maJemoîfulIe

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