VIE DU C H ET A L I E IX
Vhètc] , aîkz vous reposer, et désormais je vouS défends de sortir avec cet habit. Mon ami, me dit M. Diiportail , qui me suivit jusqu'à la porte , un de ces jours lious diiicrons ensemble tote-àtète , vous savez une partie de mon secret , je vous apprendrai le reste ; mais surtout de la discrétion. Songez d'ailleurs que je vous ai rendu service. Je l'assurai que je ne l'oublierais pas , et qu'il pouvait être tranquille. Dès qtic je fus rentré (.hez moi, je me mis au lit, et m'endormis profondément.
Il était fort tarri quand je me réveillai : M. Person et moi , nous fûmes au couvent., Avec quelle douce émotion je revis ma Sophie ! Sa confenance modeste, son innocence ingénue^ l'accueil timide et caressant qu'elle me fit , lin petit air d'embarras qui lui donnait encore le souvenir du baiser de la veille, tout en elle inspirait l'amour, mais l'amour tendre et respectueux. Cependant 1 image des charmes de la marquise me poursuivait jusqu'au parloir; mais que d'avantages .précieux saf jeune rivale avait sur elle ! il est vrai que les plaisirs de la nuit dernière se repi'ésentaient vivement ii mon imagination échauffée; mais combien je leur préférais ce moment délicieux où j'avais trouvé , siir les lèvres de Sophie , une âme nouvelle I La marquise régnait sur mes sens étonnés ; mon cœur adorait Sophie.
Le lendemain je me souvins que la marquise m'attendait chez elle : mais je me souvins aussi que le baron m'avait dit : Je vous défends de sortir avec cet habit. . D'ailleurs, comment me présenteL
thez la marquise , sans être au moins accompagné d'une femme-de-chambrc? Il ne fallait pas songe? su comte, qui sans doute n'était pas tenté de m'y conduire; et le marquis ne trouverait-il pas singulier qu'une jeune personne sortit toute seule ? Impatient de revoir ma belle maîtresse, mais retenu pa^.' la crainte de déplaire à mon père, je ne savais à quoi me résoudre. Jasmin vint me dira qu'une femme d'un certain âge envoyée par mademoiselle Justine, demandait à me parler. — ^ Je ne sais quelle est cette demoiselle Justine ; mais faites entrer. Mademoiselle Justine m'a charoée de vous présenter ses respects , me dit la femme , et de vous remettre ce paquet et cette lettre. Avant d'ouvrir le paquet , je pris la lettre dont l'adresse était simplement à maclcmoîsellc Duportail. J'ou-r vris avec empressement, et je lus :
<.( Donnez-moi' de vos nouvelles, ma chère cur- « faut ; avez-vous passé une bonne nuit? Vous <( aviez besoin de repos; je crains fort que les fa- (( tigues du bal et de la scùne désagréable que <f M. votre père vous a faiie n'aient altéré votre <( santé. Je suis désolée que vous ajez été grondée « à cause de moi ; croyez que cette scène trop u longue m'a fait souffrir autant que vous. M. le « marquis parle de retourner au bal ce soir; je; ne « m'y sens pas disposée , et je crois que vous n'en « avez pas plus d'envie que moi. Cependant, comme u il faut qu'une maman ait de la complaisance pour « sa fille, surtout quand elle en a une aussi aimable <t que vous, nous irons au bal, si vous le voulez. p Je n'ai point oublié que l'habit d'amazone vous
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<! est intcruit, et j'ai pense que peut-être vous n ai< viez point d'autre habit de bal, parce que ce <' p'est point un meuble de couvent; c'est pour « cela que je vous envoie un des miens : nous ic sommes à peu près de la même taille ; je crois « qu il vous ira bien.
(c Justine m'a dit que vous aviez besoin d une u femme-de-chamlae ; celle qui vous remettra ma i'. lettre est sage, inteiligente et adroite; vous pou>- (c vez la prendre à votre service, et lui donner a toute votre confiance ; je vous réponds d'elle.
v-£ Je ne vous invite point i« dîner avec m.oi ; je « sais que M. Duportaii dine rarement sans sa fille; <( mais , si vous aimez votre chère maman autant '< au'cllc vous aime , vous viendrez dans la soirée , V le plus tôt que vous pourrez. M. le nnarquis ne u dine point ch' z lui ; venez de bonne heure ; mon (cenlanî, je serai seule toute l'oprès-dinée , vous « me ferez compagnie. Croyez que personne ne « vous aime autant aue votre chère maman. La « marquise de B***. »
P. •!>'. (f Jf n'ai point In force de vous mander <f toutes les folies que le marquis veut que je vous r< ér; i ve de sa part. A ti reste, grondez le bien quand « vous le verrez. Il voalniî ce matin envoyer en (c son nom c^g^ M. Duportaii. J ai eu toutes les « peines du monde à lui faire comprendre que f cela n était pas raisonnable , et qu'il était plus te décent que ce fût moi qui vous écrivisse. »
Je fus enchanté de cette lettre : monsieur, me dit la femme intelligente qui me l'apportait, Justine est la femme-de-cliambre de madame la mar-
quise cle B"***; et, si madenioiseile le veut bien, jk serai la sienne anjourd'hui et demain. Au reste, monsieur, ou mademoiselle, peut également se flcF à moi; quand. mademoiselle Justine et madame Dutour se mêlent d'une intrigue, elles ne la gâtent pas ; c'est pour cela qu bu m'a choisie. Fort bien , lui dis-je, madame Dutoui-, jc vois que vous' êtes instruite ; vous m'accompagnerez tantôt chez la marquise. J'offris à ma duègne un double louis qu'elle accepta. Ce n'est pas qu'on ne m ait déjà bien payée , me dit-elle ; mais monsieur doit savoir que les gens de ma profession reçoivent toujours des deux côtés.
Dès que le baron eut dîné, il partit pour l'Opéra, suivant sa coutume. Mon coifreur était averti; un panache blanc fut mis à la place d« petit chapeau. Madame Dutour me revêtit prompttnient du charmant habit de bal que madame de B*** m'envoyait , et qui m'allait mcrveilleusemeut bien ; ma ressemblance avec Adélaïde devenait plus frappante ; mon gouveimeur ému redouulait pour moi d'attention et de soins. Je pris des j^pnft; un éventail, un gros bouquet ; je volai au r, •: que la marquise m'avait donné.
Je la trouvai dans son boudoir <on-
chée sur une ottomane : un désh -it pa-
vait ses charmes, au lieu cîe les c • i.iitj se leva dès qu'elle m'a,perçut : Qu'elle > ,oiie dans cet équipage, mademoiselle Duportiu» '. que cette robe lui sied bien ! Et, dès que la portt- se lut fermée, que vous êtes charmant, mon cher Faublas ! que votre exactitude me flatte 1 Mon cœur me disait bien que